La transition énergétique en France : emplois à pourvoir

La transition énergétique adoptée par l'Assemblée nationale et qui doit être discutée début 2015 par le Sénat, sera une source importante d'emplois en France alors que le taux de chômage a retrouvé en septembre sa courbe ascendante après un mois d'août de légère embellie. La réforme globale du paysage énergétique français permettra l'émergence de l'économie verte en tant que potentiel de croissance certain.

Le taux de chômage en France, qui avoisine les 10 % s'agissant des demandeurs d'emploi de catégorie A, ne permet pas de faire la fine bouche en matière de création d'emplois. L'économie tricolore, embourbée dans un marasme global, entre croissance morose et investissement atone, doit, semble-t-il, se satisfaire de la moindre activité créée sur le sol national. À ce titre, beaucoup d'espoirs sont portés par la transition énergétique qui s'annonce dans les prochaines années, tandis que le Sénat se penchera sur la question en février 2015. Entre la hausse des énergies renouvelables dans le mix énergétique et la mise en place globalisée des compteurs électriques intelligents par le gestionnaire du réseau public ERDF, la réforme environnementale entreprise par la France devrait permettre une embellie substantielle de l'employabilité. À terme, des points de croissance en jeu.

La transition énergétique : 800 000 emplois espérés à l'horizon 2050

L'annonce de la société Crompton Greaves (CG), filiale d'Avantha Group – conglomérat indien implanté dans divers secteurs –, selon laquelle elle ouvrira prochainement un établissement à Grenoble pour produire, tester et étalonner plus de 2 millions de compteurs intelligents Linky par an, est ainsi apparue comme un petit souffle d'optimisme dans cette bourrasque économique violente et continue. CG est l'un des 6 lauréats de l'appel d'offres lancé par ERDF en 2013, pour la fabrication des 3 millions de compteurs Linky à installer dans les premiers foyers d'ici 2015. Dirigée par le Français Laurent Demortier, cette filiale du géant indien a choisi d'implanter à Grenoble le site de fabrication des compteurs intelligents, mais également son centre d'expertise pour les smart-grids (réseaux électriques intelligents). À terme, ce sont environ 200 emplois qui seront créés autour de la ville, désormais leader tricolore dans ces nouvelles technologies.

L'État compte surtout sur cette dernière activité d'expertise de la technologie smart-grids pour créer de l'emploi durablement. Alors que le nombre de compteurs intelligents s'élèvera in fine à 35 millions – à l'horizon 2021 –, ERDF table sur la création de 10 000 emplois en France. À l'échelle globale de la transition énergétique, différentes études réalisées par l'ADEME et l'OFCE montrent que d'ici à 2050 – date butoir pour la réalisation des prescriptions de la réforme –, ce sont environ 800 000 emplois nets qui seront créés, soit 20 000 par an.

Un nouveau modèle de société basé sur l'économie verte

Les deux acteurs vont même un peu plus loin : la transition énergétique permettrait un gain de croissance de 3 % du PIB, qui induirait à son tour la création nette de 450 000 emplois. Si ce ne sont pour l'instant que des conjectures, force est d'admettre que l'économie en sortirait renforcée. Concernant les énergies renouvelables, une création potentielle de 150 000 emplois est avancée d'ici à 2020, à condition que les autorités le permettent – financement, législation. En effet, les calculs prennent en considération les emplois indirects et les emplois induits, c'est-à-dire générés par l'argent qui ne servira plus à importer les énergies fossiles.

Avec la transition énergétique, se dessine en France plus qu'une chute de la courbe du chômage – déjà hautement positif –, mais un réel modèle de société où l'économie verte aurait complètement imprégné les tissus de l'économie traditionnelle. Dans un premier temps, l'argent économisé grâce à l'émergence du renouvelable permettrait la multiplication des créations d'emplois ; l'indépendance énergétique atteinte entrainerait dans un second temps un cercle économique vertueux au service de la croissance. Tandis que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Jüncker, doit annoncer mercredi 26 novembre son plan de 315 milliards – et non plus 300 – pour la relance au sein de l'Union européenne, la France espère doper sa transition énergétique de quelques milliards. La rénovation thermique des bâtiments publics et des logements ainsi que l'éolien pourraient bénéficier ainsi d'une aide substantielle. Avec, à la clé, des créations d'emplois facilitées.

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