Obama : un espoir dangereux pour l'Amérique

Obama fait rêver les progressistes du monde entier. Lors des élections américaines, nous n'avons entendu que ces discours remplis d'espérance. "Yes, we can!".

Obama fait rêver les progressistes du monde entier. Lors des élections américaines, nous n'avons entendu que ces discours remplis d'espérance. "Yes, we can!". Palin et Mc Caïn s'efforçaient d'endiguer ce formidable courant, mais l'opinion publique internationale était devenue sourde au discours républicain. Ce couple improbable incarnait les excès désastreux de la politique impériale.

Quelques voix chagrines faisaient cependant remarquer que Bush avait été réélu et que l'Amérique n'était pas censée se désavouer aussi vite.

Non, nous sommes passés d'un extrême à l'autre. L'opinion publique ne veut plus se faire par la raison. L'apocalypse, le rêve, le messianisme. L'Amérique était en croisade pour ses valeurs et la conquête des champs pétrolifères. C'est terminé ! La voilà qui rêve d'en finir avec la ségrégation raciale, l'égoïsme financier, l'interventionnisme militaire, l'aveuglement économique et technologique.

Yes, we could!

Nous ressentons de la joie après son élection. Mais aussi, sans doute éprouvons-nous ce léger plaisir masochiste que l'Amérique nous impose depuis tant d'années.

Ils font ce que nous aurions aimé faire. L'Europe l'a dit, l'Amérique le fait.

Obama, c'est un peu le président que nous aurions aimé avoir. Il est plus grand, plus élégant, plus intelligent que notre Sarkozy national. Obama, c'est l'avocat des grandes causes humanitaires, Sarkozy, un avocat d'affaires et de litiges patrimoniaux. Nous nous souvenons du "Travailler plus pour gagner plus". Nous avons un peu honte de cette petitesse française, de ce président qui tente de nous grandir et de nous donner de l'importance par une dépense d'énergie vaine et laborieuse.

Avec Obama, nous redécouvrons la grandeur du politique.

Depuis Montaigne, Chateaubriand, Toqueville, nous continuons à projeter nos fantasmes sur cette partie exportée de l'occident. Comme toujours, nous écoutons ceux qui nous ressemblent le plus.

L'Amérique d'Obama, c'est la nôtre! Mais celle de Mc Caïn... qui veut encore l'entendre ?

Le conflit américain

Un métis (noir), sénateur d'un état du Nord (Illinois) se présente face à un blanc, héros de la guerre du Vietnam, sénateur du sud (Arizona). L'universalisme et le progrès social venant du Nord contre le traditionalisme du Sud.

Comme toujours en de pareilles circonstances, une parole s'étant imposée pour étouffer l'autre, personne ne semble prendre en compte que cette campagne ait pu réveiller de vieux démons américains. L'Est contre le midwest et le Sud, c'est à dire, les intellectuels et la finance de New York contre ces bons vieux états des grands espaces. Le mythe américain, ce n'est pas seulement la libre entreprise, la création de richesses contre les vieilles aristocraties européennes, c'est aussi celui de la grande prairie perdue et de la frontière, celui de la communauté religieuse quelque peu utopique, celui du "lonesome cow-boy". Nous ne voulons pas prendre en compte que ces Amériques-là ne se laisseront pas "écraser" sous des réformes sociales venant du Nord, et qui plus est, initiées par un homme de couleur.

Le danger américain

Comment cette Amérique multiple, si peu définissable, Amérique du Ku Klux Klan, Amérique des Mormons, mais aussi Amérique de John Ford et de Clint Eastwood. comment cette Amérique se comportera-t-elle face à la figure charismatique d'Obama? Cette Amérique que nous ne voulons pas connaître, que nous aimons à caricaturer, et qui nous met tant mal à l'aise, quand elle s'exprime dans certains films humanistes de Ford, personne ne semble envisager qu'elle ne réagisse par la contradiction, l'opposition de principe ou la révolte.

Il se pourrait que des conflits idéologiques s'exacerbent entre le Nord et le Sud. Déjà, une contradiction juridique éclate deux jours après l'élection. Par l'un de ses votes, le peuple du sud-ouest s'oppose à l'exécutif de l'état californien sur le mariage homosexuel. Un vote contre une loi. La démocratie contredit la démocratie. D'autres conflits de ce genre pourraient apparaître. Ils donnent des arguments aux réactionnaires : Hollywood et New-York contre le reste de l'Amérique.

Pour justifier la libre possession d'armes, l'homme du peuple aime à dire. Posséder une arme vous garantit la liberté contre l'état fédéral.

Obama incarne ce pouvoir fédéral. Espérons qu'il ne devienne pas l'ennemi à abattre des quelques 48% d'électeurs qui se sont sentis portés par les paroles de Sarah Palin.

fdany

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.