L'étrange colère de l'admirable M.Hulot

La démission du Ministre Hulot veut marquer, de par sa solennité et sa sincérité, un tournant politique et historique. Et elle y réussit.

En écoutant ce matin l'annonce radiophonique du très aimé (c'est un fait statistique) Ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, j'ai eu le sentiment de vivre le retour inattendu de la parole vraie dans l'espace public. L'apparente naïveté politique de cet homme que, comme tant d'autres, j'ai d'abord appris à connaître à mon adolescence comme homme de télévision, éducateur-nature sautant des avions en faisant des bruits dans son casque, m'a sidéré. Il a pris la peine d'estimer des gens puissants (dont je déteste les paroles comme les actes, et ce dès la première minute où j'ai été témoin des effets des unes, et des autres, en 2017). De s'embarquer dans leur politique, en espérant la changer, ce que d'aucuns estimaient rigoureusement impossible. Il fait aujourd'hui la preuve par les actes de son impuissance, honnête et bouleversé.
Nicolas Hulot a nié en entrant dans ce gouvernement ce qui relevait de l'évidence politique : comme il l'a souligné, il n'a pu y avoir avec de telles options politiques ni lois sur l'agriculture (promouvoir l'emploi au dépends des pesticides, a-t'il dit), ni lois sur la finance spéculative. Nicolas Hulot a cru à son amitié pour le Premier Ministre et pour M.Macron. Ce sont choses concevables, personnelles. Il le paie aujourd'hui, comme nous tous apparemment, d'une certaine amertume. Au fait : qu'est-ce qui, de nous, avec M.Hulot, s'en va ?
Depuis son poste, et le quittant, il a aujourd'hui parlé de notre destin collectif d'une manière terrible. Absolument terrible. Il faut écouter ses mots. Justement parce que c'est un homme proche du pouvoir qui s'en écarte, à une époque où tous, plus que jamais, le veulent, et ce pour dire qu'il renonce à peser, par impuissance, ses mots ont eu un poids inédit. Et ce sont des mots d'alarme, d'extrême alarme.
Je ne peux m'empêcher de penser, bien sûr, qu'il eut pu soutenir d'autres programmes que celui d'Emmanuel Macron, bien plus ambitieux en termes de transition écologique. Et les faire gagner. J'aurai peut-être un jour l'explication de son engagement étrange ; peut-être un jour saurai-je pourquoi il n'a pas soutenu d'autres gens. D'autres éthiques. En tous cas, il vient de poser l'un des actes politiques les plus forts de ces dernières années. C'est une réussite totale en terme de choc, de visibilité, de maturité politique. C'est très positif. Il a bougé la caméra vers le paysage, vers ce qui compte. Il l'a éloignée des hommes fous. C'est admirable. Sa patience me sidère. Il nous en a demandé pas mal, au passage ; merci.
Je retiens qu'au final, son message d'alarme est l'un des plus justes que j'aie entendu. Et aussi -et ceci est moins positif- qu'il s'inscrit dans une expérience et un pathos très personnels, scénarisés à outrance, rendant une fois de plus très affectifs et spectaculaires l'espace politique, et le débat intellectuel. Mais ce piège, qui va au détriment de la réflexion, est aujourd'hui celui de notre monde fou. Son engagement comme sa démission sont pris dans ce piège. Et effectivement, quiconque met le pied dans l'Action, et les caméras qui l'accompagnent, y tombe.
Le journaliste en place pour l'interroger a eu le culot de signifier à Nicolas Hulot qu'en démissionnant, il faisait le geste le plus utile de son mandat de ministre. Peut-être bien, hélas.

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