Sous mes paupières

    Cette fois encore il n'y a que le silence pour me répondre, la morne paix de ma chambre pour m'éteindre, et le souvenir fissuré d'un sourire que j'aimais.

    Amer, encore, d'un amour mort-né, de larmes sèches avant de couler, d'une encre seule à pouvoir pleurer, d'un râle hurlé à bouche fermée, je n'ai, pour œil aimant, que les débris de l'hiver que le vent a balayés.

    Lassé des meurtrissures du silence de l'esseulé, je partis mendier le bruit de ceux qui disent aimer, mais n'y résonnent que des mots évidés, craintifs de toute tristesse mal étouffée.

    Ne me touchent, ne m'écoutent, que les gouttes perlées sur le lierre d'une pluie d'hiver, qui me content l'odeur des forêts et des fleurs mouillées, que le goudron a recouvert.

   Et je me perds dans la joie grise des passants pressés, dans le tambour sourd des pas égarés, dans le cri essoufflé de la terre bétonnée, ahuri, mâché par la rue, où le vent ne peut que siffler.

    Alors je me cache, sous mes paupières, où j'ai dessiné ton sourire.

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