La Palestine est morte, Vive la Palestine

Le deal du siècle était inéluctable. La disparition la Palestine n'a pas commencé avec la déclaration Balfour en 1917, ni en 1947, lors du plan de partage de l'ONU, ni suite à la guerre des Six jours 1967. La mort de la Palestine a été programmée lors de la signature des accords de paix en 1993.

La Palestine est morte, vive la Palestine !


On y est enfin, le deal du siècle a bien eu lieu. A ma droite, le dealer Trump président qui dit tout haut ce qu'il pense et surtout qui a la franchise de montrer au monde et surtout à ceux qui doutaient un peu, que les Américains n'ont jamais été un médiateur neutre quand il s'agit de la question palestinienne. A ma gauche, le dealer Netanyahou, premier ministre israélien inamovible depuis plus de dix ans, malgré les scandales et les enquêtes judiciaires. Il a du mal à cacher sa satisfaction d'avoir enfin obtenu un seing américain pour imposer sa "paix" aux Palestiniens. Israël garde Jérusalem, une et indivisible. Israël garde les colonies. Israël, état juif qui ne reconnaît nullement le droit au retour des réfugiés.

Bref, tout ce que la droite dure israélienne rêvait d'imposer de Bégin, à Sharon en passant par Shamir et tous les gouvernements travaillistes : le grand Israël pour Israël, des miettes de territoires pour la Palestine. Bienvenue dans l'archipel palestinien !


Sur le timing, rien à dire ! Le monde entier a oublié la Palestine. Le "printemps" arabe n'y était pas pour rien. Les états arabes anesthésiés. Le jadis "Front de refus" désintégré. Plus aucune voix ne s'élève contre la paix Américano-israélienne. Les Européens saluent les efforts américains, et rappellent timidement, presque honteusement qu'il existe un droit international.


Le deal du siècle était inéluctable. La disparition la Palestine n'a pas commencé avec la déclaration Balfour en 1917, ni en 1947, lors du plan de partage de l'ONU,  ni suite à la guerre des Six jours 1967. La mort de la Palestine a été programmée lors de la signature des accords de paix en 1993.


A vrai dire, rares sont ceux qui avaient vu le piège.


L'euphorie et l'exaltation d'une paix enfin possible nous avaient rendus aveugles sur l'évidence. Les Palestiniens ont joué la seule carte qu'ils avaient encore : Reconnaître Israël et donc dire Adieu à la Palestine historique. En échange, ils n'avaient absolument rien obtenu à part la promesse de pouvoir négocier une paix israélo-palestinienne.

Mahmoud Darwich, poète des vaincus,  dira non à Oslo et il quitta  l'OLP : « Je préfère la paix à la guerre, bien sûr, dira-t-il alors, mais au moins que cette paix soit équitable ».


Et  la paix, non seulement n'a pas été équitable, elle a été meurtrière pour les Palestiniens et à moindre échelle pour les Israéliens. Mais surtout les Palestiniens ont beaucoup perdu en espérant toujours une paix qui ne viendra jamais. Pendant ce temps,  les Israéliens n'ont pas perdu de temps. Le nombre de colons explose après les accords d'Oslo, pour passer de 150 000 en 1992 à plus de 420 000 en 2016, sans compter les 210 000 colons de Jérusalem-Est !


Il fallait être naïf ou s'appeler Mahmoud Abbas pour croire que les Israéliens construiraient des colonies et expulseraient des Palestiniens de leurs maisons à Jérusalem-Est ou de leurs terres en Cisjordanie pour ensuite les évacuer !

La stratégie des Israéliens était claire : occuper le terrain, acculer les Palestiniens par la politique du fait accompli ! 


La stratégie palestinienne pour gérer l'après Oslo a été d'un désastre déroutant. D'abord, celle de l'Autorité Palestinienne : Négocier pour négocier, se fâcher pour revenir ensuite à la table des négociations et négocier encore les conditions d'un retour aux négociations...


Celle du Hamas n'était pas meilleur. Entre attentats aveugles contre les civils Israéliens et roquettes artisanales qui servaient surtout de prétexte à Israël pour commette des massacres à Gaza et justifier un blocus inhumain qui transforma Gaza en une immense prison à ciel ouvert. Hamas a servi surtout d'épouvantail pour éloigner toute solution sérieuse basée sur droit international et les résolutions de l'ONU.


De ces années de "négociations", de représailles et de contre-représailles,  d'affrontements inter- palestiniens et dans un contexte international marqué par le terrorisme islamique internationalisé, les Palestiniens vont beaucoup perdre, plusieurs milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés et d'handicapés à vie, une terre rendue de plus en plus étroite à par la multiplication des checkpoints, des blocus, des murs, des barrières et des colonies grandissantes.

Bref, la vie du Palestinien avant 1993, était meilleure que celle du Palestinien aujourd'hui.


Entre temps, il y a eu le 11 septembre, plusieurs guerre du Golf, l'Afghanistan, le printemps arabe et Daech. Des guerres qui ont fini par faire oublier la Palestine. La Palestine a perdu de la sympathie dans le monde. De cause centrale, la question palestinienne est devenue marginale.


L'élection de Trump va sonner le glas des faux-semblants. Le président américain a tranché. Il veut imposer sa paix, la paix des vainqueurs.


Il chargera son gendre, homme d'affaires qui ne connait rien à la diplomatie  de régler le conflit israélo-palestinien. La vision de Jared Kushner est claire et sans équivoque. Ainsi, il déclara : « Entre Israël et les Palestiniens, la question a été tranchée par une guerre, que les Palestiniens ont perdue. Or, à la guerre c’est le vainqueur qui dicte les conditions de la paix. "


Voilà, c'est clair, net et tranché !

Le dealer Netanyahou a gagné. Il a eu les Palestiniens à l'usure. Il le savait. Il a obtenu avec le temps ce que Sharon n'a jamais réussi avec ses chars : Faire oublier la Palestine, effacer la Palestine.

Maintenant que tout est prêt pour un enterrement en grande pompe de la Palestine, une question demeure : que faire des Palestiniens ?


Paradoxalement, le deal du siècle va libérer les Palestiniens de toutes leurs obligations vis à vis des Israéliens, des américains, des européens et des arabes !  A condition que l'Autorité Palestinienne, avatar des accords d'Oslo décide son auto-dissolution.


Il s'agira, alors, sans doute de l'unique, du premier et dernier acte de bravoure d'une clique dirigeante corrompue qui a failli sur tous les points.

Mais Abbas aura-t-il le courage de la faire ?


Israël devra donc, soit assumer son statut de force d'occupation, soit annexer ce qui reste de la Palestine et donc choisir entre l’apartheid et la démocratie à la sud-africaine !

Car, deal or not deal,  les Palestiniens seront toujours là sur leurs terres, et ça, il va bien falloir le gérer !


La Palestine est morte, vive la Palestine !

 

 

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