RIC : La Marche Nationale est en route

Un cortège de la Marche Nationale pour le Référendum d'Initiative Citoyenne est parti d'Arles ce 16 décembre 2018, avec à sa tête le torero et artiste José Manrubia, dont une oeuvre cotée a été dérobée par les forces de l'ordre au Rond-Point du Vittier à Arles (autoroute A54). Elle atteindra Paris le 19 janvier, portant le RIC, les revendications des Gilets jaunes et dénonçant la violence d'Etat.

 


« Les Gilets Jaunes m’ont rendu la fierté d’être français »

Emmanuel Todd

Faisant lien avec les ronds-points et leurs revendications, et à l’enracinement du mouvement des Gilets Jaunes depuis le 17 novembre 2018, la Marche Nationale pour le Référendum d’Initiative Citoyenne a commencé. L’une de ses antennes est partie d’Arles, par un matin pluvieux, glacial et gris, depuis le hall d’une mairie redevenue pour un temps la maison de tous les citoyens. Elle convoque le pouvoir à une sereine refondation. Sereine, malgré les scandaleuses peines de prison (4 mois fermes pour avoir relancé un lacrymogène). Sereine, malgré les dérives ultra-violentes du régime macroniste. J’en discute pendant l’acte V, sur l’autoroute A54/N113 silencieuse, avec R. Il est l’une des très nombreuses victimes de ces derniers jours. Il vacille, a des vertiges, ayant eu le crâne enfoncé par un tir de flashball. S’il n’avait pas eu ses lunettes, sur lesquelles a frappé le projectile, il serait mort, selon les médecins. Sujet à des maux de tête permanents, il ne dort plus. Soutenu par un groupement d’avocats, il portera plainte, comme toutes les victimes en passe de se regrouper contre l'Etat. Les coupables des violences d’Etat sont d’ores et déjà jugés sans pitié par le peuple ; il y aura des suites juridiques concrètes.

Romain M, Se déplaçant sur des béquilles, venu sur le barrage du Vittier (Arles, A54) la semaine suivant son hospitalisation © Fabrice Loi Romain M, Se déplaçant sur des béquilles, venu sur le barrage du Vittier (Arles, A54) la semaine suivant son hospitalisation © Fabrice Loi

Après une journée de marche avec six Gilets Jaunes qui suivent José, c’est l’arrivée à Tarascon dans la nuit, sur le rond-point derrière la très polluante usine de cellulose Fibre Excellence. Les Gilets Jaunes de Tarascon se pressent sous le crachin, près du feu. On est nerveux : quelqu’un a posé un bloc de béton de six cents kilos sur la route. Une mère de famille bloquée s’énerve, insulte tout le monde. Le bloc est tiré avec un 4x4 par les Gilets Jaunes impassibles. La circulation reprend. Autour du feu, on parle de la marche du RIC. De la haine que l’on sent monter en soi, à être sans cesse gazés, frappés, harcelés, alors que les ronds-points perdurent, et que les chaînes font de la désinformation en (presque) continu. On discute du froid, de la stratégie de pourrissement de Macron qui condamne les petites entreprises, durement touchées par les blocages. La non-violence, stratégie si difficile à tenir, est mise en débat. La corruption et le mépris d’un pouvoir politique détesté, aussi. On parle du RIC, de ce qu’il pourrait apporter. Pétitions pour des lois, révocation des élus, fin des privilèges… 1789, les luttes et les guerres supportées par les anciens jusqu'à 1936, 1939-45 et 1968 sont dans toutes les bouches. Ceci se dit : Face à la mémoire et aux luttes de nos grands-parents, en honneur à la mémoire des huit Gilets Jaunes morts et innombrables blessés pour la Cause, nous ne reculerons pas. La pluie redouble, mais personne n’a envie de partir. Les conversations vont bon train. C’est évident : il y a désormais deux Frances, apparemment irréconciliables. Et l’une d’entre elles, contrairement à celle des palais ministériels et des centres urbains, représente le pays profond. 

Les ronds-points de France sont désormais des foyers d'accueil et de révolte. Leurs flammes sont devenues une référence mondiale des luttes sociales, des combats de terrain et de citoyenneté. La gendarmerie mobile ne s’y est pas trompée qui, rageuse contre cette chaleureuse force populaire, a trouvé intelligent à Arles de dérober une œuvre de José Manrubia, œuvre devenue la mascotte du rond-point du Vittier sur l’A54/N113 : une tête de taureau en matériaux recyclés. Un exemplaire semblable en avait été acheté par le Ministère de la Culture en 2005, à l’initiative de Renaud Donnedieu de Vabres, à destination du Fonds National d’Art Contemporain. Il se dit sur les barrages que la République commence à être drôlement desservie par ses fonctionnaires (paraît-il très mal payés, d’ailleurs ils feront grève le 19 décembre, certainement peu de temps, on imagine qu’on les paiera rapidement grâce aux luttes des Gilets Jaunes, que certains rejoignent en civil). Une disqualification radicale des forces de l’ordre est en cours, à cause des violences inacceptables et meurtrières, et maintenant… des vols d’œuvres d’art ?! On notera que les forces de l’ordre ont été vues samedi soir 15 décembre au rond-point du Vittier, pour la dernière fois sur ces paroles étranges et pénétrantes au sujet du Toro de José Manrubia :

– On l’emporte, c’est notre trophée.

On attend donc des nouvelles du Toro du Vittier, œuvre cotée, partie peut-être orner le salon d’un gendarme ? Gloire à nos forces de l’ordre. Les républicains apprécieront. M.Donnedieu de Vabres également.  On attend aussi la caravane du Gilet Jaune qui dormait là, gardant le rond-point, depuis le 17 novembre, confisquée comme le reste par les « forces de l’ordre ».

Mais les délinquants se sont trompés ! Caravane ou Toro, il ne suffit pas de voler le symbole de la Force pour obtenir cette Force. Car pendant ce temps, les ronds-points continuent, quoi qu’en disent les médias. Et la force populaire, elle, monte à Paris à pied pour signifier légalement, pacifiquement, appuyée par des équipes de juristes, la bonne nouvelle du RIC. Et au Premier Ministre Philippe, elle signifie un peu la même chose qu’aux flics avec l’affaire du toro volé : le RIC n’est pas votre œuvre, vous n’organiserez rien, et c’est bien le peuple qui, révolté par vos agissements, vous convoque et vous rappelle à vos devoirs les plus élémentaires. Peuple frappé, battu, moqué, volé depuis des lustres (si seulement M.Macron était le premier à vendre la Nation aux intérêts privés!), mis dehors dans le vent à lutter pour des miettes. Peuple cogné, démembré, énucléé, assassiné, sous Sarkozy et Hollande comme sous Macron. Combien de martyrs dans ce combat depuis le 17 novembre ? De citoyens écrasés par des fous, le crâne défoncé, les dents pétées par des flics hystériques s’acharnant à plusieurs, cassant des membres, riant à arracher des visages à bout portant ? Jusqu’où le scandale de ce gouvernement va-t’il s’exhiber, exaltant les instincts les plus bas de mercenaires aux psychismes déglingués, payés par les pauvres ? Jusqu’où, nous, révoltés, allons-nous supporter d’entendre grésiller les écoutes de nos téléphones, de voir pillées nos vies privées, nos ordinateurs, d’être insultés par des « civils » retors, en voyant nos jeunes et nos vieux battus, estropiés, traînés à terre ? Et puis, comment un gouvernement ose-t’il "arrêter préventivement", fermer la capitale de notre pays aux manifestants, fermant routes, bloquant autocars et trains, prohibant de manière pathétique le port du gilet dans une parodie d’autorité ? Sera-t’on fiché S pour un gilet ? Mais c’est sûrement déjà le cas pour certains ! Et tout ce beau monde en complet-veston de proférer ensuite des statistiques ridicules, reprises par une presse lamentable, achetée au rabais, haïe et moquée par la population, qui n'est plus dupe de rien ! Mais dans quel pays vivons-nous ? La honte, ce sentiment noble et civilisateur, a-t’elle encore un sens pour l'Etat français privatisé de 2018, et sa presse aux ordres ?

La Marche Nationale pour le RIC dénonce les violences. Elle les rend visibles, elle va en parler, en faire parler. C’est aussi son travail. Lundi soir elle était à Avignon au rond-Point du Pontet, célébrant la mémoire de Denis, tombé pour la cause. Patience, le pays véritable a repris la main. L’étranger l’a compris, et salue notre geste. Si le gouvernement espagnol augmente le salaire minimum de 22%, ce n’est pas pour rien. Partout essaiment les Gilets Jaunes. Emmanuel Macron voulait de la « disruption » ? Il s’étalait plaisamment dans les médias américains là-dessus ? Eh bien, les Gilets Jaunes lui en ont servi en pagaille. Il en a mangé, et il en mangera encore, de la disruption. Et force est de constater qu’il n’est pas à la hauteur de ses préceptes. Il n’a pas compris, du haut de son siège prêté par les électeurs, que nous, citoyens, répondions à ses fadaises, à sa stratégie du choc endurée depuis dix-huit mois. Ah, il voulait des « marcheurs » ? Eh bien, nous lui en offrons, des marcheurs. Mais des vrais, cette fois-ci, pas de sa pacotille de start-up nation. Des athlètes, des marathoniens, gens des quartiers, campagnes et ronds-points de Marseille, de Mende, du pays basque et d’ailleurs. Des Gilets Jaunes toreros, chômeurs, carreleurs, femmes de ménage, conductrices de poids lourds, ou retraitées en errance dans des campings cars fatigués. Des costauds, des bosseuses, des as au grand cœur, des ex-taulards qui savent ce qu’est la vie dure. Du beau monde, enfin ! La marche qui se chargera d’amener à l’Assemblée Nationale française la revendication du RIC (à signer sur www.article3.fr) est partie d’Arles vers Tarascon ce jour du 16 décembre 2018. Elle arrivera à Paris le 19 janvier. Suivez sa progression, venez la rejoindre, elle vous attend (les infos sont sur marcheric.wordpress.com). Qu’on se le dise. Et les revendications Gilets Jaunes restent les mêmes, connues de tous. Et en conclusion : on attend la restitution du toro mascotte de José Manrubia, artiste et torero qui est à la tête de la Marche Nationale partie d’Arles. Et la caravane de la vigie du Rond-Point du Vittier, à Arles. Et la libération des Gilets jaunes emprisonnés abusivement. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Bonne route, citoyens, et à bientôt sur les barrages.

Lien vers José Manrubia, torero et plasticien http://josemanrubia.com 

Lien vers Jan Dyver photographies http://jan.dyver.free.fr

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