StopCovid une «app» qui en dit plus sur notre société que sur notre santé

Avons-nous le droit de dire à "non" à l'application "stopcovid" ? Sommes-nous des assassins si nous la refusons ? Le débat a été dense et parfois répugnant. Pour autant, ce débat traduit une triste réalité qui est qu'il devient difficile, voire impossible de dire non à notre gouvernement ou même de faire évoluer sa position.

Société © Le petit bretteur Société © Le petit bretteur
« Stopcovid » c’est une application, ou plutôt une « brique » contre la propagation du covid-19. Selon les mots du gouvernement, elle vise à « prévenir les personnes qui ont été à proximité d’une personne testée positive, afin que celles-ci puissent être prises en charge le plus tôt possible, le tout sans jamais sacrifier nos libertés individuelles ». Sa mise en ligne a été validée par les députés et les sénateurs le 27 mai 2020. Elle est disponible sur les plateformes de téléchargement depuis le mardi 2 juin 2020.

Faut-il rappeler les arguments des deux parties aussi étayés d’un côté que de l’autre ? En effet, du côté des « contre » il y a la quadrature du net et les partis politiques d’opposition qui pointent notamment : une efficacité hasardeuse et des libertés inutilement sacrifiées. Du côté des « pour » il y a le gouvernement et le Figaro qui inversement soulignent : l’efficacité et le respect de la vie privée.

La question n’est donc ni simple, ni simplement philosophique. Elle est juridique, technique et éthique, mais aussi scientifique, politique et sociologique. En ce sens, nous pourrions débattre pendant des heures, comme les députés et les sénateurs, sur l’efficacité, l’adaptabilité, la proportionnalité, ou encore l’interopérabilité d’une telle application. Chacun irait chercher l’étude scientifique qui va dans son sens, ferait une interprétation de l’autorité « indépendante » de son choix, choisirait les statistiques utiles à son argumentation, et pointerait l’atout, ou la faiblesse de telle ou telle technologie. Aussi, ce que je vais m’attacher à souligner, c’est la rhétorique moralisatrice et liberticide du gouvernement, ainsi que les conséquences pour l’avenir que cette application entraîne et ce qu’elle dit de notre démocratie.

Près de six Français sur 10 se montrent favorables à sa mise en place. Mais seulement 49% se disent prêts à l'installer sur leur smartphone. Pour ma part, je fais partie des 4 Français sur 10 qui ne sont pas favorables à cette application. Aussi, je ne prétends pas être objectif, mais bien contre cette application parce que c’est mon droit. En effet, l’essentiel est ici : j’ai le droit de dire non sans avoir l’obligation de dire pourquoi et sans être livré au tribunal de l’opinion.

 

L’évangile de Saint-Cédric : grand apôtre de la morale publique

« Il n'est de pire tyrannie que de vouloir le bien d'autrui ».

Kant

Un article du Monde qui se veut objectif et pédagogique récapitule (maladroitement) les arguments. A sa décharge, il est difficile de rester objectif dans un débat si passionnel. Aussi, on peut se demander pourquoi c’est une femme qui joue le rôle du contre et qui se retrouve sur la défensive, quand c’est l’homme qui est celui qui sait ce qui est juste est bon pour elle. Et donc par analogie pour l’ensemble des Français. J’en veux pour preuve ce message de « Bob » à son ami quand il lui lance un tacle assassin : « T'es une experte en Bluetooth toi maintenant ? ». Ce à quoi son amie Alice – si elle est encore son amie – aurait pu lui dire : « Et toi, tu es un expert en liberté publique ? ».

Pour autant, Bob est aussi soucieux de la liberté d’Alice quand il précise : « L'utilisation de l'application est volontaire. C'est marqué dans le décret. Toute personne qui en forcerait une autre serait hors-la-loi ! ». Mais, c’est quand même curieux cette façon qu’ont les gens de nous rappeler qu’on est libre tout en cherchant à nous convaincre…

Force est de constater que c’est à Alice de justifier son choix. C’est aussi Alice qui endosse le rôle de la « philosophe irresponsable ». Bob au contraire, est l’ami bienveillant qui veut la protéger. Autrement dit, c’est un débat très manichéen, presque divin entre Adam le prudent et Eve la pécheresse.

L’article du Monde résume donc bien le débat autour de cette application. On y retrouve (presque) tous les arguments, les pour et les contre, mais aussi la rhétorique culpabilisante et moralisatrice du gouvernement pour vendre son application. Une stratégie qu’on pourrait résumer par : « vous avez le choix, mais attention, si vous ne téléchargez pas l’application vous tuez des gens », comme l’a dit Cédric O. Utiliser cet "ADM" (Argument de Destruction Massive) est tout simplement répugnant et montre à quel point il manque d'argument.

Ce qui est aussi frappant, c’est que cet argumentaire ressemble étrangement à celui de certains géants du numérique comme Facebook ou Twitter. Des arguments qu’ils utilisent pour qu’on ne les quitte pas : refuser, c’est rejeter la modernité; refuser, c’est échouer professionnellement et socialement; refuser, c'est rater une occasion de faire quelque chose de bien. Mais si c’est si nécessaire, si évident, pourquoi tant de débat ? Pourquoi avoir besoin de nous culpabiliser ou de se justifier ?

Voilà donc un ministre moralisateur, un ministre qui se prend pour un saint, qui frôle la diffamation en accusant une partie des Français d’être des assassins. Un ministre qui manque cruellement de tendresse et d’intelligence. Un ministre qui a l’accusation facile et la responsabilité fuyante tant il s'abrite derrière des autorités indépendantes. Un ministre enfin, qui a oublié les mots de l’avocat Thiery Illouz : « Défendre ce n'est pas masquer, au contraire, c'est éclairer ». Non monsieur le ministre, je ne suis pas un monstre ou un irresponsable. Je suis un homme libre et éclairé.

 

De la fin du droit de dire non sans avoir l’obligation de dire pourquoi

« Qui veut faire l’ange fait la bête »

Pascal

Il est de notoriété publique que les bonnes intentions d’un projet ne l’empêchent pas de devenir abominable, comme le montre l’expérience du scandale « Cambridge Analytica ». Ainsi, le problème dans cette histoire, c’est qu’on a plus, en fait, le droit d’être contre. Il faudrait dire oui dès que le gouvernement ouvre la bouche, parce que c’est le gouvernement, ou accepter de passer pour des « Gaulois réfractaires » pour reprendre les mots du Président. Cela s’apparente à une forme de tyrannie de la majorité et le gouvernement ressemble quant à lui de plus en plus à une Église de la « bien-pensance ». C’est vrai, il n’y pas juridiquement – et pour le moment – d’obligation à télécharger cette application, mais il y a une pression morale et sociale très forte à le faire.

Finalement, rester à distance de ces nouvelles technologies, vouloir garder le contrôle sur ses données personnelles, ou encore refuser d’utiliser telle ou telle application, à tort ou à raison, apparaît de plus en plus comme des actes de déraison. On vous traite, comme l’a fait le secrétaire d’État au numérique, de philosophe intrépide ou de technophobe. On sous-entend que vous êtes le complice d’un virus mortel, voire un terroriste, parce que vous alimenteriez une peur du numérique et que vous seriez contre la réussite de la « French tech » - ça ne s’invente pas d’utiliser un anglicisme pour défendre le savoir-faire français.

En outre, nous allons vers une société où vouloir préserver son intimité sera interprété comme une volonté de cacher des mauvaises intentions ; où il faudra choisir entre un patriotisme aveugle et liberticide et le terrorisme libertaire. Une société, qui à l’instar du numérique, reposerait sur un langage binaire. Autrement dit, nous allons droit vers un système totalitaire, où il n’y aura plus de place pour la réflexion et l’hésitation, où dire « non » sera vu comme un acte de rébellion. Un État où finalement nous ne serions plus libres d’être ce que l’on est ; où il deviendrait même impossible de savoir qui l’on est, car nous serions sans cesse surveillés. 

Les débats autour de « stopcovid » et l’argumentaire des ministres nous montrent que le plus grand danger de cette application, n’est finalement pas la fuite de données personnelles, mais l'atteinte à la liberté de dire non sans être obligé de dire pourquoi. En ce sens, « la preuve est faite que visages dévots et pieuses actions nous servent à enrober de sucre le diable lui-même » William Shakespeare.

 

« Stopcovid », une victoire à la Pyrrhus 

« Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus »

Plutarque

En effet, si le gouvernement a pu compter sur le fait majoritaire et la discipline partisane pour faire voter son application, il a dans le même temps sacrifié beaucoup. D’abord, le gouvernement en faisant de cette application un premier « grand » débat autour du numérique, à renforcer l’image d’un numérique dangereux pour les libertés. Le numérique est assimilé – une fois encore – à un outil de surveillance et de contrôle. Un outil invasif et inévitable dans le sens où le refuser, c’est être contre le progrès et la modernité.  

Ensuite, le gouvernement en se focalisant sur une solution de surveillance plutôt que de confiance, a fait le choix d’une position autoritaire et culpabilisante comme la Chine. Il fait le choix de diviser l’opinion à un moment où il aurait dû donner le primat à l’union et à la réflexion. Il fait le choix de passer en force. Il fait le choix d’aggraver la méfiance, voire la défiance des Français. Il fait le choix de créer un précédent dangereux, qui ouvre des perspectives jusque-là impossibles.

En outre, il fait le choix d’ouvrir une boite de Pandore, car il devient désormais possible de proposer des applications similaires dans d’autres domaines : assurance maladie, protection sociale... Il devient possible de dire que le volontariat n’est pas efficace et qu’il faut rendre obligatoire. Dès lors, il oublie que tout ce qui est possible n’est pas forcément souhaitable.

 

L'appel à l'émotion

« Dans les moments de crise, les êtres humains oublient en effet trop souvent leurs vues philosophiques pour suivre plutôt leurs émotions et leurs instincts »

Yuval Noha Harari

Alors oui, nous donnons déjà des données personnelles à des entreprises privées dont la bienveillance est douteuse. D’ailleurs, cela devrait à minima nous interroger. Pourquoi donnons-nous aux uns et pas à l’autre ? Confiance ? Ignorance ? Indifférence ? D’une certaine manière, le nombre de téléchargements sera une sorte de plébiscite qui dira si nous avons encore confiance en notre État.

Pour autant, force est de constater que c’est bien plus qu’une histoire de confiance. En effet, dans le monde numérique, l’efficacité l’emporte bien souvent sur la confiance. Si on donne son consentement, éclairé ou non, à Google, Facebook, Microsoft, etc. c’est parce que ce qu’ils prennent les habits de la facilité et de l’utilité. Moins d’attente, plus de choix. Google répond à notre besoin existentiel de réponses et d’explications ; Facebook à notre besoin d’aimer et d’être aimé ; Amazon à notre désir d’accumuler des choses par peur du manque ; enfin Apple à cette tentation de posséder le meilleur. Toutes ces applications manipulent nos émotions.

Aussi, « Stopcovid » n’échappe pas à la règle. Rien que son nom devrait suffire à nous interroger tant il promet l’impossible. En effet, derrière ce nom, se cache finalement l’idée qu’une application numérique pourrait mettre un terme à une épidémie biologique. D’aucun appel cela du « solutionnisme numérique », c'est-à-dire l’idée que tout aspect de la société n’est en fait qu’un problème à résoudre : la sécurité, le transport, la santé, l’éducation, la politique, l’alimentation… Tout doit être fait pour gommer les défauts du système, atteindre la perfection, augmenter l’efficacité.

En outre, même si la CNIL à rappeler que « stopcovid » ne devait être qu’une « brique d’une stratégie globale », cette application ou plutôt ceux qui l’ont développé, surfent comme les « GAFAM »  (les géants du numérique) sur la vague de nos émotions. Il faut la télécharger, car cela veut dire sauver des vies. Il faut la télécharger, car on sera plus vite alerté. Il faut la télécharger, car cela permet d’affirmer notre souveraineté numérique. Autrement dit, cette application ferait de nous des patriotes, des héros de la nation, des « altruistes sanitaires », et surtout, elle nous protégerait.

 

Sécurité ou démocratie, il faut choisir

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin

C’est donc ici que le piège se referme. L’État nous propose un pacte faustien. En échange d’une sécurité, individuelle et collective, toute illusoire, nous devons renoncer à notre liberté. Par manque de temps, de compréhension et par pression de l’opinion, nous l’acceptons.

Puis, comme avec toutes les autres applications, une forme d’accoutumance, voire de dépendance s’installe. On finit par croire que c’est indispensable, et même que ce n’est pas suffisant, qu’il faut aller encore plus loin. Nous devenons peu à peu indifférents à la liberté. On s’installe confortablement dans la docilité, puis la servitude, car c’est plus simple et surtout cela n’appelle à aucune forme d’engagement ou d’effort. C’est ce qu’on appelle l’effet cliquet, car une fois enclenché, on ne revient jamais en arrière.

Ainsi, ce qui me fait le plus peur, c’est que cette application devienne vraiment utile et que cette utilité nouvelle en inspire d’autres. Qu’une belle intention se transforme en instrument de torture.   Avec « Stopcovid », nous faisons un pas de plus dans une démocratie autoritaire. Une démocratie d’apparence qui fait vivre un semblant de parlementarisme et de représentation populaire pour nous asservir plutôt que nous servir. Une démocratie qui ne s’interroge plus, car elle considère que son histoire, ses institutions et ses lois suffisent à la rendre démocrate. Une démocratie qui ridiculise et stigmatise ceux qui la critique, comme l’Église l'a fait à ceux qui interrogeaient ses dogmes.

Pour ma part, je préfère les fous qui doutent, que les idiots convaincus d’avoir raison. Ou pour le dire autrement, je préfère une démocratie qui se cherche, plutôt qu’une démocratie qui se dit parfaite. 

 

La stratégie du choc : anesthésier l’esprit critique par la terreur

« Il est plus sûr d'être craint que d'être aimé »

Nicolas Machiavel

L’avenir nous dira si cette application est efficace ou non, mais ce qui est certain, c’est que cette application est le symbole d’un gouvernement qui a sacrifié la liberté du peuple français sur l’hôtel de la sécurité. Autrement dit, si je refuse cette application, ce n’est pas tant parce que son efficacité et sa sécurité – qui restent à prouver par les faits – me semblent fragiles, mais d’avantage parce que je refuse de faire confiance à un État qui ne me fait pas confiance. Parce que le symbole qu’envoi cette application et le cautionnement qu’elle donne à la surveillance et l’image liberticide qu'elle colle sur le numérique, est bien trop dangereuse pour être traité dans l’urgence de la crise.

Profiter de l’urgence pour faire adopter un tel projet, relève de ce que Naomi Klein appel la « stratégie du choc ». Il est, en effet, plus aisé de convaincre des gens lorsque leur capacité de réflexion et de contestation sont anesthésiées par un climat d’insécurité et leur vie menacée. Comme le souligne le philosophe Alexandre Lacroix, « il n’y a pas de liberté intérieure possible quand on craint pour sa sécurité ».

D’autre part, que les médecins donnent à cette application une bénédiction scientifique en soulignant qu’elle leur sera utile est une chose, mais il ne faut pas rester sourd aux risques que des professionnels du numérique, ou des juristes ont soulignés : fuite de données via le système Captcha propriété de Google, Bluetooth capricieux…

Autrement dit, à chacun son domaine d’expertise, si les médecins sont bien placés pour dire qu’une technologie peut leur être utile, il revient aux juristes de dire si cette dernière viole les libertés publiques et aux informaticiens de dire si elle est suffisamment sécurisée. Car on peut être un excellent violoniste tout en étant un piètre luthier et un membre d’une amicale d’anciens Nazis. 

Aussi, l’importance des médecins pendant cette crise et leur présence médiatique record, ne doivent pas nous faire oublier qu’ils ne sont « que » des médecins. De la même manière qu’on a reproché à certain de dire « je ne suis pas médecin, mais... », il faut aujourd’hui donner tort aux médecins et autres « experts du tout » qui disent « je ne suis pas informaticien, ni juriste, ni historien, ni sociologue, mais… ». C’est dans le croisement des compétences et des connaissances que se nourrit notre esprit critique. Tâchons donc de garder l’appétit.

 

Dire non, plus qu’un droit, une invitation à faire mieux

« Résister c’est créer, créer c’est résister »

Stéphane Hessel

Pourquoi avons-nous besoin de cette application ? Pourrions-nous faire autrement ou plutôt faire sans ?  L’avantage quand on dit « non », c’est qu’on laisse une chance au « mieux ». Ainsi, dire non au gouvernement ce n’est pas seulement un geste intellectuel, un acte de rébellion irresponsable et dangereux, mais lui donner l’opportunité de revoir sa copie et de faire mieux. 

Il faut sortir d’une vision anxiogène du numérique et se donner les moyens de le démocratiser. Plutôt que de développer des applications de surveillance, simplifier les sites d’e-administration et les rendre accessibles. Plutôt que de distribuer des bracelets pour lutter contre la fracture numérique et faire de nous des prisonniers, aider à l’achat et au reconditionnement de matériel informatique par la création de chantier d’insertion ou par le don. Plutôt que donner des chèques numériques, former des médiateurs numériques. Il faut aussi rappeler que si le RGPD est un règlement novateur et audacieux, il n’est qu’un document juridique et non éthique qui peine encore à être respecté et concrétisé dans les administrations et les entreprises. Il ne peut donc se suffire à lui-même.

Il manque en France un vrai débat démocratique sur le numérique. En ce sens, il faut que le numérique se démocratise, qu’il ne soit plus seulement dans les bouches des juristes et des professionnels du numérique, mais dans toutes les bouches. Il faut rendre visible son impact écologique et social par des systèmes éprouvés comme des labels, des bonus/malus, ou pourquoi pas un « numéri-score » à l’instar du « Nutriscore ». Rien n’est moins démocratique qu’une technologie qui ne fait l’objet d’aucun débat et d’aucun questionnement. Aussi, il faut faire du numérique un vrai choix. Nous devons avoir le droit de dire : oui, non, peut-être, je ne sais pas, oui mais, non mais…, sans être accusé par les uns d’être des philosophes irresponsables et par les autres des terroristes de la liberté.

Il y a sans conteste des opportunités nouvelles et formidables dans le numérique. Les plateformes de solidarité, le télétravail, la télémédecine, la télé-administration…Le numérique permet de garder le lien et d’en générer de nouveaux. Il permet de créer, d’organiser et de coopérer ; de soigner, travailler et éduquer. Alors pourquoi s’en servir pour nous tracer ? Pourquoi le réduire à un moyen de nous surveiller ? Si le numérique permet toutes ces choses, c’est parce que derrière il y a des hommes et des femmes. Précisément, ce n’est pas l’application qui sauve des vies se sont les professionnels de la santé, de même que ce ne sont pas les anti « stopcovid » qui tuent les Français, mais un virus dénommé covid.

Des risques, des dangers, il y en aura toujours, si bien qu’il y aura toujours une bonne raison pour atteindre à nos libertés. Si personne ne dit stop à ce paternalisme liberticide, alors nous sommes condamnés à vivre dans une société qui restera risquée, mais où il n’y aura plus de liberté. Autrement dit, même privés de toutes nos libertés nous serons toujours mortels, alors pourquoi choisir de vivre le peu de temps qu’il nous reste, sans avoir le droit d’être libre ?

Peut-être vais-je trop loin, ou vous pas assez. Force est de constater que la seule chose qu’il nous reste, c’est notre liberté de ne pas télécharger cette application. À ceux qui me font un procès en philosophie, je leur réponds que j’utilise l’arme de mon siècle qui est celle de pouvoir penser en toute liberté. S’il faut se battre – et il faut se battre – il faut le faire avec panache, avec l’intelligence de notre espèce, avec des mots pour vaincre nos maux, sans devenir des bêtes ou des animaux.

Non, Monsieur le ministre, le monde n’est pas binaire. Il existe une troisième, peut-être même une quatrième voie, mais pour les trouver, il faut pouvoir être libre de les imaginer.

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