Chronique d'une résistance dans la campagne bretonne, suite

Préparation pour la marche festive de dimanche : touche pas à notre eau !

Retour au pays des « plou » et des « ker » (et des plouks !). Temps frais et averses passagères. Pas géniales les conditions pour notre marche militante de dimanche. Vous avez bien noté? Si vous ne voulez pas lire le premier billet de la chronique, je résume : un collectif citoyen s’est mis en place à La Feuillée dans les Monts d’Arrée pour protester contre un projet délirant d’extension de poulailler industriel situé dans le nord du département. L’agriculteur, porteur du projet, souhaite tripler la taille de son exploitation, passer de 64.260  à  208.250 volailles et  utiliser des terres de La Feuillée (Monts d’Arrée, château d’eau du Finistère) comme « toilettes de plein air ». Il veut déverser les fientes de ses volailles près des sources des principaux cours d’eau qui alimentent le Finistère. Un projet destructeur de l’environnement et économiquement suicidaire puisque l’industriel Doux lui-même affirme qu’il leur faut changer de mode de production car les poulets congelés de trois semaines ne correspondent pas à la demande dans l’hexagone et ne sont plus concurrentiels à l’échelle mondiale (voir article du Télégramme du 6 mai). Changement de production, avec montée en gamme qui nécessiterait un soutien financier (du contribuable !).

Là,  on est dans la petite salle de réunion de la mairie, on peint les banderoles pour le lieu du pique-nique.

-  T’as un sacré coup de pinceau Patricia !  

-  C’est quoi le prochain texte ?

- « Touche pas à notre eau ! »

- Bonne idée !

C’est l’essentiel, l’eau ! Surtout avec la sécheresse qui menace pour l’été prochain. Ça vous fait rire évidemment avec l’image de pot de chambre qui colle à la Bretagne. Mais il n’a pas beaucoup plu l’hiver dernier, pas assez en tout cas  pour alimenter les nappes phréatiques et on est nombreux en Bretagne à consommer cette eau !! Pas moins de 8 millions de cochons, 34 millions de poulets de chair, un régiment de pondeuses qui produisent 5 millions d’oeufs par an, deux millions de bovins, quelques lapins, des moutons et plus de 3 millions de Bretons. Et parmi tout ce monde-là, il y a de gros buveurs !  (Si vous aimez les chiffres précis, je vous suggère de consulter les statistiques agricoles de la Draaf Bretagne.) Il s’agit des chiffres de la Bretagne administrative (amputée depuis le gouvernement de Vichy de la Loire Atlantique). Mais je crois que je m’égare. La banderole est terminée.

- Un autre slogan !!

- NON AUX ÉPANDAGES, ça ira non ? Je n’ai pas d’autre idée.

- Faut un truc en breton quand même !

- Dour bev – Teil ebet (eau vivante, pas de fumier)

- Allez, on y va, c’est le dernier. Tractage au marché demain. Qui s’en occupe ?

J’ai oublié qui va au marché. Il est tard, on vous voit dimanche ? À partir de 10 heures sur la place de La Feuillée.

 

https://reporterre.net/Le-chateau-d-eau-du-Finistere-menace-par-l-epandage-d-une-ferme-usine

Voilà un article très intéressant avec de très belles photos, beaucoup plus chic que ma petite chronique. 

 

 

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