METHANISATION à la LOTOISE

La « méthanisation à la Lotoise », n’est pas adaptée aux Sols et à l’Eau du LOT. Des experts scientifiques l’affirment (CSNM, Collectif Scientifique National pour une Méthanisation raisonnée). Malgré cela, l’Administration « pond » des arrêtés, favorisant l’agriculture industrielle, au détriment de tout un territoire qui vit avant tout du tourisme (Padirac, grotte de Pech-Merle, Rocamadour…).

De janvier à juin 2020, sept arrêtés préfectoraux complémentaires (APC) ont été publiés concernant les méthaniseurs dits « agricoles » du LOT.

Seul l’APC qui met en application les recommandations du jugement du Tribunal administratif de Toulouse, peut se justifier ; en effet, il  consiste en un « contrôle par un organisme INDEPENDANT des eaux de surface et des eaux souterraines au niveau du site du méthaniseur de Gramat et des quatre sites de stockages  déportés, tous implantés en zones fragiles, comme à Montvalent (zone d’affaissement avérée rapport DDT ) à Durbans, Fontanes ou Lacapelle-Marival situé à l’aplomb du ruisseau Francès qui alimente l’Ouysse.

Au demeurant, il apparaît que ce jugement ne prend pas en compte 22 agriculteurs (soit 10 000 m3 de digestat brut liquide ) qui ont eux aussi des stockages déportés. Certains ne sont pas couverts ou peuvent avoir une capacité   équivalente à celle d’une poche Bioquercy (980 m3 au lieu de 990 m3 à Montvalent ! )

Ces 22 stockages sont installés dans des propriétés privées, non contrôlables par les citoyens. Dès lors, il n’est pas possible d’avoir connaissance d’accident tel celui relevé à Alvignac en 2018. Un accident semblable aurait également eu lieu mais où et chez qui ?

  

La méthanisation « à la lotoise » est-elle aussi verte et renouvelable qu’elle le prétend ?

Non, elle n’est pas verte, mais elle est en plus « ringarde et dépassée ».

La technique de la cogénération ou électricité verte est supplantée désormais par le gaz vert, qui tend à remplacer le gaz fossile (issu de gaz de schiste ou de gisement) : Au lieu de brûler du biogaz pour fournir de l’électricité (40 %) et de la chaleur (60 %), le biogaz est  épuré (traité) en totalité pour être injecté dans le circuit de gaz naturel.

On ne peut que s’étonner d’avoir dans le LOT qu’une méthanisation par cogénération  qui est loin d’être performante à « maxima »: je m’explique

  1. Non-valorisation de la chaleur.

 En effet, les méthaniseurs du Ségala (80 000 t de digestat liquide épandu sur 4000 ha) ne valorisent pas la chaleur produite (60 %) qui réchauffe QUOI ?

Christian Couturier, président de NEGAWATT et membre de SOLAGRO, écrit dans une revue environnementale à propos du gaz renouvelable : « Le principe est d’injecter le biogaz dans le réseau dès que c’est possible. C’est la solution la plus simple ! Par défaut, quand l’injection n’est pas possible, la cogénération apparaît intéressante. Mais il faut qu’il y ait un usage important de la chaleur cogénérée, et ce, tout au long de l’année. Par exemple, une industrie qui a des besoins de chaleur importants et non saisonniers. C’est la difficulté liée à la cogénération »

Or, Solagro, conseil des Fermes de Figeac, connaissait cette non-valorisation de la chaleur cogénérée, qu’il sera difficile d’ intégrer dans les plans de constructions ; il connaissait aussi l’existence de très nombreuses zones humides à préserver ou à réhabiliter  et ne pouvait ignorer  que l’épandage serait réalisé sur des parcelles très pentues puisque 50 à 72 % ont une pente supérieure à 7 % (ce qui interdit l’épandage).

 

  1. Production-vente de chaleur grâce à une cuve de gaz naturel liquéfiée (GNL)

Lors du comité de suivi du 21 janvier 2019,( en présence de l’Administration , des élus locaux et régionaux , du parc naturel,)  l’ajout d’une  cuve de GNL (gaz naturel liquéfié), positionnée sur le site de Bioquercy, destinée à « optimiser » le biogaz brûlé dans le moteur de cogénération, a été annoncé.  

Le GNL comme le propane, arrive à Fos ou Saint-Nazaire, en provenance de pays très lointains, parfois issu de gaz de schiste .

En 2018 et en 2019, Bioquercy a produit 6 904 MW thermiques. Il n’a pas pu fournir la totalité de la chaleur nécessaire à la Quercynoise qui est de 10 000 MW th, soit 30 % en moins. Pour assurer la totalité de la chaleur contractualisée avec la Quercynoise, Bioquercy doit,  soit augmenter ses intrants avec des produits plus  méthanogènes que les lisiers, à hauteur de 30 %, soit  « optimiser » le biogaz par l’ajout de GNL, dont le bilan CO2 est absent ( transports , gaz à effet de serre…….) .

C’est donc un APC (arrêté préfectoral complémentaire) 2020, qui institue cette cuve, dont l’emplacement n’a pas été validé par le SDIS 46 !

La pérennité de cette cuve met en évidence l’impossibilité du process d’assurer les 12 000 MW th prévus dans l’enquête publique. Quid de l’électricité fournie par cette énergie fossile mais subventionnée ?

 

  1. La problématique est identique avec une augmentation de digestat et d’épandage sans accroissement de production de chaleur et électricité.

Le méthaniseur de Mayrac a fait l’objet de 2 APC qui valident les élevages industriels, qui se sont multipliés dans le département depuis deux ans (plus d’une vingtaine) ce qui est contraire à l’air du temps ! En effet, ce méthaniseur produira toujours la même quantité d’électricité et de chaleur mais épandra sur 178 ha  supplémentaires de causse recouvert ,  les 4 200 tonnes d’intrants (lisiers industriels)autorisés  en plus   .

On ne peut que s’interroger sur la viabilité et la rentabilité de tels projets.

 

Contamination de l’eau et des sols

Tout ingénieur agronome sait que les sols du Ségala( 20%) ne sont pas filtrants et que le digestat à 96 % non hygiénisé, contaminera le « château d’eau du Lot » qui alimente le reste du département en eau potable,  d'origine souterraine puisque les 80% restants sont karstiques 

L’hypothèse que nous avançons depuis le début, en affirmant que tout déchet liquide épandu (lisier et digestat liquide) est un contaminant certain pour l’eau potable, a été confirmée par une analyse de l’eau souterraine de la grotte du Cirque à Assier. Cela a été annoncé lors du comité de suivi du 2 mars 2020 . Dans cette commune à la fois Limargue et Causse,de très nombreuses parcelles situées  sur les aires d’alimentation des captages de Font del Pito et d’Espagnac Ste-Eulalie,  sont épandues par des digestats ou lisiers liquides  dont certaines à proximité de la Grotte. Certains germes seront éliminés par le chlore (Escherichia coli, entérocoques, coliformes) mais d’autres (bactéries sulfito-réductrices (clostridium) et leurs spores résisteront à la chloration. Or, une chloration importante comme peuvent le sentir les Lotois (es) dans l’eau du robinet, n’est pas sans conséquence sur la santé humaine (cancer de la vessie - thèse de N.Costet- Deiber 2013).

 

Par ailleurs, nous avons continué à analyser les sols épandus ,grâce aux analyses de Claude et Lydia Bourguignon : qu’ils soient inaptes (Causse ou le Ségala) ou aptes ( Limargue ),  la réponse est toujours la même : il existe une nette diminution des micro-organismes du sol.

Nous savons aussi que les sangliers ne ravagent plus les sols épandus, soit parce que les vers de terre diminuent drastiquement soit parce que l’odeur y est pestilentielle ou les deux !

 

Nous attendons avec impatience les résultats de l’étude nationale scientifique faite par l’INRAe sur les effets des digestats sur les sols, bien que nous ayons appris de manière détournée que l’Administration et la chambre d’Agriculture du LOT, faisaient réaliser par un lycée agricole Toulousain, des tests de digestats sur les sols : Pourquoi ? puisqu’ils affirment l’innocuité des digestats ; Où ? car la vallée de la Garonne, ce n’est ni le Causse, ni le Ségala. Pourquoi pas avec une lycée agricole lotois ? 

 

C’est aussi le silence du Parc Régional, de la Chambre d’agriculture du Lot, de l’Administration, de l’Agence de l’eau Adour Garonne, voire du Comité national de l’eau, sur cette problématique de l’eau potable que pose le département du LOT alors que toutes les eaux souterraines sont des ZONES à préserver pour le futur  (ZPF Sdage Adour -Garonne).   

En conclusion : Le LOT a choisi la plus mauvaise des solutions à la fois pour traiter ses déchets, faire une « énergie renouvelable » sur le dos des citoyens à travers l ’EAU qui deviendra rare ,chère pour être médiocrement potable, et les impôts qui servent à donner des subventions pour faire de l’ENERGIE VERTE  parfois à partir d’ENERGIE FOSSILE !

 Et pourtant  une  METHANISATION ADAPTEE existe ( ANDROS, EVIAN,....) !

Liliane REVEILLAC 

 

 

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