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Billet de blog 24 oct. 2021

« La pire rentrée de ma carrière » : l'alerte du monde enseignant 1/3

Depuis la rentrée, la recrudescence de violence et de décrochage scolaire est inédite et le phénomène semble mondial. Cette série en trois volets s'attachera à mettre en lumière et analyser ces phénomènes en France mais aussi aux Etats-Unis, ou l'alerte est aussi donnée.

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« Bored Teachers », un site américain tenu par des enseignants et créant des contenus autant destinés à faire rire la profession qu’à faire circuler des actualités ou réflexions autour du métier, publiait le 14 octobre dernier un article au titre limpide :

« Students are Out of Control This Year, and Teachers Aren’t Having It! ».

Cet article rédigé par Angela Barton, une enseignante américaine, peut sembler, à l’image du site, peu sérieux de prime abord mais il faut plutôt le voir comme la vitrine légère d’un phénomène mondial tout ce qu’il y a de plus sérieux et alarmant.

Le téléphone à la main, je parcours les pages Instagram et Facebook rassemblant des communautés de profs aux Etats-Unis, au Canada, en France. D’abord parce qu’elles me viennent sous le nez pendant mes séances de scrolling pour faire passer le temps dans mon bus de banlieue, puis quotidiennement, jusqu’à éplucher les sections de commentaires, pour me faire l’effet d’un pincement qui confirme la réalité.

Je lis et relis une quantité de commentaires sur des pages françaises, américaines, qui pourraient être écrits de ma main, ou être des retranscriptions fidèles de discussions dans ma salle des profs. Si ces pages - qui ont souvent pour vocation de partager et mettre en commun des quotidiens - finissent toujours par la force des choses, par créer un intertexte, elles sont passées, depuis septembre, d’un bourdonnement de même fréquence à un cri commun, uniforme et puissant.

Le constat est en effet unanime: la rentrée se passe mal. Nous subissons une vague de violence quasi généralisée qui semble nous submerger. Les élèves décrochent et s'absentent. L’eau monte rapidement, mais cette fois-ci, une promesse de décrue semble illusoire. Cet instinct est collectif et il ne s’est jamais exprimé aussi clairement que depuis septembre : la situation nous échappe, une digue a sauté quelque part, et nous faisons face dans une solitude désarmante.

On pourrait me rétorquer, comme dans n’importe quel commentaire Facebook imbibé de prof bashing, que la dynamique de mon établissement ne peut être érigée en phénomène national et international ; mais ce serait sans compter les témoignages des équipes de direction et de vie scolaire de nombreux établissement scolaires d'ici et d'ailleurs. 

« Si ça peut vous rassurer, peut-être un peu, c’est pareil partout. On le sait. ». De la bouche d’un personnel de direction. L’éducation est sous l’eau. Ce n’est pas dans notre tête.

De la même manière, je n’ai jamais constaté autant de similitudes avec des collègues américains, dont le système est pourtant foncièrement différent et dont les maltraitances institutionnelles sont bien plus fortes. Au bout du rouleau, déjà épuisés, nous nous demandons tous les jours comment nous allons tenir l’année à ce rythme, collectivement, toujours main dans la main face au ressac qui se fait de plus en plus violent au fil des semaines. La recrudescence de violence, physique, verbale, entre les élèves  et à destination des profs est désarmante, quotidienne et difficilement endiguable pour l'instant avec le peu de moyens que nous possédons.

J’avais pour habitude de dire, que dans l’éducation nationale et particulièrement dans les établissements REP, nous étions des rustines sur les trous béant d’une bouée. Jeudi dernier 14 octobre, Angela Barton, à l’autre bout de l’Atlantique, écrivait quant à elle : « We cannot continue to put band-aids on gaping wounds », (nous ne pouvons pas continuer à mettre des pansements sur des plaies béantes). 

Je vous raconte tout ici, après deux mois de recherches, de recueil de témoignages et de lectures, en espérant pouvoir apporter un peu de visibilité à toutes et tous mes collègues qui souffrent bien gentiment et dignement dans leur coin depuis septembre. 

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