Politique migratoire : un appel pour réhabiliter l'humanisme et la raison

Notre pays doit fonder une politique rationnelle envers les migrants. Notre préoccupation est celle de citoyens d’ici et d’ailleurs qui, par delà nos différences philosophiques, religieuses, politiques, revendiquent que cet enjeu d’humanité nous oblige.

En 2017, au moins 3100 migrants sont morts en traversant la méditerranée, et quatre autour de Calais, en voulant rejoindre l’Angleterre. 

Notre préoccupation est celle de citoyens d’ici et d’ailleurs qui, par delà nos différences philosophiques, religieuses, politiques, revendiquent que cet enjeu d’humanité nous oblige. Il n’y a pas d’indignation sélective ou de sentimentalisme à avoir, mais une politique rationnelle à fonder. Il n’y a pas de ce pragmatisme que l’on veut opposer aux idéologies, mais la conviction qu’il est urgent de réhabiliter le sens de l’accueil dans une opinion publique soit indifférente, soit hostile. 

Nous ne pouvons accepter que l’inconditionnalité inscrite dans le code de l’action sociale et de la famille dès 1956 soit remise en cause par une circulaire du ministre de l’intérieur. Cette inconditionnalité, inscrite dans la loi et pratiquée par les associations laïques comme confessionnelles ne saurait être balayée d’un revers de main au mépris de notre histoire. Briser ce lien de confiance entre acteurs de l’accueil et migrants serait nuire à l’ensemble de notre société, qui a besoin de croire en sa générosité. Nous comprenons que les pouvoirs publics souhaitent canaliser les tensions suscitées par la question migratoire. Mais inciter les migrants à rester dans la rue et dans les bois, revient précisément à normaliser cette présence insécurisante, et donc à entretenir le sentiment de rejet et à intensifier les représentations obsidionales... 

Notre devoir et notre honneur sont de convaincre que cette question de l’accueil et du refus du tri des réfugiés n’est non seulement pas mineure, mais constitue un enjeu de civilisation. Il s’agit de la vie de personnes humaines. L’urgence de l’indignation doit être accompagnée de la défense réassumée des valeurs humanistes, aujourd’hui abandonnées au bruit des crispations identitaires ou aux cauchemars de revanche post-attentats. Oser cela, c’est aussi incarner la République et ouvrir un horizon rassembleur, en somme se tenir au niveau de l’histoire de France. 

Signataires

Joseph Beauregard – Réalisateur -, Alexandre Dézé – Politiste -, François Dubet – Sociologue -, Béatrice Camurat-Jaud – Réalisatrice -, Fabien Escalona – Politiste -, Stéphane François – Historien -, Jacques Gaillot – Evêque de Parténia -, Bertrand Gaufryau - Economiste et Chef d'Etablissement -, Joël Gombin – Politiste -, Jean-Michel Hirt – Psychanalyste et Professeur à Paris 13 -, Jean-Paul Jaud – Réalisateur -, Alexis Jenni – Ecrivain et Prix Goncourt -, Jean-Loïc Le Quellec – Anthropologue -, Nicolas Lebourg – Historien et Politiste -, Noël Mamère – Militant écologiste, ancien député -, Philippe Meirieu – Professeur en sciences de l'éducation -, Eve Ricard-Reneleau – Ecrivaine et orthophoniste -, Gabriel Ringlet – Ecrivain, poète et théologien.

 

Une tribune initialement publiée par le Huffington Post.

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