Prévenir, être prévenu, mais de quoi ? Du VIH au COVID-19

Ces derniers temps, lorsque je me ballade dans mon quartier (1), je suis interpellé par les mouvements d’humeur individuels, le fossé qui se creuse de plus en plus entre les choix politiques et le vécu de nombreux, la fracture sociale qui me semble s’agrandir. Je travaille dans les couloirs du politique, pour l'enseignement, là où s’analyse et s’opérationnalise l’action publique. Je me questionne donc inévitablement (ou heureusement) sur le rapport entre un certain malheur perceptible dans nos rues, sensiblement accentué par la crise COVID-19, et la gestion de notre société par ceux qui décident de son évolution. Je le fais d’autant plus facilement que je ne suis pas intéressé par l’action politique ; elle implique une attention trop grande au regard de l’Autre, pour certains à la voix de l'Autre, qui peuvent assez rapidement devenir un piège (2).

Mon expérience intime, inévitablement dans sa confrontation à la vie en société, aux autres, m’a convaincu du rôle social de la psychanalyse ; même si les leurres du cognitivo-comportementalisme, du « développement personnel », de la quantification du monde (3) peuvent lui faire de l’ombre, voire souhaiter l’anéantir depuis quelques années (4).

Je ne suis pas un théoricien. J’ai choisi d’étudier la psychologie plutôt que la philosophie car, assuré des écrits de Françoise Dolto qui m’y conduisirent (5), la parole de chacun m’importe plus que les théories que l’on peut en dégager. Le « facteur humain », signifiant sur lequel Clotilde Leguil, Professeure à l’Université Paris-8 et psychanalyste (6), clôture l’introduction d’une réflexion éthique essentielle pour les temps présents (7), compte fondamentalement pour moi. « La pensée éthique contemporaine » a d’ailleurs été réédité il y a quelques semaines.

Aussi, je fus très heureux de lire l’usage de ce signifiant par la Ministre Caroline Désir dès ses premiers interviews lors du déconfinement de l’école en Belgique : « je suis sensible à cette question de la place de l’humain dans tout ça. On sent bien chez nos concitoyens que ça commence à devenir difficile. Ça fait quasiment deux mois que beaucoup de contacts sociaux sont rompus. (…) (Il est important) de rappeler qu’il y a un certain nombre d’enjeux humains » (8). C’est très certainement par une nouvelle attention à l’humain que les choix politiques pourront « faire (des élèves) des citoyens bien dans la société, ne laisser personne sur le bord de la route », désamorcer « une bombe sociale » (9).

Mais la possibilité que ce désir soit abîmé par la nouvelle stratégie néolibérale, le mea culpa (j'agis, je m'excuse, j'attends qu'une autre actualité permette l'oubli, et je retourne ma veste si nécessaire en faisant porter les responsabilités à d'autres), m’inquiète (10).

Dans ce qui me frappe tous les jours, l’application des gestes barrières devant permettre d’éviter la propagation du COVID-19 tient une place particulière ; elle me rappelle une autre prévention questionnant mon for intérieur depuis des années. Leur usage m’a d’autant plus interrogé que plusieurs pensent que le COVID-19 inviterait à créer un nouveau mode de vie (11). Nous sommes constamment prévenus : nous pouvons prendre soin des autres et de nous par leur application simple. Les médias et les affichages publics nous les rappellent tout le temps. Chacun est censé les connaître et les appliquer. L’information et sa répétition devraient, apparemment, suffire à ce que nous nous protégions tous ensemble…

Avec ironie, je vais tristement dire que ces protections sont, à l’évidence, correctement appliquées dans les centres de Liège ou de Bruxelles. A la caisse d’une grande surface proposant des vêtements, notamment écologiques en nombre –autrement dit, fréquentée tant par des « bobos », des intellectuels, des « engagés » que d’autres-, les trois clientes avant moi portaient leur masque sous le nez, une le retira pour répondre à un appel téléphonique, une autre pour se fâcher sur sa fille qui touchait à tout. La cliente derrière s’approchait très près pour que j’avance plus vite, trouvant que la caissière parlait trop avec une de ses collègues. Regarder les lignes de distanciation sur le sol en souriant n’y changea rien (je ne portais de masque). A l’entrée d’un autre magasin, un petit garçon tendit la gaufre qu’il était en train de manger à une dame âgée qui lui souriait. Elle la prit à main nue et la lui rendit. Il termina son goûter. Dans un troisième commerce, une employée enleva ses gants pour défaire un emballage récalcitrant puis les renfila, après s’être essuyé le nez sous son masque, pour servir un client. Tout autant à main nue, le client prit l’article pour se diriger vers une caisse.

La situation m’a vivement remémoré celle vécue au début de la lutte contre le SIDA. Elle m’a concerné, ainsi que d’autres que je connaissais et rencontrais, notamment dans le milieu de la nuit. Elle échoua pour certains, parfois au prix de difficultés importantes, d’une « mort sociale » ou de leur vie complète (12). Elle s’est parlée dans mes cours, dans mon bureau de directeur d’école, dans mes consultations et dans les animations à la vie affective et sexuelle (EVRAS) coanimées durant quelques années.

Faut-il rappeler que, lorsqu’il fit ses premiers ravages en Belgique et en France, les modes de contamination par le VIH étaient mal connus de la population. Des interrogations nous traversaient régulièrement, avec les phénomènes de rejet, de discrimination, de repli sur soi, d’angoisse et de passage à l’acte impulsif qu’elles peuvent générer. Toucher un séropositif présentant des tâches bleuâtres et transpirant pouvait-il nous contaminer ? Pouvait-on attraper le SIDA par la salive, par des postillons, par un baiser ou des « préliminaires » ? Pouvait-on toucher un proche qui venait de mourir du virus ? Le SIDA ne s’attrapait-il pas plus vite au contact de personnes d’origine africaine ?...

L’apaisement d’un grand nombre face à ces questions n’est pas venu que du monde médical ou des politiques. La mobilisation des malades et de leurs proches, en particulier dans le milieu artistique et de la nuit, a été essentielle (13). Qui a oublié le baiser de Clémentine Célarié ? (14) Le film Philadelphia ? (15) Les coups de gueule d’Act up ? (16) Ou, encore, les happenings des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence ? (17). Je fus d’ailleurs sans voix lorsque je relus le livre de Michel Kazatchkine, « La consultation du soir », écrit en 2003. Je vous partage quelques lignes : « J’ai perçu, à travers chaque malade, cette confrontation aux limites, lorsque l’individu retrouve sa place et son authenticité que le confort occidental dans lequel notre vie s’écoule a tendance à effacer. La société fut ébranlée. Elle se trouva soudain en péril. Une faille venait de s’ouvrir dans sa belle organisation. Face à une nouvelle génération d’activistes, elle fut brusquement confrontée à la réalité, jusqu’alors volontairement ignorée, des homosexuels et des toxicomanes. Elle dut reconnaître des minorités, non pas cloisonnées, mais intégrées à l’ensemble de la population. L’épidémie a progressé, atteignant d’abord ces minorités puis toutes les couches de la société. Le choc fut violent, particulièrement de 1987 à 1994. Mais les sociétés occidentales, les sociétés riches, ont une telle capacité d’ignorance qu’elles ont maintenant retrouvé leur équilibre dans le confort qu’implique la prospérité économique » (p. 12).

Pour le SIDA, les politiques se sont-elles d’ailleurs vraiment mouillées à raison ? N’oublions pas qu’après avoir été Premier Ministre, Laurent Fabius fut Président de l’Assemblée nationale et fortement concerné par les choix posés lors de l’affaire du sang contaminé. Malgré ceux-ci, certes pris avec d’autres –c’est l’avantage en politique : il y a souvent un autre plus ou tout autant responsable que soi-, il n’a jamais quitté l’action publique, qui plus est socialiste dont le souci de l’autre devrait être le cœur, et est actuellement Président du Conseil constitutionnel français ! N’oublions pas non plus que jusqu’en juillet 2017, en France, les personnes décédant avec le VIH étaient inhumées sans soins funéraires (18). En Belgique, en 2014, le Premier Ministre Elio Di Rupo, également socialiste, mit la pression sur la communauté LGBT (et donc sur les associations financées) pour que tous se fassent tester et traiter par souci de l’autre plutôt que de soutenir l’implémentation de la PrEP (19) et la coresponsabilité en matière de prévention. Je m’étonne qu’à l’époque, il n’ait pas fait « tracer » les séropositifs (20). Le leurre de l’anonymisation des données aurait-il été moins vendable ?

Bref, j’en reviens à mon propos : l’information factuelle de gestes sanitaires qui devrait nous permettre de prendre soin de nous et des autres. Sur base de mon expérience du SIDA, je formulerai une question : être informé, ré-informé, sur-informé de quelques gestes simples suffit-il à se prémunir et à préserver les autres d’un virus ?

Il y a une différence fondamentale entre le COVID-19 et le VIH : le premier peut se communiquer par la simple respiration, le second a une contagion plus complexe qui, dans la plupart des cas, implique le plaisir physique –sexuellement ou lors de l’injection de drogues-. Aussi, si les formes de propagation des deux virus sont bien connues de tous, prendre ses protections dans nos contacts journaliers les plus banaux devrait être plus évident pour le COVID-19 puisque la jouissance du corps n’y entre pas en jeu de la même manière.

Pour ma génération, le SIDA était un phénomène accompagnant nos premières expériences sexuelles, nos amours de jeunesse, alors que nous étions les témoins des décès des premiers infectés. Si certaines informations restaient imprécises comme le soulignent les questions précédemment énoncées, nous savions tous que l’usage du préservatif était recommandé, à tout le moins jusqu’au moment où, dans une relation stable, chaque partenaire se faisait tester ; la fidélité étant de mise.  Et, même si les morts étaient plus importants en nombre parmi les homosexuels, nous savions que le fléau pouvait toucher tout le monde : des femmes témoignaient régulièrement de leur infection, souvent apprise dans de tristes contextes (suivi gynécologique après l'annonce d'une grossesse, par exemple).

Me concernant, ce savoir me causait une certaine anxiété. Mon mâl(e)-être (5) s’y mêlant, je gardai une relative distance avec la sexualité, privilégiant les relations amicales et l’une ou l’autre relation amoureuse que mon symptôme mit vite en rupture. J’avais néanmoins plusieurs ami(e)s qui vivaient autrement, dans le milieu de la nuit, parfois avec des prises de risque importantes. Nous en parlions souvent. Si j’avais peur pour moi, je vivais un certain intérêt et amusement à en parler avec eux. Je fis une partie appréciable de mes stages de psychologue dans un centre de planning familial, principalement par la participation à des animations EVRAS. Sans vraiment me sentir concerné en corps du fait de mon anxiété, je m’investis dans la lutte contre le SIDA et les discriminations envers les séropositifs ; et plus largement, envers toute personne ayant un mode de vie décrié par la morale judéo-chrétienne traditionnelle, comme par exemple celles que l’on nomme maintenant les travailleuses du sexe (oh combien malmenées dans la gestion de la crise COVID-19). Cet investissement me permettait de sublimer des questions personnelles.

Mon symptôme et l’issue qu’il trouva dans ma première partie d’analyse eurent raison de mon mariage.

Très vite, le temps et des rencontres ayant fait leur effet, la sublimation ne tenait plus. Heureusement, j’arrêtai toute activité psychothérapeutique.

Je fréquentais assidûment le milieu de la nuit et prenais part à des activités militantes. Je multipliais les relations, souvent de quelques minutes, parfois les unes après les autres, sans même savoir qui je côtoyais. Je ne me protégeais que très rarement. Si l’autre ne le faisait pas, je supposais que nous partagions la même conception du plaisir. Je ne m’en souciais donc pas. Si l’autre voulait le faire, j’interrompais l’acte. Au début, la peur d’être malade me rendit compulsif vis-à-vis des examens médicaux. Je mesurais ma santé et mes prises de risque par des tests, comme s’ils étaient une protection, des moments de stress nécessaires. Cet affect et son besoin de répétition peuvent être une jouissance en soi (21). Puis je me résignai : mon mode de jouir n’était pas compatible avec l’usage d’une protection ; si je devais être malade, je le serais...

J’étais pourtant très bien informé sur le VIH ; Je peux avoir une maîtrise pointue des savoirs qui m’intéressent.

Durant ma deuxième tranche d’analyse, j’ai une seule fois parlé de mon indifférence à mes prises de risque. Je l’ai sans doute expliquée par un plaisir insatisfaisant et mon insensibilité à la maladie physique -lorsqu’elle me concerne. Je le fis après un bilan de santé, mais avant d’en avoir le résultat. J’appréhendais la réaction de l’analyste ; je n’en parlais jamais à personne. Je n’ai pas le souvenir qu’il ait dit ou fait quoi que ce soit ; peut-être m’a-t-il adressé un regard plus soutenu –j’avais déjà fait en sorte de ne plus être allongé sur le divan. Je n’évoquai pas les conclusions du médecin au cours de la séance suivante. L’analyste me posa la question à sa clôture, avec un certain souci dans l’attitude. Il s’agissait d’un homme très calme. Je répondis banalement, comme s’il n’y avait rien d’essentiel dans ma démarche. A ma surprise, il claqua son agenda sur son bureau en disant « bon ». Je le payai, il me raccompagna doucement jusqu’à la porte de son cabinet et avec une toute autre attitude, souriante, il me salua. En sortant, je me dis qu’il se souciait de moi, que son claquement d’agenda voulait dire : maintenant vous faites attention. Avant l’heure, je cherchais cette « intimation bannissante » telle que nommée par Lacan, « provocation du retour qui ramène au désir » (22).

Mais je n’en fis rien, c’était trop tôt. C’était autre chose que je réglais avec lui. J’étais déjà pris dans un engrenage qui annonçait une nouvelle maladie de jeunesse à mon symptôme.

Le temps passa. Les prises de risque vis-à-vis du SIDA laissèrent place à une mise en danger de moi-même et d’autrui par l’alcool. Lorsque je sortais, je pouvais boire à ne plus savoir ce que je faisais, à ne plus savoir où j’étais. Je pouvais prendre, en plus de l’alcool, des produits vasodilatateurs, euphorisants, très facilement disponibles dans le milieu de la nuit, jusqu’à ce que le mélange me force à tout vomir, mon corps tremble, ne puisse plus bouger. J’y laissais beaucoup de mes week-ends, également avec une certaine insouciance. Je me rassurais par le fait que je n’étais pas le seul à sortir, que mon travail portait satisfaction et que j’avais, quand-même, le droit de me détendre ; le Carré liégeois et certains quartiers bruxellois ou parisiens débordaient de gens qui faisaient la fête comme moi. J’étais peu attentif à la vie qui avançait.

Par contre, je vivais de plus en plus mal une pulsion, engendrant parfois une certaine agressivité, qui me prenait à fleur de peau. Je sentais que j’étais de moins en moins maître de cet effet, en corps. « L’inconscient survit en insistant et en résonnant dans le corps » (23).

En outre, je me rendais compte que je passais à côté de l’adolescence de mon fils. Ma fille devenait plus âgée, vivait ses relations et moments de grande adolescente. Nos instants à deux se transformaient : notre complicité père-fille pouvait faire avec mes sorties du week-end. Au besoin, elle avait la possibilité de m’appeler à n’importe quelle heure. Mais ces sorties ne me permettaient pas de construire une connivence père-fils pareillement forte. Régulièrement, je m’inquiétais de ce que mes enfants pourraient retenir des frasques de mon symptôme : c’est la composante égoïste, providentielle, du fait d’être parent ; il nous ramène inévitablement et avec bonheur à une responsabilité différente de toutes les autres, le souci pour nos enfants. Ce faisant, avant d’envisager de reprendre mon analyse, j’ai essayé d’écrire quelque chose qu’ils pourraient lire plus tard, adultes, presque comme une confession. Des écrits qu’ils pourraient utiliser pour corriger un je-ne-sais-quoi du passé, s’ils en éprouvaient le besoin. Dans un carnet, seul lors d’un week-end à Paris, j’avais inscrit une question devant initier la production d’un texte : « qu’est-ce que je dirais si j’étais là ? ». Mais, par chance, je fus bloqué. Impossible d’y répondre quoi que ce soit… Quand j’essayais, seules des larmes me venaient.

Je commençai ma troisième tranche d’analyse.

Sans m’en rendre compte au moment même, la rencontre de l’analyste stoppa pratiquement instantanément mon besoin de sortir le week-end.

Évoquer assez vite la question notée dans un carnet, resté vide, me la fit entendre autrement : pourquoi penser à corriger un défaut de présence, de parole, par des écrits pour le futur, plutôt que d’être simplement là, au quotidien, en particulier durant les week-ends, justement au moment où je peux être le plus disponible pour passer du temps avec mes proches ?

Dire à l’analyste la culpabilité que je portais par rapport à mon fils, sans qu’elle n’y donne aucune autre réponse que son écoute silencieuse, mit également un clou au cercueil de ces sorties : je découvris le plaisir de passer une partie de mon samedi avec lui, de faire les boutiques, de manger à deux comme je l’avais fait auparavant avec ma fille, d’être à côté de lui alors qu’il débutait son apprentissage pour le permis de conduire.

Je ne parlai pas spécifiquement de mes prises de risque. Je ne sortais plus ; elles me paraissaient lointaines.

Mais, au début d’une séance, l’analyste ne me donna pas la main en expliquant qu’elle avait attrapé un rhume ou quelque chose comme ça. Je lui fis part de mon indifférence et lui ai parlé de mon expérience du SIDA. En souriant, j’ai prononcé une phrase que je m’étais souvent répétée, sans prendre conscience de sa portée : « le SIDA ne veut sans doute pas de moi, sinon il m’aurait eu depuis longtemps ». Sur un ton net, avec une figure froide, elle répondit du tac au tac : « bon et alors ? », me laissant entendre : de quoi allez-vous me parler aujourd’hui, passons à autre chose. Je fus surpris. Je m’attendais plutôt à une question sur ce que je venais de dire. Par exemple, un simple : « ah bon ? » qui aurait engendré une explication (sans doute inutile –ce n’est pas parce que l’on s’explique que l’on s’entend). Je ne sais plus ce dont j’ai parlé durant cette séance (je n’en ai rien écrit d’autre dans le carnet où je garde une trace de mon analyse), mais en sortant, en passant à travers des cafés que je fréquentais antérieurement la nuit, j’ai été pris par une nausée. Je me sentais distant des gens que je voyais et j’avais envie de vomir. En même temps, je fus emporté par un pas rapide pour aller reprendre mon Thalys ; je voulais être chez moi, parmi les miens, alors que j’aspirais souvent à une solitude, en ces lieux. Je n’ai plus remis les pieds dans ces bars. Je sais d’ailleurs que si j’y retourne, ce sera différemment. Cette fois, l’« intimation bannissante » avait été entendue et m’avait pris au corps.

Quelques temps plus tard, à la fin d’une soirée banale à Liège, je croisai une personne régulièrement rencontrée dans le milieu de la nuit, qui partageait les mêmes déboires que moi et avec qui nous ne pouvions parler que de ça. A la fois je ressentis une certaine insatisfaction à la rencontrer et un certain plaisir face à ce passé qui ressurgissait. Alors que nous étions face à face, physiquement fort proches, avant même que nous nous parlâmes, l’image de l’analyste me vint en tête. Je fus pris d’un haut-le-cœur. Je ne pus discuter. Mon corps disait stop à ce passé. J’ai avancé.

La nuit, je fis un rêve : un jeune chat que je venais d’acheter, au pelage d’une couleur proche de mes cheveux, se noyait dans son vomi parce qu’il avait mangé quelque chose de mauvais. Au milieu de mes proches indifférents à ce qui se passait, j’essayais de le sauver en le frottant avec ce que j’avais sous la main, des litres de bière. Malgré l’insistance, je n’y arrivai pas. Ce rêve contenait des signifiants personnels essentiels : un jeune chat mâle, la couleur de mes cheveux qui est aussi celle de la longue chevelure bouclée de ma mère, qui me fascinait enfant (mon père avait des cheveux d’une couleur différente, trait important dans les coordonnées de mon désir ; l’analyste a une chevelure similaire à celle qu’avait ma mère, mais de la couleur de celle de mon père…), (se) noyer, manger quelque chose de mauvais, vomir, des litres de bière. Son interprétation est assez évidente.

Une page se tournait définitivement. « La psychanalyse procède quant à elle à l’envers des rêves de mort comme des songes d’éternité, en offrant la possibilité au parlêtre de mieux s’y retrouver dans le jeu mêlé des signifiants qui mortifient et de la jouissance qui vivifie, afin de soutenir non sans courage son propre mode de vivre » (24).

Qu’est-ce qui me donne cette certitude ?

Avant la rencontre de cette troisième analyste, je n’ai jamais réellement compris ce qui faisait que je ne me protégeais pas du VIH ou que je pouvais mettre mon corps à mal avec l’alcool. Si la prise de risques ne m’émouvait que par la peur que je ressentais, la boisson m’était plus gênante du fait d’un alcoolisme paternel souvent décrié. J’ai longtemps refusé les identifications qui relevaient de mon père ; et la consommation d’un trop d’alcool était sans doute la plus problématique de par l’usage que ma mère et moi-même en avions fait pendant ma jeunesse. De plus, elle se référait à un vécu familial douloureux : mon grand-père maternel, homme idéalisé par sa femme et ses filles, avait perdu la vie à cause d’un chauffard ivre. Une identification doublement morbide ruisselait en moi…

Par la rencontre de cette troisième analyste et le désir qu’elle acta face à moi, un nœud fondamental de mon existence se mit à nu. Ce travail nécessite d’en passer par une répétition : la parole en analyse, confrontée à la vie quotidienne et inversement, qui permet de décortiquer les signifiants de notre histoire car, comme le dit très joliment Lacan, « le moment où le désir s’humanise est aussi celui où l’enfant naît au langage » (22). N’est-ce valable que pour les enfants ?

Enfant, j’ai très vite imaginé que j’étais le préféré de ma mère. Ce statut permettait, mais aussi conditionnait, toute une série de choses. « Etre le préféré » compte donc singulièrement dans mon fonctionnement psychique.

Si je savais que les êtres humains naissent fille ou garçon, vers six ans, en jouant avec une amie, j’ai concrètement découvert l’effet en corps de la rencontre avec la différence sexuelle. Mon frère était né au cours des semaines précédentes. Ce moment avait donc suscité mon intérêt à comprendre ce qui se passait entre les hommes et les femmes, à savoir comment les bébés arrivaient au monde. Il avait aussi engendré toute une série de commentaires de mon entourage et, notamment, de celles pour qui « être le préféré » m’était important. Parmi ces commentaires, un dire souvent répété avec enthousiasme fut conséquent : « quel beau petit garçon, on le mangerait tout cru ! ». Il était notamment dit par ma grand-mère maternelle qui prenait un plaisir non négligeable à manger sa viande en la rongeant jusqu’à l’os.

Les différents signifiants portés par ces paroles se sont mêlés dans mon développement psychique, dans mon symptôme et, donc, dans ma sexualité : être le préféré, beau garçon, manger tout cru, ronger jusqu’à l’os.

Dans l’après-coup de cette mise à nu dans l’analyse, du point de vue sexuel, je dirais simplement qu’il n’est pas aisé de manger ou d’être mangé tout cru, jusqu’à l’os, avec la barrière causée par un morceau de latex, avec quelque chose entre la pulsion et son objet… Et « être le préféré » peut parfois entrainer l’acceptation de certaines choses contre son gré ; encore plus lorsque l’alcool aide (sans aucunement déresponsabiliser) sur base d’une identification où la mort compte.

De surcroit, si je me sentais le préféré de ma mère, une de ses paroles m’avait laissé entendre –à tort- que mon père aurait souhaité avoir une fille comme premier enfant et un garçon comme second. Je supposai donc ne pas l’être pour mon père, à l’avantage de mon frère.   Bébé et enfant, celui-ci était souvent malade. Il ne se nourrissait pas facilement. C’était un souci pour mes parents et un sujet de dispute. Mon père pouvait témoigner virulemment de son tracas, encore plus lorsqu’il était saoul. Dans mon histoire, « être le préféré » peut donc s’arranger facilement avec « être malade ». « Être malade » peut susciter l’envie ; parfois même jusqu’au risque de mort.

En effet, ces nœuds de mon psychisme furent marqués par un autre dire conséquent de ma mère ; qui s'entrechoqua avec un événement traumatisant de ma petite enfance à propos duquel des mots me manquèrent. Lorsque grand adolescent, je pris distance d'elle en même temps que mon frère commençait à consommer de la drogue et faire des choix chaotiques, ma mère me rappela combien je comptais pour elle en me disant, avec de vives larmes : « je sais que ton frère mourra avant toi ! ». Je n’aurais pas du être le destinataire de cet énoncé et encore moins de cette jouissance qui la dépassait. Dans la quête d’un père qui m’aurait préféré, ils accentuèrent la possibilité que la pulsion de mort me soit agréable…  D'autant plus qu'un événement vécu très jeune, vers quatre ans, m'avait fait rencontrer la mort, mais sans vraiment en percevoir d'emblée la perte qu'elle implique : mon arrière grand-père paternel, avec qui je faisais souvent de longues promenades, était décédé d'une crise cardiaque, subitement.  La coutume de l'époque fit que je pus le voir et l'embrasser sur son lit de mort, dans la pièce où nous jouions beaucoup ensemble.  Il m'était apparu beau, d'une peau blanche, lisse, froide, douce et agréable, bien installé dans son costume noir, sa chemise blanche et sa cravate noire, au milieu d'une dentelle qui cachait son cercueil.  Avec les émotions propres au recueillement funéraire, il était devenu « le préféré » de tous alors qu'il s'agissait d'un homme discret, calme et plutôt anonyme. Cette situation ne me donna pas une image fatale, désagréable de la mort.  Sur le moment, aucun mot ne me fut dit pour que je comprenne que la mort signifiait la fin, un arrêt net et définitif de ce qui avait été vécu en chair et en os.  Mais la mise en « bière » s'en chargea...

Ce que mon expérience du SIDA et de ma propre parole dans la cure analytique ont (dé)construit peut paraître relativement banal –quelques mots bien agencés pourrait-on dire. Mais il a obligatoirement fallu un temps certain, des remous dans mon parcours de vie, pour que je m’entende et en prenne acte. Aucune analyse fonctionnelle, aucun programme cognitivo-comportemental de quelques séances (25), aucun « nudging » (26) n’auraient eu cet effet. Disposer d’un savoir pointu sur une chose néfaste ne permet pas pour autant de s’en protéger et, conséquemment ou précédemment, d’en protéger les autres. Il faut pouvoir entendre les nœuds que nous avons en nous, ce que nous en disons, répétitivement, en corps et encore, pour décider qu’autre chose puisse exister. « Une psychanalyse, pour celui qui en fait l’expérience, produit un bouleversement radical de la subjectivité, elle transforme le rapport au passé aussi bien qu’au futur. Elle fait événement dans le cours d’une existence, se saisissant de ce qui l’avait saisie afin d’aiguiller autrement le destin de la jouissance » (27).

Est-ce sous-entendre que les informations et pratiques de prévention sont inutiles ? Que le travail associatif qui s’en charge ne servirait à rien ? Que seul ce qui se passe dans les cabinets de psychanalystes serait efficient ?

Certainement pas ! Surtout pas, même !

A une époque où l’on constate que notre jeunesse est très mal informée sur les maladies de l’amour et que celles-ci ne cessent de refaire surface (28), à l’heure de la « doublure digitale de l’être » (29) où une « relation » naît et meurt en deux clics sur la toile, le travail associatif est fondamental et devrait être beaucoup plus présent dans tous les lieux de vie des jeunes.

Mon propos tient plus à montrer que toute information préventive ne sera entendue que si elle s’accorde avec les éléments fondamentaux du psychisme de chacun, les signifiants qu’il porte en lui. Ce dont on peut prévenir et être prévenu est que notre parole en tant que sujet, en tant que « Je » (30), compte quelle que soit l’information que nous recevons ou apprenons. « Ce n’est pas la science qui par sa vérification a le dernier mot » (31), mais la parole de chacun, ce qu’il pourra faire de ce que cette science lui dira. Il ne s’agit bien sûr pas de stratégies acquises ou à acquérir selon le modèle des animaux qu’on éduque ou des machines qu’on programme, mais de la réalité de la vie, celle qui est prise par notre subjectivité, celle qui coule dans notre corps et nous fait parfois nous trébucher, voire chuter, alors que nous voulons marcher plus vite…

Je cite l’intégralité d’une orientation écrite par Philippe La Sagna en ce sens, s’appuyant sur Lacan : « Le discours psychanalytique ne vient pas s’ajouter à la réalité sociale pour la préserver, la dénoncer, voire l’interpréter. Plus simplement, il en est une partie intégrante : « le discours que je dis psychanalytique, c’est le lien social déterminé par la pratique d’une analyse. Il vaut d’être porté à la hauteur des plus fondamentaux parmi les liens qui restent pour nous en activité » (32). Aussi, la pratique analytique et le discours qui en découle, l’inconscient dont il atteste, font aujourd’hui partie intégrante de la possibilité même de la vie publique. (…) L’utilité publique de la psychanalyse est inséparable de sa place dans l’existence et dans la possibilité même du sujet de la démocratie, sans quoi il n’est pas de vie démocratique. La psychanalyse sera toujours plus un acteur de la vie publique, de la politique des hommes, s’ils ne veulent pas être réduits par le mouvement qui confond l’utile avec la « politique des choses » (33) et qui veut pour cela naturaliser l’esprit » (34).

En tant que professionnel qui peut agir dans la prévention, c’est une condition fondamentale à mon action : j’ai d’abord à entendre par l’analyse ce qui me motive et ce qui peut me prévenir de moi-même au lieu où je veux agir. C’est à ce prix que je peux être disponible pour, peut-être, attraper les risques d’autres et, ainsi, leur permettre d’entendre ce qui de leur histoire s’y cache pour en devenir un peu plus maître.

Sur base de mon expérience -certes unique-, je considère que la psychanalyse doit donc tenir un rôle politique essentiel dans la cité : pour plusieurs, elle témoigne que ce n’est pas simplement parce que l’on veut que l’on peut. Quelque chose nous dépasse, parfois en nous incitant à ne pas prendre soin de nous, ni des autres, à jouer avec le danger : « l’être humain ne sait jouir de la vie ou du bonheur qu’à la condition de savoir aussi en quoi il est saisi, joué, ravi parfois, par le langage. (…) C’est en cela que Lacan a pu dire aussi que l’inconscient, c’est la politique. L’inconscient ne concerne pas seulement en effet l’individuel » (35).

Confier ce qui de nous peut nous faire prendre des risques, et par conséquence en faire prendre à d’autres, à l’écoute de quelqu’un qui n’est pas dupe de la jouissance que comporte ce danger grâce à sa propre expérience analytique, peut réellement, viscéralement, engendrer une paix pour soi et pour les autres, un souci pour soi et pour les autres, des liens sociaux positifs, prévenants.

Au-delà de la prévention par rapport à un virus, notre société n’en a-t-elle pas bien besoin aujourd’hui ?

Fabian Cheret, psychologue.

Tout commentaire ou toute question peuvent être adressés par mail à fabiancheret@yahoo.fr.

 

(1) Saint-Léonard (Liège, Belgique), quartier multiculturel à la périphérie du centre-ville.

(2) Je me saisis ici d’un signifiant dit par mon second analyste lorsque je lui ai parlé des inconvénients qu’il peut y avoir à chercher une approbation, un sentiment, un plaisir dans le regard d’autres. Il ponctua : « oui le regard peut être un piège ».

(3) Olivier Rey, Quand le monde s’est fait nombre, Stock, Paris, 2016.

(4) Catherine Meyer (dir.), Le livre noir de la psychanalyse, Les Arènes, Paris, 2005.

(5) Fabian Cheret, Rejeter la psychanalyse ?, Mediapart, Paris, 22 mai 2020.

(6) Ecole de la Cause Freudienne (ECF, Paris) et Association Mondiale de Psychanalyse (AMP, Paris).

(7) Jacqueline Russ, Clotilde Leguil, La pensée éthique contemporaine, Presses Universitaires de France, Que sais-je ? n°2834, Paris, 1ère édition 1994, 5ème édition mars 2020, p. 7.

(8) RTBF, radio-télévision belge de la Communauté française, Questions en prime, interview de Caroline Désir, Ministre de l’Enseignement obligatoire, 25 avril 2020.

(9) Caroline Désir, Rythmes scolaires : il faut cesser de vouloir faire ce qu’on a toujours fait, in : Le Soir, Bruxelles, 23 septembre 2019.

(10) RTBF, Coronavirus en Belgique : changement de communication et ponctualité, le mea culpa de Wilmès, Bruxelles, 06 mai 2020. Le Soir, En visite surprise, Emmanuel Macron exprime son mea culpa sur l’hôpital public, Bruxelles, 15 mai 2020. Le Soir, Cafouillages à la frontière franco-belge: après Sophie Wilmès, Philippe Goffin s’excuse du manque de communication, Bruxelles, 01 juin 2020.

(11) Lire, pour exemple : Frédéric Keck, La crise du coronavirus, une occasion à saisir pour changer notre mode de vie, in : Le Monde, Paris, 27 mars 2020 ; Audrey Garric, Nabil Wakim, Perrine Mouterde, Coronavirus : plus résilient, plus sobre, plus solidaire… des pistes pour imaginer « le monde d’après », in : Le Monde, Paris, 06 avril 2020 ; Soraya Ghali, La vie après le coronavirus: nos habitudes, conventions et relations sociales vont-elles changer ?, in : Le Vif L’Express, Bruxelles, 14 mai 2020 ; Belga, Selon une étude, le coronavirus a rendu le Belge plus solidaire, in : Le Soir, Bruxelles, 29 mai 2020.

(12) François Delor, Récit, en éditorial, in : La Libre Belgique, Bruxelles, 01 décembre 2001.

(13) Michel Kazatchkine, La consultation du soir, Un témoignage engagé sur cette épidémie qui bouleverse le monde, Gallimard, Paris, 2003 ; Christophe Broqua, Agir pour ne pas mourir, Act Up, les homosexuels et le sida, Sciences Po Les Presses, Paris, 2005 ; Didier Lestrade, Gilles Pialoux, SIDA 2.0, regards croisés sur 30 ans d’une pandémie… Et demain ?, Fleuve Noir, Paris, 2012.

(14) Sidaction, 07 avril 1994, diffusion simultanée sur toutes les chaines en France.

(15) Jonathan Demme, producteur, Ron Nyswaner, scénariste, Philadelphia, TriStar Pictures, Hollywood, 1993.

(16) https://www.actupparis.org.

(17) Pour l’Europe : https://www.lessoeurs.org.

(18) Pour illustration : Camille Bordenet, Soins funéraires aux séropositifs : « Comment a-t-on pu priver des proches de leur deuil ? », in : Le Monde, Paris, 10 janvier 2018.

(19) PrEP : prophylaxie pré-exposition (myprep.be). La PrEP, pourtant, aurait permis un dépistage par souci de soi et une prévention de la transmission du virus plus rapide comme le montre nombre d’études du milieu associatif. Consulter, pour exemple : https://www.aides.org.

(20) Maxime Biermé, Coronavirus: toutes les personnes en contact rapproché avec un malade vont être testées, in : Le Soir, Bruxelles, 05 juin 2020.

(21) « Le mot de Patricia Bosquin-Caroz », vidéo préparatoire au Congrès de l’EuroFédération de Psychanalyse PIPOL9, « L’inconscient et le cerveau : rien en commun », 10 mars 2019.

(22) Jacques Lacan, Ecrits, Editions du Seuil, Paris, 1966, p. 319.

(23) Clotilde Leguil, L’inconscient à nouveau, in : Le Champ Freudien, Ornicar ?, L’inconscient encore, sa vérité, son réel, Navarin Editeur, Paris, 2019, p. 5.

(24) Aurélie Pfauwadel, L’honneur politique de la psychanalyse, in : Ecole de la Cause Freudienne, La Cause du désir, Mort ou vif, n°96, Navarin Editeur, Paris, 2017, p. 6.

(25) Jean Cottraux, Les psychothérapies cognitives et comportementales, Elsevier Masson, Issy-les-Moulineaux, 6ème édition 2017.

(26) Un collectif de signataires (psychologues de la santé), Déconfinement : les spécialistes du comportement doivent être sollicités, in : Le Soir, Bruxelles, 11 mai 2020.

(27) Aurélie Pfauwadel, La psychanalyse, c’est demain !, in : Ecole de la Cause Freudienne, La Cause du désir, L’événement c’est demain !, n°100, Navarin Editeur, Paris, 2018, p. 6.

(28) Grégoire Ryckmans, Sida : « certains jeunes prennent des risques, car ils sont mal informés », RTBF, Bruxelles, 01 décembre 2018 ; La ligue de l’Enseignement et de l’Education permanente asbl, Les jeunes, un public clé pour la prévention du VIH et des autres IST, Liège, 21 mars 2018.

(29) Clotilde Leguil, Le « Je » à l’ère du narcissisme de masse, in : Muriel Flis-Trèves, René Frydman, Confiance, Défiance, Trahison, Colloque GYPSY XIX, Presses Universitaires de France, Paris, 2019, p. 113.

(30) Clotilde Leguil, « Je » une traversée des identités, Presses Universitaires de France, Paris, 2018.

(31) Jacqueline Russ, Clotilde Leguil, La pensée éthique contemporaine, Presses Universitaires de France, Que sais-je ? n°2834, Paris, 1ère édition 1994, 5ème édition mars 2020, p. 110.

(32) Jacques Lacan, « Télévision », in : Autres Ecrits, Le Seuil, Paris, 2001, p. 518.

(33) Jacques-Alain Miller, De l’utilité sociale de l’écoute, in : Le Monde, Paris, 30 octobre 2003.

(34) Philippe La Sagna, De l’utilité publique de la psychanalyse, in : Ecole de la Cause Freudienne, La Cause freudienne, L’utilité publique de la psychanalyse, n°63, Editions de la Cause Freudienne, Paris, 2006, p. 10.

(35) Philippe La Sagna, De l’utilité publique de la psychanalyse, in : Ecole de la Cause Freudienne, La Cause freudienne, L’utilité publique de la psychanalyse, n°63, Editions de la Cause Freudienne, Paris, 2006, p. 8.

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