Les bacheliers professionnels laissés sur le carreau

« Il y a encore aujourd’hui environ six mille bacheliers professionnels qui se retrouvent en première année de licence à l’université, alors que leur premier vœu sur APB était une section de technicien supérieur », expliquait la ministre sur Le Monde. Un moyen pour le ministère d’éviter que les bacheliers professionnels s’orientent par défaut à l’université, où leur taux de réussite a toujours été très bas.

Mais les chiffres publiés début décembre 2016 sont loin d’être convaincants. Ils révèlent que parmi les candidats ayant fait leurs vœux sur la plateforme Admission Post Bac, 6% des bacheliers n’ont obtenu aucun de leurs vœux d’études supérieures. Ce chiffre est loin d’être alarmant, mais le diable est dans les détails. Si l’on se penche plus précisément sur les chiffres du ministère, l’on constate que 27% des bacheliers professionnels n’ont obtenu aucun de leurs vœux à l’issue de la procédure normale et de la procédure complémentaire. Un chiffre bien plus haut que pour les bacheliers généraux (0,2%) et les bacheliers technologiques (7,4%).

Ces chiffres, publiés sans aucune explication de la part du ministère, posent plusieurs questions cruciales. Pourquoi les bacheliers professionnels sont-ils beaucoup plus nombreux à ne pas avoir trouvé de formation sur APB alors qu’ils avaient l’intention de poursuivre leurs études ? Le taux de bacheliers professionnels acceptés en BTS et en DUT a-t-il augmenté entre 2015 et 2016 ? Si oui, à quoi correspond cette augmentation ? Des questions qui restent pour l’instant sans réponse.

Le ministère très discret sur sa communication

Malheureusement, ces questions ne sont pas les seules à rester sans réponse. Il y a quelques semaines, le ministère de l’Éducation nationale a été contraint par l’association Droits des lycéens, après un bras de fer de plusieurs mois, de publier le code source de l’algorithme APB. Un algorithme publié par le ministère en oubliant (volontairement ?) de joindre certaines ressources nécessaires à la compréhension du code.

« Je dois avouer qu’en consultant le fameux « code source d’APB », j’ai été pris d’un rire nerveux. Le document communiqué par le Ministère est un courrier papier d’une vingtaine de pages comprenant des centaines de lignes de code difficilement compréhensibles. L’enjeu est pourtant crucial : il s’agit de vérifier si les élèves de terminale sont tous traités de manière équitable. Pourtant, le support adressé à l’association semble être volontairement difficile de compréhension pour ralentir l’analyse de l’algorithme. Si le Ministère avait joué le jeu, il aurait fourni un fichier exploitable, exécutable et compréhensible », explique Guillaume Ouattara, sur son blog « L’ingénu Ingénieur » sur Le Monde.

Selon les différentes analyses des codeurs, il apparaît que les universités auraient la possibilité de présélectionner les candidats sur dossier ou prérequis. Il apparaît également que les candidats des lycées français de l’étranger seraient favorisés par rapport aux candidats de lycées de France. En outre, les formations sélectives auraient la possibilité de choisir les candidats en fonction de leur sexe, de leur pays de naissance, de leur nationalité et de leur établissement d’origine. Pour finir, dans les filières dites « en tension », les néobacheliers seraient prioritaires sur les étudiants en réorientation.

« Pour l’instant, le ministère est resté très discret sur ces différents sujets, souligne Wally Bordas, journaliste pour Diplomeo, plateforme d’orientation et d’information. Après la publication de l’algorithme, ni Najat Vallaud-Belkacem ni Thierry Mandon ne se sont exprimés sur le sujet. Et toutes les questions que soulève la publication du code source restent encore en suspens, alors que la procédure 2017 est sur le point de commencer. D’habitude, un ministre prend tout le temps la parole en fin d’année, pour annoncer les nouveautés d’APB. Cette année, il n’y a rien eu. Les nouveautés ont été publiées directement sur le guide du candidat. La stratégie est d’en dire le moins possible pour laisser passer l’orage », analyse-t-il.

Des questions sur l’avenir d’APB

La procédure 2017 est donc sur le point de commencer alors qu’une multitude de questions restent encore sans réponse.  « APB est en train d’en prendre un coup, il va falloir tout remettre à plat », déclarait en juillet dernier Bruno Magliulo, auteur du livre « APB pour les nuls » et membre du comité de pilotage d’APB. Pour Wally Bordas, le ministère se doit d’être « totalement transparent sur les différents rouages de l’outil APB. Des centaines de milliers de jeunes jouent chaque année une partie de leur avenir sur cette plateforme, il paraît aberrant qu’il y ait encore des zones d’ombres autour de la procédure. La transparence devrait être totale, mais c’est encore loin d’être le cas », ajoute-t-il.

L’année 2017 s’annonce tendue…

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