Pour l'amour du Tour, mais pas du vélo

Les Français aiment le Tour, mais aiment-ils autant le vélo ?

Vélo © Le petit bretteur Vélo © Le petit bretteur
4,35 millions de téléspectateurs ont suivi, dimanche 30 août sur France 2, la victoire, et la prise du maillot jaune, de Julian Alaphilippe à Nice, lors de la deuxième étape du Tour de France (et 2,52 millions sur France 3 pour la première partie de l'étape) selon le journal l'Equipe. En moyenne, 3,4 millions de fans sont au rendez-vous sur France 2 selon Europe 1. Un record d'audience qui interroge d’ailleurs les journalistes : sentiment de renaissance après des annulations en série, seul grand événement sportif depuis mars 2020, période audiovisuelle favorable, début du tour marqué par la victoire du Français.

À l'évidence, les Français aiment le Tour de France, mais aiment-ils autant le vélo ?

On peut en effet se poser la question quand on met en face des audiences du Tour, les données des enquêtes statistiques sur la pratique du cyclisme en France. En 2015, selon l'INSEE, 2 % des actifs ayant un emploi (500 000 personnes) vont travailler à vélo. Ces cyclistes pendulaires sont en majorité des cyclistes urbains : moins de 4 % des travailleurs des communes de 50 000 à moins de 100 000 habitants, 4 % de celles de 100 000 à moins de 200 000 habitants et 6 % de celles de 200 000 habitants ou plus. Lorsqu'ils ont accès à des réseaux de pistes cyclables, comme dans certaines grandes communes telles que Strasbourg, Grenoble ou Bordeaux, le pourcentage oscille entre 12 et 16 % des travailleurs. Dans une autre enquête menée par la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) on apprend notamment que les cyclistes français ne se sentent pas en sécurité à vélo, que les conditions de circulation dans leur commune sont plutôt mauvaises, désagréables et dangereuses, 8 % seulement s’estiment respectés par les conducteurs de véhicules motorisés.

À mon échelle et de manière plus subjective, je m'interroge aussi sur cet amour ambigu pour la pédale. En effet, j'observe quotidiennement le comportement violent de nombreux automobilistes envers les cyclistes. Force est de constater que pour circuler à vélo sur les routes de la France, il ne faut pas s'attendre à être applaudi ou admiré par 3 millions d'automobilistes; mais plutôt à encaisser les mots fleuris et les coups de klaxon. Nombreuses sont les sources d'angoisses : les poids lourds qui vous dépassent en vous frôlant et vous font vaciller comme une feuille en automne, les vapeurs évacuées par les pots d'échappement, dans les ronds-points, les conducteurs arrivants par la gauche qui accélèrent pour ne pas vous laisser passer et ne pas perdre une minute, et ceux derrière vous qui impatient vous collent le pneu et font ronfler leur moteur. Je pourrais continuer et vous parler de ces gens qui ne mettent pas leur clignotant, de ces piétons qui marchent sur les quelques pistes cyclables dessinées sur les trottoirs qu'il faut là aussi partager, ou encore de ces automobilistes qui prennent des virages serrés juste devant votre roue. Mais pas besoin d'aller plus loin pour comprendre qu'il y a plus de cyclistes devant la télé que sur les routes.

Je me pose donc une autre question : comment expliquer cet amour du Tour et se désamour des cyclistes ?

Est-ce parce que les Français ne savent pas vivre sans contradiction ? Ou peut-être parce que les politiques publiques et d'entreprises ne cherchent pas à encourager cette pratique (pistes cyclables, voies vertes, douches, aménagement horaire...) ? Autrement dit, est-ce qu'ils n’aiment pas le vélo, ou est-ce qu'on ne leur permet pas de l'aimer ? Peut-être un peu des deux. Toujours est-il que si les Français aimaient autant le tour que le vélo, ils seraient moins à roupiller devant la télé et d'avantage à pédaler. 

 

 

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