C'est de ta peau dont je rêve

     C'est de ta peau dont je rêve, de ton dos courbé par le plaisir, promené des lueurs timides d'une nuit nuageuse, où ma langue glisse jusqu'à ton cou ; la peau de tes seins, sculptée par mes ongles, rougie par mes dents ; les lèvres de tes jambes, alarmées, languissantes, emportées par mon soupir et la promesse d'un baiser.

     Et ce parfum, qui colore la nuit, de nos deux corps s'enivrant de salive et de sueur, enragés du délice de la danse des flammes douces, entourées d'ombre ; ce parfum qui transforme les mots en gémissements et en morsures.

     C'est ce cri, dans tes soupirs, tes griffures, ce cri déchirant la nuit, cette joie trop animale pour les mots, la vraie chanson du corps, le vrai poème d'amour, et pourtant si fugace, si fragile, que l'on danse à devenir fous, que l'on s'abreuve de nos eaux, que l'on lèche le sel de nos peaux.

     Ô petites perles pleurées à tes poils agrippés, écume sirupeuse que ma langue assoiffée, goutte après goutte, goûte sans se lasser, avide, avilie, par leur saveur salée, à vif, aveuglée, car toute entière aspirée, ivre de tes lèvres affolées et de tes soupirs par elle lacérés.

     Puis le souffle coupé, nos corps écoulés, le silence revenu, la danse achevée, la nuit emporte, telle une offrande de fumée, notre passion devenue rêve, délice à demi oublié, ne me laissant, pour cendres d'encens, que ta senteur sur ma peau imprimée.

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