L’Allemagne : une puissance économique en perte de vitesse ?

L’Allemagne ne se porte plus si bien qu’avant : effondrement des naissances, manque d’investissements, répercussions du conflit entre Kiev et Moscou et perte de vitesse de la croissance. Résultat, les prévisions du PIB ont été revues à la baisse dans ce qui était considéré comme l’économie la plus solide en Europe.

Un modèle en panne

Après un début d’année prometteur, l’économie d’outre-Rhin connait des difficultés. Le PIB allemand a diminué de 0,2 % au cours du second trimestre 2014. Les prévisions de croissance à 1,8 % ne semblent plus réalistes. Le prestigieux Institut d’économie de Cologne a même ramené sa prévision de croissance à 1,5 % pour 2014 et 2015.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce pessimisme qui voit le jour en Allemagne : crises au Proche et Moyen-Orient, tensions avec la Russie, situation en Europe (notamment en France et Italie) et problèmes de gouvernance dans les pays émergents (Chine, Brésil, Afrique du Sud, etc). Autant d’explications qui n’arrangeront pas la dure réalité économique : le moteur allemand est en train de caler.

L’investissement des entreprises est de moins en moins important. Les dirigeants eux-mêmes n’ont jamais été aussi pessimistes quant à l’avenir de l’économie allemande. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine a affecté les nombreuses entreprises allemandes qui travaillent avec Moscou et les exportations vers la Russie ont sévèrement chuté de 15 % depuis janvier. Finalement, le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance, contrairement à son habitude.

Un pays en déclin

Si elle continue comme cela, l’Allemagne risque de collectionner les déconvenues. Comme le dit l’économiste Marcel Fratzscher, auteur de Die Deutschland illusion (L’Allemagne, illusion) le pays est en « déclin », car il « vit sur ses acquis ». Oui, il est vrai que l’Allemagne a renoué avec la compétitivité, que le nombre de chômeurs est en baisse et que les comptes publics sont plutôt en voie d’amélioration. Pourtant, tout cela ne doit en aucun cas occulter les grandes faiblesses du pays : le manque d’investissement et l’effondrement démographique.

Si rien ne change il est probable que l’Allemagne « redevienne l’homme malade de l’Europe » ajoute Marcel Fratzscher. Effectivement, l’économie outre-Rhin ne se porte pas si bien que l’on voudrait nous le faire croire. Depuis l’an 2000, la croissance est plus faible que la moyenne européenne, les salaires ne progressent pas aussi vite qu’ailleurs et certaines études montrent que la pauvreté toucherait un enfant sur cinq.

Ces dernières années, l’Allemagne a profité d’une suite de circonstances très favorables qui ne vont pas durer. C’est pour cela que le front « pro-croissance » en Europe mené par la France et l’Italie a demandé à Berlin « un soutien plus ferme àla croissance ». Cette requête a fait perdre sa patience à la chancelière allemande, Angela Merkel, et agrandi le fossé entre l’Allemagne et les pays du Sud.

On est toujours loin de la croissance nulle et du déficit de la France certes, mais on risque de s’y approcher. Néanmoins, il ne faut pas oublier que même en déclin, l’Allemagne reste un soutien de taille, car elle jouit d’une image de pays fort économiquement. De plus, la zone euro a besoin de l’Allemagne, mais l’Allemagne n’a pas forcément besoin de la zone euro… Alors, attention à ne pas trop froisser notre voisin d’outre-Rhin.

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