Vos noms

Poème d'un confiné

     Tous les soirs, à vingt heures, les cœurs chantent, de ceux qui sauvent, le courage et les maux, si loin des vôtres, si froids, dont n'entend mot, épuisés de cette pitié que vous mimez, parées de ces discours timorés qu'à haute voix vous portez, pour ne pas entendre les cris de ceux que vous détruisez, et dans cette certitude d'être grands, ce mépris exhibé, délice glaçant de votre ivresse affolée, vous assoupir et sombrer. Et pourtant, comme l'un des vôtres le dit à d'autres, vous n'êtes rien, nous sommes le monde, et vous nous avez sacrifiés. De ce sang dont vos mains sont entachées, que sur des blouses, par d'autres portées, vous tentez d'essuyer, vos noms, à jamais, en seront marqués.

     Vous nous avez volé le printemps, l'avenir et la nature, nos amours fredonnant, nos rires sans mesure, terrés dans ce silence, cette solitude, qui de vos noms est la seule trace qui perdure, car perdu est votre monde, perdus vos mensonges, que les oiseaux de l'aube recouvrent de leurs songes, que les héros invisibles marquent de leurs blessures.

     Ce que vous nous avez pris, à l'azur nous le rendrons, et de nos déchirures, la brise balaiera vos noms.

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