Les 1% les plus riches du monde dans le collimateur de l’OCDE

Le secrétaire général de l'OCDE, José Angel Gurria, a rappelé mercredi les plus fortunés à leur devoir fiscal alors que les inégalités ne cessent de croître. L'organisation économique va dans le sens de l’économiste français, Thomas Piketty, pour dénoncer l'enrichissement disproportionné des plus nantis. Et donc la hausse des inégalités.

Le secrétaire général de l'OCDE, José Angel Gurria, a rappelé mercredi les plus fortunés à leur devoir fiscal alors que les inégalités ne cessent de croître. L'organisation économique va dans le sens de l’économiste français, Thomas Piketty, pour dénoncer l'enrichissement disproportionné des plus nantis. Et donc la hausse des inégalités.

« Taxer comme le revenu ordinaire les stock-options »

Depuis trente ans, les inégalités entre les 1% les plus riches du monde et les autres 99% se sont fortement accentuées. Les 1% « se sont appropriés la plus grosse part » de la croissance mondiale. C’est ce que vient de souligner l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans une nouvelle analyse publiée mercredi 30 avril.

Ces 1% qui s'enrichissent toujours plus sont sous le feu des projecteurs depuis quelques années, et ces derniers temps encore grâce au succès, outre-Atlantique, de l'économiste français Tomas Piketty et son livre « Le Capital au XXIème Siècle ».

Pourtant connu pour ses prises de position très libérales en matière économique, le patron de l’OCDE avertit : « sans action politique concertée, le fossé entre riches et pauvres risque de s'agrandir encore dans les années à venir ». Et l'OCDE n’est pas en reste quant aux propositions pouvant réduire les inégalités par le biais des niches fiscales : « abolir ou réduire une grande partie de déductions et niches fiscales profitant de manière disproportionnée aux plus aisés » ; « réfléchir aux moyens d'harmoniser la taxation du capital et celle du revenu » ; « taxer comme le revenu ordinaire les stock-options » mais aussi « réfléchir à d'autres formes de taxes sur le patrimoine ».

Des écarts de richesse toujours plus importants

« Le revenu réel des 1% les plus riches a en moyenne augmenté de 4% en 2010 tandis que les 10% les plus pauvres ont vu le leur stagner », constate l’OCDE.

De nouvelles statistiques ont été publiées mercredi, ces chiffres montrent un bond des inégalités depuis le début des années 1980, qui s’est par la suite accéléré depuis la crise financière de 2008, notamment dans le monde anglo-saxon.

Selon le rapport, aux États-Unis la part du revenu allant au « dernier centile », – c'est-à-dire les 1% de la population aux revenus les plus élevés – a bondi de 8% en 1981, environ à 20% en 2012. Même phénomène en Grande Bretagne avec un passage en trente ans de 6% à environ 14%, tandis qu'elle passait de 10% à environ 13% en Allemagne. L'OCDE note aussi de fortes poussées dans des pays réputés plus égalitaires, ainsi la Finlande, la Norvège ou la Suède, ou la part des revenus détenus par les 1% a grimpé de 70% en 30 ans.

La France, bonne élève

La France, en revanche, peut se targuer ne n’avoir quasiment pas bougé, puisque la « part des 1% » y est restée stable, passant de 7 à 8%. Ces inégalités ont légèrement augmenté au début des années 2000, jusqu’en 2007, mais ont diminué avec la crise, pour revenir à leur niveau initial, ou à peine au dessus. En 1981, 1% des foyers percevaient 7% de la masse des revenus distribués. En 2012, cette proportion était plus proche de 8%.

L'Insee a publié récemment une étude fondée sur d'autres indicateurs, dont la conclusion était un peu différente, mais non contradictoire : mesurée par le ratio entre masse des revenus perçus par les 20% les plus riches et la masse touchée par les 20% les plus pauvres, le niveau d'inégalité se situe en France dans la moyenne européenne, estime l'Insee. De même si l'on utilise le coefficient de Gini - mesure de la dispersion d’une distribution dans une population.

L'OCDE n'est pas la première organisation internationale taxée de « néo-libérale » à s'inquiéter ainsi du creusement des inégalités dans lequel elle voit un frein potentiel pour l'économie. Le FMI, longtemps accusé de négliger cette thématique dans les pays en développement soumis à ses plans d’ajustement structurels, multiplie depuis l'an dernier les rapports sur les inégalités et avait fait sensation il y a quelques mois en assurant qu'il serait possible de taxer « davantage » les hauts revenus.

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