Mondial 2022 au Qatar : la coupe de sang

Selon une enquête du quotidien britannique The Guardian plus de 6 500 ouvriers seraient morts sur les divers chantiers de la future Coupe du Monde de football 2022 au Qatar. Un chiffre terrifiant qui fait froid dans le dos mais malheureusement, pas vraiment étonnant.

Nous connaissons depuis des années les conditions inhumaines dans lesquels travaillent et sont exploités des milliers d’émigrés sud-asiatiques. Au-delà de l’attribution du mondial au Qatar, c’est l’occasion de se questionner sur le réel traitement des ouvriers asiatiques dans les pays du Golfe.

Originaires de l’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh, du Sri Lanka où des Philippines de nombreux ressortissants de ces pays entament une émigration dites « de travail » dans de nombreuses pétromonarchies du Golfe Persique qui sont en plein essor. Notamment au Qatar, ce riche émirat qui s’est vu attribué l’organisation de la Coupe du Monde 2022 qui selon les dires, après diverses manigances et corruptions qui ont fait polémique.

Cette migration touche essentiellement, des catégories de populations très pauvres qui voient l’occasion de trouver un travail, le moyen de s’assurer un emploi et de gagner sa vie plus facilement avec un salaire plus fort que dans leurs pays d’origine. De nombreux accords sont trouvés entre les pays du Golfe et les pays sud-asiatiques d’où sont issus majoritairement ces ouvriers, avec une politique clairement visée à destination de ces populations qui incite a l’émigration a renfort de publicités, voir de propagande où les pétromonarchies sont vues comme de réel eldorado ou on peut faire de l’argent facilement. 

Cependant, la réalité est tout autre, arrivé sur place les ouvriers se voient confisquer leurs passeports et leurs cartes d’identités par leurs employeurs. Même si les autorités assurent qu’il est maintenant interdit de les confisquer, cette pratique est dans les faits toujours en vigueur. C’est un moyen pour les employeurs d’assurer leurs dominations, de maitriser et menacer les ouvriers, d’empêcher les rebellions, et quand c’est le cas ils s’en débarrassent en mettant fin a leurs visas et en les renvoyant dans leurs pays.
Par ailleurs, les ouvriers sont regroupés dans des quartiers qui leurs sont dédiés spécialement, ils sont entassés dans la promiscuité les uns sur les autres dans un manque d’hygiène évident, où ils payent des loyers exorbitants pour le plus souvent un lit seulement, dans une chambre occupée par plusieurs personnes.
Sous la chaleur écrasante, les conditions de travail sur les chantiers ne sont pas non plus assurées. La sécurité n’y est pas toujours, la fatigue extrême des ouvriers qui travaillent pendant des heures et la déshydratation sont souvent les causes de la mort de nombreux hommes.

Par ailleurs, la crise sanitaire du Covid-19 n’a fait qu’accentuer le traitement et les conditions abominables de ces ouvriers en les précipitant un peu plus dans la précarité et l’extrême pauvreté. Beaucoup ont perdu leurs emplois, et donc n’ont plus de quoi payer leurs loyers, ni voir de quoi se nourrir. Devant le manque évident d’aides de la part du gouvernement et sans emplois, ils ne peuvent plus envoyer de l’agent à leurs familles pour subvenir à leurs besoins, cette pression constante et ce désabusement est la cause de certains suicides.

Amnesty international et de nombreuses ONG dénoncent souvent les traitements et les conditions de travail et de vie absolument inhumaines de ces ouvriers. Du côté de la FIFA qui à son habitude ferme les yeux et se caractérise dans un silence assourdissant est forcée de s’expliquer devant la gravité des faits, en rappelant ignominieusement que « La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde de la FIFA a été faible par rapport à d'autres grands projets de construction dans le monde. » Notons par ailleurs, que ce chiffre de 6 500 morts est sûrement biaisé, devant le refus du Qatar de fournir les chiffres exacts.

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