De l'injustice des Hommes preux

Ces quelques mots crachés dans un long soupir de dépit et d'amertume ne sont peut être qu'une tentative de vouloir obtenir la justice, qui m'a été refusée, par l'étalement de ce sentiment d'injustice.

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La justice exige de l'homme raisonnable de taire ses sentiments, car ils peuvent être confus et fausser son jugement. Pourtant, je n'y arrive pas. Je ne peux, à la lecture du jugement dont je prends connaissance, ne pas me sentir submergé par un lancinant sentiment d'injustice.

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Ces quelques mots crachés dans un long soupir de dépit et d'amertume ne sont peut être qu'une tentative de vouloir obtenir la justice, qui m'a été refusée, par l'étalement de ce sentiment d'injustice.

Ainsi, tous les sentiments que j'ai éprouvés et qui m'ont torturé des années durant cette expérience éprouvante ne pouvaient être pris en considération par les hommes et les femmes qui composent cette juridiction qu'on appelle Prud'hommes. Pourtant, ces sentiments n'étaient que l'expression personnelle d'un vécu douloureux,  bien réel, devenu malheureusement, presque une routine.

Tout mon dilemme a été de décrire cette routine et la transformer en arguments et en preuves matérielles pour qu'ils soient prise en compte par les sages du Tribunal des Prud'hommes. Manifestement, j'ai échoué.     

Nietzsche soutenait que "l'idée même de la justice n’a pas pu naître sur le sol du ressentiment, et qu’elle fut nécessairement inventée par une race aristocratique étrangère à toute sensation d’injustice"[1]

Après plus de trois ans et demi de procédures, le Tribunal des Prud'hommes m'a débouté de toutes mes demandes relatives à l'action que j'avais engagée contre mon ex-employeur.

Je n'ai pas réussi à convaincre les membres du conseil des Prud'hommes que j'ai été maltraité par cet employeur et qu'il est responsable de mon départ forcé.

Je n'ai pas, non plus, réussi à prouver que cet employeur avait menti du début jusqu'à la fin.

C'est la victoire du mensonge éhonté, de la lâcheté et de la cupidité de quelques uns. Ils se reconnaîtront. Je sais qu'ils liront ces lignes. Ils ont pris l'habitude de me suivre à la trace et épier mes activités sur les réseaux sociaux, allant jusqu'à utiliser mes photos personnelles sur Facebook dans leurs ignobles plaidoiries !

Je les vois déjà se précipiter et s'enfermer dans le bureau de l'un des leurs pour se féliciter, exulter et ricaner.

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Pourtant, je sais qu'ils savent que tout ce que j'ai avancé était véridique ! Je n'ai que mépris pour eux !

L'idée qu'ils puissent savourer leur victoire m'est insupportable. La justice est parfois injuste. Je viens de l'apprendre à mes dépens.

Les honorables membres de ce Conseil ont donc décidé qu'il ne s'est absolument rien passé dans cette honorable et vieille institution qui se targue de défendre les valeurs les plus nobles de la terre.

Il n'y a jamais eu de harcèlement. Il n'y a jamais eu de mauvais traitements. Il n'y a jamais eu de vexations. IL n'y a jamais eu de blocage d'accès à ma messagerie professionnelle. Il n'y a jamais eu d'heures supplémentaires. Il n'y a jamais eu rien. Tout allait bien dans ce merveilleux temple de la solidarité. Rien ne pouvait faire douter les hommes preux de leurs jugements, ni les témoignages, ni les démissions successives, ni les audits alarmants, ni même le signalement de l'inspection du travail au Procureur de la République, etc.  Circulez, il n'y a rien à voir !

Ainsi, en a décidé la justice du travail.

Après plus de vingt et un ans de bons et de loyaux services, vous êtes contraints de quitter votre travail, parce que vous n'en pouvez plus des méthodes managériales mises en place par votre nouvelle direction et que vous subissez quotidiennement  le mépris et la déconsidération.

Non, Monsieur, vous êtes partis parce que vous ne vous êtes pas adaptés au changement!

Ah, ce fameux changement. Ce mot magique qui permet tout et n'importe quoi dans les entreprises. Ils vous expliquent, tous,  que la conduite du changement est nécessaire, pour le sacro-saint intérêt de l'usager. Ce pauvre bougre qui n'en sait absolument rien de ce qui se trame dans les entreprises, en son nom. Il sait seulement qu'il a du mal à joindre son référent, assigné par  ses chefs à réfléchir à l'application des nouvelles méthodes de sa direction.

Le changement, c'est ce fameux train que vous devez prendre sans trop tarder et sans trop réfléchir, sous peine de vous retrouver écrasés et broyés par la locomotive.

Et nous avons été nombreux à subir et à souffrir.  Beaucoup sont partis avant d'être broyés : maladies, démissions, licenciements, rupture conventionnelle, etc. En l'espace de deux ans, la boite s'est vidée de quasiment tous ses cadres historiques. La machine a tellement bien fonctionné qu'elle a fini par triturer ses propres créateurs. Licenciement pour l'exécutant, démission forcée pour le donneur d'ordre, parti exercer ses talents de séducteur invétéré ailleurs. Seuls les apathiques, les opportunistes et les hyènes s'en sont sortis et parfois merveilleusement bien.

Une vraie Bérézina, un fiasco manageriel, mais tout va bien, ont estimé les sages  des Prud'hommes. Des sages composés d'employeurs et de cadres pour qui la conduite du changement dans les entreprises signifie énormément.

Je ne sais pas si je ferai appel de ce jugement inique. Je ressens forcément de l'injustice, de la rancœur et de l'amertume envers ceux que j'aimais tant et qui n'ont pas eu le courage de témoigner en ma faveur de ce qu'ils sont vécu.

Certains auraient pu changer le cour de cette procédure, tel ce collègue, s'il avait accepté de témoigner que l'employeur avait menti plusieurs fois, en affirmant par exemple, qu'il ne m'a jamais bloqué l'accès à ma messagerie professionnelle ou que le contenu de celle-ci m'a été remis dans une clé USB. En m'empêchant d'accéder à ma messagerie, il m'interdisait de récupérer autant de preuves de ce que j'avais avancé devant les prud'hommes.

J'avais beaucoup de respect et d'amitié pour ce collègue. Son témoignage aurait suffit de prouver que mon employeur avait menti aux Prud'hommes. Aujourd'hui, j'ai beaucoup de peine pour lui. Je ne savais pas avant que l'homme pouvait faire preuve d'autant de veulerie et de poltronnerie. Maintenant, je le sais !

Il n'était malheureusement pas seul. D'autres pouvaient témoigner, ils ne l'ont pas fait.

A tous mes ex-collègues qui ont refusé de me soutenir, je ne vous dis pas merci. je vous laisse à votre propre conscience !

A tous mes ex-collègues, très nombreux, qui m'ont soutenu tout au long de cette épreuve, vous resterez dans mon cœur et mes pensées.  Vous avez été formidables. je n'ai pas assez de mots pour vous dire à quel point votre soutien a été précieux.

Je n'ai aucun regret. Je peux me regarder tous les matins dans une glace et être très fier de moi et de mon parcours.  Ma victoire, la seule qui compte, c'est que je me suis relevé plus solide que jamais.

J'ai quitté cette boite abattu, accablé et anéanti. Aujourd'hui, je me sens allègre, dynamique et épanoui. J'ai fais au cours de cette traversée du désert, qui n'en était pas une, de belles rencontres avec de belles personnes.

Aujourd'hui, c'est un nouveau départ professionnel pour moi, dans un milieu où l'humain a encore du sens.

Non, je ne regrette rien !

Maintenant, il est temps de tourner, enfin, la page...

" A l'école de la guerre de la vie, ce qui ne me fait pas mourir, me rend plus fort "

                                    Friedrich Nietzsche. Crépuscule des Idoles     

 

 

 

 

 

[1] https://www.cairn.info/revue-vacarme-2005-1-page-102.htm

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