HARO SUR LES VIEUX

D’où provient cette odeur nauséabonde qui envahi la pièce ? Elle n’est pas loin. Elle est sous mon nez, je l’ai « dans le pif...

D’où provient cette odeur nauséabonde qui envahi la pièce  ? Elle n’est pas loin. Elle est sous mon nez, je l’ai « dans le pif ». Elle émane de l’article édité par Slate, le 12 août : « Les personnes âgées sentent-elles mauvais ? » - on notera l’élégance du titre et celle de la conclusion : « Au même titre qu’une odeur de crottin aura sa place dans une grange et pas dans une chambre, une odeur sera perçue plus négativement si on l’attribue à une personne âgée ».

Les personnes âgées (mais à partir de quel âge sommes-nous « âgés"?) ne représentant pas un groupe homogène, chacune possède une signature olfactive comme tout le monde.  Les parties du corps, la santé, le sexe, les hormones, les médicaments, l’âge biologique qui n’est pas un critère…  complexifient l'identification. Comment, partant de la vulgarisation expéditive de recherches plus ou moins récentes sur les odeurs corporelles, peut-on oser ce que même le RN n’aurait jamais osé ? 

Cet article bien qu’il semble se dédouaner maladroitement évoque les préjugés racistes et xénophobes sur les odeurs corporelles attribuées aux roux, aux noirs, aux femmes… 

« "Le diable » ne se nicherait-il pas dans le titre et la question qu’il soulève :  « Les personnes âgées sentent-elles mauvais ? ». 

Animant des ateliers d’écriture « seniors », je ne manquerais pas de donner connaissance de cet article aux participantes et participants qui apprécieront.

 

Mais peut-être certains effluves moins racoleurs inciteront celles et ceux qui ont mis cet article en ligne à quelques digressions olfactives nécessaires  :  les dix minutes consacrées à la toilette et au change des couches dans certains EHPAD, l’épuisement des personnels qui ne peuvent pas toujours accomplir cette tâche correctement, leur sentiment de maltraiter les résidents.  Oui ! « L'or gris » pourrait bien, dans de telles conditions, avoir une odeur ! 

Le mot « vieux » étant socialement et politiquement incorrect, semble-t-il, les actionnaires des grandes chaînes d’établissements « recevant" nos aînés lui préféreraient « Or gris » ! 

 

L'article de Slate arrive au moment où le fumet sent le roussi pour les « vieux » qui « coûtent cher" : En 2050, dans l’hexagone, cinq millions de personnes auront plus de 85 ans (et nous, nous aurons quel âge ?). Une vraie mine d’or gris !  Et paradoxe stupide, certains.es, à l’image de la députée néerlandaise du parti Groenlinks, Corinne Ellemeet, en février 2019, évoqueraient la possibilité de réduire les soins pour les plus de 70 ans, infléchissant ainsi l’espérance de vie, sans même se rendre compte qu’ils vont « scier la vieille  branche » de leurs profits ! … au nom d’un  libéralisme décomplexé, dans une logique de retour sur investissement. On pourrait en rire, mais « Tout ça, ça sent mauvais ! ». 

 

Martine Lagardette

 

 

« Vive les vieux - ils n’ont jamais été aussi jeunes» - Éditions Leduc - 2004

"Comment j’ai surmonté la maladie d’Alzheimer d’un proche ? » - Éditions Milan - 2009

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