Un gain de temps… et d’argent

Sur le papier, l’idée est plutôt séduisante. Le droit français est vieillot, trop compliqué, inaccessible. Dès que l’on a à s’y intéresser, souvent par la force des choses, on est plus tenté de prendre ses jambes à son cou, dépassé par l’ampleur de la tâche qui s’annonce. Fortes de ce constat, de petites entreprises ont choisi de tout miser sur les questions juridiques avec un seul objectif, les simplifier.

Ces start-ups de la LegalTech, en écho aux FinTech qui bouleversent depuis quelque temps déjà le secteur de la banque et de la finance, se proposent d’automatiser certaines tâches juridiques, d’offrir des consultations virtuelles avec des professionnels du droit, de tout digitaliser, tout numériser, pour rendre le sujet accessible à tous.

Voilà que l’on ubérise le droit grâce à des processus qui utilisent tout ce qui est à la mode en ce moment : le big data, les plateformes B2B, la blockchain.

Particuliers et professionnels semblent par ailleurs se réjouir d’une telle révolution, tout en restant prudents sur la suite : « L’émergence de pratiques de LegalTech en France est la bienvenue. Il n’y a aucune raison éthique pour que les métiers du juridique ne bénéficient pas des outils les plus novateurs pour repenser leurs manières de travailler au quotidien, à condition de ne pas oublier que la valeur ajoutée des professionnels du droit, c’est leur expertise et non la productivité !

Derrière ce terme un peu fourre-tout de LegalTech, on retrouve également tous les nouveaux services technologiques qui proposent notamment des contenus juridiques en ligne, des “Doctissimo du droit” en quelque sorte, et myriade d’autres services à destination des justiciables et internautes. Cela profite-t-il aux avocats, notaires, etc. ?

Aujourd’hui en France, il y aurait environ 55.000 avocats et pour beaucoup d’entre eux, les clients ne se bousculent pas au portillon... La LegalTech va-t-elle permettre aux professionnels du droit de développer leur clientèle ou juste de donner plus de souplesse aux acteurs déjà bien implantés ? Nous le verrons bien ! » expliquent Alexis Beaumont et Édouard Loeb, Fondateurs de Jurifiable.com, l'une de ces sociétés en plein essor.

Bien évidemment, tout changement à ses détracteurs. Certains remettent déjà en question la fiabilité de ces services « tout numérique ».

Des conseils bradés et des start-ups trop optimistes ?

Selon Citigroup, les investissements dans les FinTech ont été multipliés par 10 en moins de 5 ans, représentant 19 milliards de dollars en 2015. La MedTech est en train de révolutionner l’offre de soins, et les LegalTech suivent le même chemin avec une seule idée en tête, changer le monde.

Mais toutes ces jeunes pousses n’auraient-elles pas été un peu trop galvanisées par leurs ambitions et les retours qui en ont découlé ? À l’image des FinTech qui pourraient bien contraindre les banques, notamment américaines, à élaguer leurs effectifs de près de 30 % d’ici 2026, les LegalTech ont-elles des objectifs réalisables ?

À trop vouloir simplifier, à trop vouloir remettre le client au centre du jeu, ces sociétés ne courraient-elles pas directement à la catastrophe ? Comment être certain que les conseils dispensés sont aussi fiables que ceux donnés avant elles ? Comment peut-on mettre à la disposition de tous des services à prix cassés tout en assurant une qualité des dispositifs équivalente aux précédentes ? Si les start-ups de la LegalTech attaquent ceux qui n’ont pas l’habitude de l’être, le marché et les pratiques des services juridiques, il faut bien reconnaître qu’elles se frottent à un monstre qui parait difficile à terrasser.

Pour le moment, la France si situe loin derrière le Royaume-Uni et les États-Unis en terme de développement de ces entreprises, mais celles qui existent déjà ont le mérite d’être très innovantes et prometteuses.

 

Cela étant dit, il est difficile d’imaginer que toutes ces start-ups, aussi douées soient-elles, puissent à elles seules bouleverser ces grands secteurs de façon durable et définitive. Restons attentifs à leurs propositions et tentons de n’en garder que le meilleur !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Les commentaires sont réservés aux abonnés.