France/Brésil : Les Blancs face au racisme

Comment perçoit-on le racisme quand on est Blanc ? Quelle est notre place au sein du phénomène raciste, et dans la lutte pour son abolition ? Les réflexions qui suivent découlent d’une expérience d’une année passée à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, dans l'un des premiers collectifs étudiants sur le racisme, l’histoire de l’esclavage et la lutte des Noirs pour l’égalité raciale au Brésil.

 

 

 

Des choses qui apportent souffrance et souvent mort, on ne parle pas sans une certaine prudence. En particulier lorsque ces mêmes choses nous apportent, à nous, des privilèges. Pour aborder le sujet du racisme, la rigueur oblige donc à quelques préliminaires : d’apparence lourde, ils font cependant partie intégrante de la réflexion. En tant que blanc, que peut-on, que doit-on dire au sujet du racisme ?

 

Il faut commencer en précisant ce que cette contribution n’est pas : un travail académique. N’émanant pas d’un spécialiste, elle ne vise ni à “traiter” le phénomène du racisme de façon complète et structurée, en racontant son histoire ou en présentant un panorama, ni à discuter la pertinence de certains concepts connus des milieux militants - et dont les usages et acceptions peuvent d’ailleurs différer d’un pays à l’autre. On n’y trouvera pas plus une “démonstration” du caractère raciste de nos sociétés, qui rappellerait les criants symptômes de l’injustice ; la chose est entendue, et qui ne s’y accorde pas peut déjà passer son chemin.

 

Ce qu’il s’agit simplement de partager ici, ce sont quelques-unes des idées intériorisées au terme d’une année de réflexions sur le thème du racisme, de son fonctionnement comme structure et de la position du blanc en son sein. Le témoignage résulte, comme toujours, d’expériences et d’une “prise de conscience” nécessairement singulières ; tout au plus peut-il constituer un ensemble de pistes, susciter des réactions en invitant à poursuivre le dialogue. D’une certaine façon, rien de bien nouveau.

 

De fait, les engrenages du racisme crèvent souvent les yeux, si l’on veut bien les ouvrir. Mais les systèmes de domination organisent toujours l’invisibilité de leurs vices : plongé dans une société qui nous insère dans un mouvement ininterrompu, sans jamais laisser le temps de s’arrêter pour réfléchir au fond des choses, on passe facilement une vie entière sans remarquer des évidences. Peu à peu, en grandissant au milieu des discriminations, les petites nous empêchent de voir les grandes : les yeux s’habituent, et la vision se détériore. Il faut alors tout un effort de déconstruction pour tenter de recouvrer partiellement la vue.

 

En ce sens, réfléchir au phénomène du racisme n’est pas rechercher une “vérité cachée”, pour la révéler sur le ton de la leçon. C’est seulement tenter d’identifier certaines des plus habituelles de nos manières de voir les choses, lorsqu’il en peut en exister d’autres, potentiellement bien plus légitimes. Ainsi, le regard sur des situations toujours vécues peut se trouver renouvelé ; non pas tant que l’on “change d’avis”, mais on commence à percevoir des faits jusqu’alors ressentis comme naturels.

 

Pour d’autres, ce qu’on découvre par ce regard “nouveau” a toujours été familier. En particulier pour les Noirs1, qui, vivant le racisme dans leur chair, le connaissent depuis l’enfance. On imagine qu’ils doivent parfois s’étonner de ce que nous nous étonnions. D’ailleurs, pour garder l’air sage, l’étonnement n’est conseillé à personne : s’aventurer à déplorer des réalités quotidiennes, c’est risquer de passer pour candide.

 

Cette réaction paraît toutefois inévitable, et ne saurait fournir le droit de garder le silence. S’étonner est toujours une urgence, car les plus grandes injustices sont celles dont on s'accommode chaque jour. Avoir vaguement conscience de l’ampleur d’un phénomène ne suffit pas. Il faut mettre des mots à l’endroit des intuitions, car seule la parole peut produire des affects susceptibles de modifier les comportements, et d’affiner notre compréhension des choses.

 

Or, si beaucoup de Blancs ont le sentiment d’avoir déjà tout entendu au sujet du racisme, nous sommes pourtant peu habitués à l’évoquer en profondeur. En un sens, c’est là une nécessité sociale : c’est ce qui lui permet de perdurer à un niveau si éclatant. Il n’est certes jamais agréable d’entendre que vous faites partie des oppresseurs ou des privilégiés ; en général, cela n’annonce rien de bon pour vos privilèges. 

 

On prendra donc le risque d’enfoncer des portes ouvertes au motif que parler est une obligation. En fait, c’est la question de la position du blanc au sein des structures racistes qui est ici déjà posée. Et il faut le dire tout de suite : sa parole ne pourra jamais se substituer à celle du noir. Seul celui qui subit directement le racisme peut véritablement le comprendre, le décrire et le définir. En tant que blanc, on ne peut représenter les Noirs, ni prétendre parler à leur place. Pour autant, ceci ne saurait nous dispenser de toute responsabilité : le racisme étant un système, qui produit simultanément discriminations et privilèges, les Noirs ne sont pas les seuls concernés par son éradication. Si elle est insuffisante, la parole du blanc, une certaine parole du moins, est donc bien nécessaire - nous y reviendrons.




LES BLANCS AUSSI ONT UNE RACE



Mise en ces termes, la chose paraît d’une absurde banalité. Théoriquement, chacun s’y accorde : tout le monde possède une couleur de peau. Si l’on y réfléchit, notre façon réelle de penser est pourtant assez différente. Comme le dit la journaliste Mirella Nascimento, “pour les Blancs, ceux qui ont une race sont les autres2”. C’est précisément cela !

 

En effet, au contraire des Noirs, une bonne partie des Blancs grandit sans jamais avoir à entendre parler de race3. À l’égard de ce concept, nous ne développons pas une attention particulière, et ne nous sentons pas spontanément impliqués. Au fond, les questions de race concernent les autres ; nous les Blancs avons meilleurs problèmes à régler. On suppose ainsi qu’il y aurait, d’un côté, les personnes à race, et, de l’autre, les personnes tout court, les personnes normales. La société contiendrait une catégorie spécifique d’individus, celle des Noirs, que nous rangeons dans la “diversité”. La couleur blanche, elle, n’est classée nulle part : en réalité, elle ne paraît pas exister. Si la notion de “blanchité” est si peu familière pour nous, c’est bien parce que la blanchité n’est pas ressentie comme telle : elle est naturalisée, paraît vide de contenu. Inconsciemment, nous la percevons comme standard universel.

 

De fait, personne ne naît avec une conscience de race. L’idée de race n’émerge qu’à l’heure de percevoir l’autre, et de se définir par rapport à lui. Si on est blanc, et que l’on nous demande d’imaginer en fermant les yeux la figure générale et abstraite d’individu, il y a toutes les chances pour que celui-ci apparaisse de couleur blanche ; il nous faut faire un véritable effort de pensée pour qu’y émerge plutôt un noir - et pour comprendre que, pour d’autres, la même figure générale et abstraite, “sans race”, puisse ne pas être blanche. Au début de son livre “Dans ma peau”, dans lequel il partage certains aspects de son expérience du milieu très majoritairement blanc du cinéma brésilien4, le comédien Lázaro Ramos rapporte ainsi l’une des questions qui lui sont systématiquement faites : “C’est comment de jouer un médecin, architecte, surfeur, (...) prêtre, gay, et que sais-je encore… noir ?” Réponse : “Je ne sais pas, car je n’ai jamais fait un médecin, architecte, surfeur, (...) prêtre, gay, et que sais-je encore… vert.”

 

Ce phénomène par lequel une personne est d’abord regardée comme appartenant à une race particulière renvoie au processus que l’on désigne sous le terme de racisation, ou racialisation. L’individu racisé se caractérise par le fait de se voir constamment renvoyé à sa race, ou couleur de peau : celle-ci (comme ses différentes manifestations biologiques) tend pour lui à être perçue comme un caractère à part entière, un trait spécifique spontanément distingué de la norme. Ainsi, nous les Blancs ne sommes pas racisés dans le sens où notre couleur de peau ne tend pas à être considérée pour elle-même, comme un trait marquant de notre personnalité. Nous avons le privilège de pouvoir être immédiatement regardés comme de véritables individus, complets et complexes, c’est-à-dire avec toute notre richesse de caractéristiques particulières. Le noir, lui, n’a pas cette chance : il tend à être automatiquement appréhendé comme noir, et ceci dans tous les aspects de la vie. Qu’il soit ressenti comme péjoratif ou non, le préjugé prend sa racine dans cette tendance à définir a priori une personne par un seul de ses attributs, réel ou supposé.

 

Les Blancs ont, à l’évidence, autant de race que les autres ; si les Noirs sont des gens “de couleur”, c’est qu’eux seuls sont contraints, par le processus de racialisation, “d’incarner” leur couleur de peau. La race blanche opprime et continue de se voir comme la norme : nécessairement, ce sont les Noirs qui ont une race. Pourtant, la blanchité est une réalité tout aussi indéniable : à partir du moment où, dans une société, la couleur de peau fait une différence, aucun individu n’échappe à ses déterminations.




LE RACISME AFFECTE AUSSI LES BLANCS



Pour prendre pleinement conscience des privilèges dont nous bénéficions, il faut rappeler dès lors un autre fait dont nous semblons mal mesurer les implications : le racisme affecte aussi les Blancs. En effet, à l’heure de se représenter le phénomène, nous les Blancs tendons toujours à penser à ses victimes. Le racisme aurait ainsi intrinsèquement à voir avec les Noirs, le groupe spécifique qui en souffre les conséquences. Mais point de discrimination d’un côté sans privilège de l’autre.

 

En effet, privilèges et discriminations n’existent pas dans l’air, mais toujours au sein d’une société, c’est-à-dire d’un ensemble déterminé d’individus. En ces termes, il est clair que n’importe quelle structure de domination affecte autant les dominants que les dominés : elle cause des effets des deux côtés. Il n’est de désavantage concevable sans avantage correspondant ; le terme même “d’inégalité” dit d’ailleurs bien cet aspect différentiel.

 

Nous percevons le racisme comme le problème des Noirs dans le sens où nous tendons spontanément à l’identifier à l’écart “négatif” qui sépare leur position de victimes d’une hypothétique égalité raciale (discrimination). Pourtant, par miroir, l’écart “positif” qui sépare notre propre position de Blancs de cette moyenne (privilège) est tout aussi arbitraire : ni plus, ni moins. Comme si notre situation était “normale” et que celle des Noirs était la seule à être spéciale, magiquement éloignée du reste de la société comme par une anomalie logique... Non, ceci est impossible. Sur le plan racial, l’ensemble des discriminations dépend nécessairement de l’ensemble des privilèges, et inversement. En toute rigueur, le racisme détermine donc les Blancs autant qu’il détermine les Noirs : ils les détermine seulement dans des directions opposées. De même qu’aucun racisé n’échappe au préjugé, le privilège racial figure toujours en creux dans la construction d’un individu blanc.

 

Il est important de souligner ce point pour comprendre que, en tant que blanc, lutter contre le racisme n’est pas simplement lutter “pour” les Noirs : celui-ci nous concerne autant qu’eux. En effet, même quand on a l’honnêteté de reconnaître la réalité du phénomène, on pense souvent qu’au fond c’est le problème des autres. On se sent “solidaire” des Noirs, et on déplore : pauvres d’eux ! Dans une posture victimisatrice, on voudrait alors les “aider”. Comme si, malheureusement pour eux, le racisme était un jour tombé aléatoirement du ciel sur leur tête.

De plus, si nous voulons bien admettre la proposition abstraite selon laquelle les Blancs bénéficient du racisme, nous avons des difficultés à concevoir cela concrètement dans nos vies personnelles, car ces privilèges sont le plus souvent invisibles. En effet, comment dire avec certitude que c’est grâce à sa couleur de peau que tel individu a obtenu tel privilège, ou subi tel préjudice ? Dans la pratique c’est assez compliqué : à l’heure d’analyser chaque cas particulier, on pourra toujours trouver une infinité de motifs justifiant de tel événement ou de telle expérience vécue. Par exemple, lorsqu’un blanc se voit attribuer un logement au détriment d’un racisé, il est facile d’invoquer des raisons tenant à une situation financière ou familiale.

 

De fait, personne ne nie ces explications : chacun d’entre nous est fait de déterminations complexes, nombreuses et jamais entièrement déchiffrables. Mais il suffit de prendre quelques pas de recul pour que saute à nouveau aux yeux le fait de la discrimination raciale. Dans une sorte “d’illusion d’optique”, l’éclatement des situations particulières noie ainsi le racisme dans une multitude d’autres facteurs qui le rendent souvent “introuvable”. Un peu comme le contour d’un gigantesque cercle, vu de près, paraît une ligne droite : nous ne sentons pas la Terre tourner mais à la fin de la journée le Soleil a disparu… 

 

S’il est vrai qu’il n’y a pas d’effet sans cause, alors c’est bien que le critère racial figure au rang de ces déterminants cachés. En ces termes, notre perception de ce qui compte vraiment dans la question du racisme se trouve modifiée : le regard s’éloigne des qualifications individuelles pour englober une vision plus “structurelle” de la société.




LE RACISME EST STRUCTUREL



On entre ainsi dans le coeur du sujet : le racisme est structurel. Entendu comme système discriminant les individus sur la base de leur appartenance raciale, en privilégiant certains au détriment des autres, il produit des effets qui excèdent largement nos perceptions individuelles et conscientes. Il imprègne jusqu’aux structures sociales, culturelles, économiques, politiques dans lesquelles nous vivons, et que nous reproduisons collectivement chaque jour.

 

Considérons l’exemple de ce commerçant blanc évoqué dans l’article de Nascimento5. “Il déclare ne pas se sentir raciste dans ses relations personnelles et au quotidien, mais a pour habitude de n’embaucher que des vendeurs Blancs dans son magasin (...), bien que la majorité des candidats soit noire. Interrogé sur le fait qu’il s’agisse ou non de racisme, il affirme : ‘je pense que c’est plutôt une règle du marché et de la publicité. On sait que le client va s’identifier avec le vendeur et acheter plus, donc comme une majorité de mes clients sont Blancs, j’embauche toujours des vendeurs Blancs.’” Cette situation fait typiquement émerger une sorte de gêne ambivalente. Doit-on qualifier cet individu de raciste ? Bien qu’on ne puisse nier qu’il contribue par son comportement à perpétuer le phénomène, la plupart d’entre nous n’aura pas le sentiment d’être en face d’un vrai salaud. Comme le dit ironiquement Elizandra Souza6, écrivaine et journaliste, “le Brésil est un pays qui a du racisme mais n’a pas de racistes7”.

 

De fait, nous les Blancs avons toujours tendance à penser que les racistes sont les autres. Lorsque l’on interroge les gens un par un, rares sont ceux qui vont revendiquer une telle position, en assumant d’apprécier les personnes en fonction de leur couleur de peau. Mieux, beaucoup d’entre nous n’ont pas seulement le sentiment de ne pas être racistes eux-mêmes, mais encore de connaître assez peu de racistes. Ainsi la chose serait le fait d’une minorité, d’un nombre limité d’individus, que, lorsqu’il arrive qu’on en croise, on remarque et on condamne. Pourtant, si on s’élève pour envisager la société entière, les chiffres de l’injustice raciale ne sont pas marginaux, mais bien écrasants. Mais alors, quelle est la variable secrète ? Où les racistes se cachent-ils ?

 

Pour expliquer cet apparent paradoxe et sortir du dilemme “raciste ou pas raciste”, il faut faire un pas de côté en faisant observer qu’au fond, la question n’est pas là - en tous cas pas comme on l’entend spontanément. Posée en ces termes, elle ne permet pas de comprendre efficacement comment le racisme opère. Car, comme on pourrait dire de façon un peu grossière, le racisme n’est pas le seul fait des racistes.

La situation de notre commerçant précédent est l’un des milliers d’exemples pour lesquels le racisme résulte, non pas d’une décision personnelle consciente et volontairement discriminatoire, mais de la simple “reproduction” des déterminants sociaux telles qu’ils s’enchaînent quotidiennement. C’est que le racisme n’est pas chose anormale, un défaut de mécanisme qui de temps à autres se produirait malencontreusement aux marges de la société ; il réside au contraire en son centre même. Le racisme est normal, ordinaire, intériorisé : il est structurel. Il s’ensuit que, pour analyser sérieusement son fonctionnement, on ne peut s’en tenir à la simple échelle des cas particuliers, sans quoi on perd la plus grande partie du problème. La grille de lecture qui se contente d’examiner le choix effectué “librement” par un individu dans une situation précise est bien souvent insuffisante. L’essentiel est de comprendre comment on en arrive au résultat de la discrimination ; pour cela, il faut aussi et surtout regarder plus haut. Car les causes profondes du phénomène dépassent de loin notre subjectivité et notre prétendu libre-arbitre. En quelque sorte, le système lui-même fournit aux individus des raisons “objectives” d’agir de la manière dont ils agissent, et qui aboutit à la reproduction permanente du racisme. C’est bien le modus operandi de toute la société qui privilégie les Blancs.

 

En effet, en tant que postulant la supériorité de la race blanche sur les autres, le racisme s’est constitué comme l’un des fondements des sociétés occidentales modernes8. Il participe de la composition du champ dans lequel nous poussons : qu’on le veuille ou non, il contribue donc à nous façonner - comment pourrait-il en être autrement ? On peut bien dire qu’on le rejette, le composant ne cesse pas pour autant de faire partie de nous. Même “involontairement”, celui qui est blanc bénéficie ainsi d’un accès immédiat et automatique à l’héritage de la blanchité, c’est-à-dire un ensemble de privilèges issu des structures ouvertement racistes de l’esclavage et/ou de la colonisation. Le noir, lui, “bénéficie” d’un accès immédiat et automatique à un ensemble de préjugés hérité de la même histoire. C’est qu’au fil de ces quatre ou cinq siècles, au cours desquels il l’a profondément pénétrée, le racisme a fait prendre à la société certains plis. Fatalement, il a laissé sa marque dans une série d’institutions a priori universelles que nous traversons depuis la naissance, comme l’école, le droit ou le monde du travail. Il s’est engouffré dans notre culture, dans nos valeurs, jusque dans nos croyances collectives, au point d’en imprégner des représentations que nous envisageons spontanément comme neutres : ce qui est correct, ce qui est performant, ce qui est présentable.

 

D’une certaine façon, ce n’est donc pas seulement que, entre deux individus de même valeur, “toutes choses égales par ailleurs” c’est le blanc qui est favorisé. C’est aussi que les représentations mêmes de ce qui est “valorisé” ont été construites de telle sorte qu’il est bien plus aisé pour lui d’y correspondre. Le blanc est ainsi plus facilement associé à ces représentations ; le noir, lui, devra fréquemment s’adapter. Par exemple, dans ce qu’on entend par une apparence correcte ou “convenable”, exigée pour l’accès à un service public ou à une soirée chic, il entre toujours certains critères qui n’ont même pas besoin d’être explicitement formulés. Une coupe de cheveux de type afro sera plus souvent regardée avec reproche, jugée loufoque ou inconvenable. Comme si, “naturellement”, par essence, le noir n’était pas fait pour ces choses.

 

Logiquement, ce processus implacable se retrouve dans tous les champs de la société. La plupart du temps, quand c’est un blanc qui est choisi pour jouer dans un film ou une publicité, pour entrer à l’université ou occuper tel poste de responsabilité, on peut identifier des facteurs apparemment raisonnables et neutres sur lesquels s’est appuyée la décision. Ces critères cachés leur étant défavorables, les Noirs voient toujours cette tension sous-jacente aux représentations prétendument universelles de l’individu convenable ou compétent. Comme ils ont été faits à leur avantage, les Blancs, eux, ne les perçoivent pas. C’est qu’on est toujours plus porté à considérer une réussite comme le fruit de son “mérite” que comme le produit de motifs peu avouables.

 

De façon un peu provocante, on en viendrait ainsi à affirmer que, d’un certain point de vue, “tous les Blancs sont racistes”. D’un certain point de vue seulement : à l’évidence, la proposition ne vaut que dans le sens particulier de “tous les Blancs bénéficient du racisme”. Mais pour qui est blanc et de bonne foi, il serait bon de commencer par entendre ce fait, sans céder à un malentendu commode qui permet de prêter à ceux qui le dénoncent des propos idiots et simplistes. En effet, lorsque les Noirs soulèvent l’aspect structurel du racisme, et font observer à juste titre que chacun d’entre nous en tire des privilèges, ce n’est pas pour nous accuser de comportement “raciste” au sens où on l’entend communément, dans une posture qui nous jugerait chacun individuellement. Dit autrement, il ne s’agit pas, ou pas seulement, d’une considération morale, mais d’un fait social, d’une description de mécanismes qu’il est impossible de nier. Ce n’est pas que tous les Blancs se croient ouvertement supérieurs aux Noirs, évidemment non ; lorsque l’on veut bien tendre suffisamment l’oreille, personne n’affirme ça. C’est que tous les Blancs, qu’ils le veuillent ou non, tirent profit d’une dichotomie raciale dans laquelle ils occupent la position de dominant. Point.

 

Nous préférons cependant nous représenter le racisme dans un clivage facile opposant une minorité de fanatiques à tous ceux qui le condamnent - catégorie dans laquelle, naturellement, nous nous rangeons : aux côtés des victimes. Cette division confortable, qui préserve la plus grande partie de la société, ne se montre néanmoins que très partiellement capable d’expliquer la longévité, la résilience, la persistance du phénomène raciste. Elle permet d’occulter une disparité bien plus ancrée dans la réalité des expériences : celle qui sépare les dominés des dominants, ceux que le racisme opprime de ceux qu’il privilégie.

 

Car condamner le racisme ne suffit en aucun cas à en annihiler les effets. Il y a désormais longtemps que le racisme est condamné ; force est pourtant de constater qu’il est loin d’appartenir au passé. De fait, notre époque connaît beaucoup de condamnateurs. D’une certaine manière, c’est un progrès : si une majorité d’individus rechignent à se considérer racistes et qu’il n’est plus revendiqué comme une opinion légitime, c’est que le racisme a déjà perdu la bataille symbolique. Devenu moins avouable, il se terre, sous une couche qu’il faut soulever.

 

Sans doute serait-il toutefois plus prudent d’utiliser ici le passé, vu la situation politique internationale et le spectaculaire retour en force du camp réactionnaire dont le Brésil est un exemple des plus malheureux. En effet, mesurer la profondeur des structures n’oblige en rien à ignorer les aléas de la conjoncture, ni à laisser entendre que, sur un plan moral, toutes les attitudes se valent. De toute évidence, la société n’est pas un bloc monolithique. Parmi les dominants, il existe une gradation dans la perception qu’ont les individus de la réalité d’une oppression : il existe notamment des individus qui n’en ont aucune perception du tout. L’époque est à la résurgence de cette espèce, jamais complètement éteinte, d’un racisme plus éclatant. C’est le propre des temps sombres que d’obliger à gérer l’urgence : qui doit faire face aux pires symptômes a moins de temps pour les causes profondes. Dans ce contexte, refuser de perdre le cap est un acte de résistance.

 

On pourrait donc faire grossièrement émerger deux acceptions au terme de racisme ; l’attitude ouverte et assumée serait distinguée d’un racisme “inconscient” et ancré dans les structures. Ce qu’il importe bien de voir, c’est que c’est cette dernière forme, partie immergée de l’iceberg, qui est la plus lourde et pernicieuse.




LE NON-RACISME N’EXISTE PAS

 

Prendre conscience de la dimension structurelle du racisme peut provoquer une sensation de découragement. La question qui vient légitimement à l’esprit est : que faire ? Il est vrai que la réponse n’a rien d’évident.

 

Certes, cet état de fait ne saurait se prolonger éternellement. Que l’oppression dont sont victimes les Noirs s’achèvera, la chose est la plus certaine du monde : en tant que manifestation humaine, issue dans sa forme actuelle de l’époque Moderne, elle est arrivée par l’histoire et repartira par l’histoire. Mais une histoire aussi longue et pesante que celle du racisme, de l’esclavage, de la colonisation, n’est pas à la portée de la première résolution venue. Son lourd héritage ne s’effacera pas en quelques annés. Ce n’est jamais affaiblir la lutte que d’ouvrir les yeux sur l’ampleur du mal à affronter, car qui est trop prompt à sermonner mesure souvent mal la nature de ce qu’il dénonce. En aucun cas cela ne revient à “donner une excuse” aux comportements racistes. Expliquer n’est pas justifier : ces deux opérations ne s’inscrivent pas sur le même plan.

 

 Il est donc difficile de fournir un “guide pratique d’antiracisme” qui contiendrait le panel des solutions immédiates, si tant est qu’une est telle chose existe. Prescrire un mode d’action concret est une tâche difficile et distincte, à laquelle on ne prétend pas s’atteler ici. Mais on se consolera en rappelant que toute conscientisation contient en soi le germe du changement. Évaluer sa complexité, c’est déjà se faire une idée du niveau pertinent auquel se situe une véritable action contre le racisme. Et s’il est une chose qui découle tout de même du point précédent, c’est que celle-ci ne peut pas s’en remettre à notre seule bonne volonté.

 

La seule condamnation, qui prétend procéder par “abolition”, a largement montré ses limites. À l’exception, certes inquiétante, d’une fraction de réactionnaires à combattre, la majorité ne se sent pas consciemment raciste ; elle n’est donc plus susceptible de se voir abstraitement “convaincue” par un discours purement moralisateur. À l’évidence, un racisme perdure, qui est de type structurel, ancré dans nos perceptions inconscientes et notre organisation collective. Pour affronter celui-ci avec lucidité, il va falloir un peu plus qu’une simple profession de foi. Car, à l’exemple de notre commerçant de tout à l’heure, les individus agissent toujours tel qu’ils y sont déterminés par les structures, conformément à ce qu’il perçoivent comme leurs intérêts. Lorsque les contours des cases ont été tracés de façon à être beaucoup mieux remplies par du blanc, il est illusoire de penser qu’un beau jour, ils se résoudront tout seuls à les colorier en noir. Avec ça, pas de danger : le racisme n’est pas près de s’estomper. 

 

Or, lorsque les racisés demandent des comptes pour les immenses discriminations qu’il subissent, nous répliquons que nous, nous ne sommes pas racistes, que nous, “nous ne faisons pas attention à ça”. Ainsi on nous met sous les yeux les choses telles qu’elles sont, et nous choisissons de répondre “moi je…”. Sauf que ça n’est pas la question ! Cela permet de se défaire facilement de la gêne que le racisme suscite, de détourner les yeux en faisant mine de ne pas remarquer. “Couvrez donc cette race que je ne saurais voir” aurait prêté Molière à nos institutions. Assez familière à la France, cette posture aveugle aux réalités les plus éclatantes relève bien sûr d’une hypocrisie notoire. Elle permet au racisme de continuer à prospérer sans être inquiété. Car, “si vous ne voyez pas la race, comment pourriez-vous voir l’inégalité raciale”, fait observer la sociologue afro-américaine Adia Harvey Wingfield9. En effet, qu’elles soient socialement construites et ne s’appuient sur aucun fondement biologique n’empêchent pas les races d’exister aujourd’hui de fait. Comme on l’a vu, c’est toute la société qui travaille structurellement à discriminer : vous pouvez donc prétendre “ne pas faire de différences”, la vérité c’est que si vous n’en faites pas vous allez continuer à en faire. On ne risque pas d’en rendre possible d’autres sans reconnaître celles qui prévalent déjà.

 

Il en découle que la démarche passive du “ne pas” est vouée par définition à l’échec. L’idée selon laquelle le racisme disparaîtra par pure abstention est une illusion ; elle repose sur la croyance implicite qu’il est un mal qui apparaît à un moment précis - alors qu’il est constamment et imperceptiblement reproduit. Le racisme n’est pas quelque chose qui vient après : il est toujours “déjà là”. Dans ces conditions, vous pouvez bien vous offusquer pudiquement et lui interdire de rentrer en clamant “le racisme, pas chez moi”, pardon mais c’est vous qui êtes chez lui. Nous naissons dans la société raciste : une fois de plus, il est en nous. On pourra donc attendre longtemps qu’il veuille bien repartir de lui-même. 

 

Préconiser de ne pas faire, c’est d’ailleurs oublier que, dans la vie réelle, l’inaction n’a pas de sens : on ne fait jamais rien, mais toujours quelque chose ou quelque chose d’autre. Dans l’enchaînement des structures, il n’y a rien à retirer ; car le monde humain n’est pas un récipient à quantité variable, qu’il s’agirait de “vider de son racisme” comme s’il était un désagréable surplus dont on se passerait sans que cela n’affecte le reste de nos comportements. Non, la société forme un système, un ensemble cohérent de parties en interaction : s’attaquer à l’une de ses composantes oblige nécessairement à s’intéresser aux autres, et à les modifier effectivement.

 

Voilà pourquoi on peut dire que le non-racisme n’est pas une “non-action”. D’une certaine façon, le non-racisme n’existe pas, sinon comme antiracisme, et l’antiracisme n’est pas la simple absence de racisme, une attitude négative de non-agissement. Le racisme ne peut être efficacement combattu que de manière positive, au sens mathématique du terme, c’est-à-dire par l’affirmation en acte de comportements nouveaux. C’est ce qui donne par exemple leur sens aux politiques de “discrimination positive”. Pour compenser des différences si abyssales et si anciennes, il faut bien se résoudre à en faire d’autres, à “discriminer” en retour. Certes, ce ne sont que des mesures de “rattrapage”, circonscrites et insuffisantes ; mais elles permettent déjà d’avoir autre chose à proposer aux racisés que de patienter gentiment quelques siècles.

 

Or, chez les Blancs, même de bonne foi et se revendiquant volontiers progressistes, la discrimination positive dérange et laisse souvent dubitatif - sans doute parce qu’elle ne trahit que trop la vraie nature du système. On la soupçonne de pouvoir être contre-productive car “stigmatisante” : les Noirs ainsi parvenus à des positions dominantes en seraient d’autant moins considérés qu’ils auront été “favorisés”. On fera simplement observer que cette remarque suppose d’envisager la société comme globalement juste a priori, un luxe qui n’est pas permis à tout le monde. Les racisés, qui expérimentent la réalité de l’oppression dans leur chair, savent de connaissance pratique ce qu’il en est de la justice et de la méritocratie modernes - savoirs qui tendent à mieux les immuniser contre les scrupules idéalistes. De fait, la pertinence de de ce genre de politiques est moins contestée de leur côté.

 

Ainsi, si l’on est pas convaincu soi-même par telle ou telle mesure, scepticisme qu’il ne s’agit pas ici de balayer d’un revers de main, un argument doit cependant suffire à trancher ces débats : c’est qu’il ne revient pas à nous d’en décider. Plutôt que de nous creuser la tête pour établir où se trouve leur intérêt, il est plus sage et conséquent de s’en remettre à l’opinion des principaux intéressés.




LES BLANCS DANS LA LUTTE : CHAMPIONS JAMAIS, ALLIÉS TOUJOURS



En définitive, seuls les racisés savent réellement ce qu’est le racisme. Pour nous les Blancs, c’est encore un fait qu’il n’est pas toujours aisé d’admettre. Nous aimons croire que, à force d’humanisme sincère, on peut parvenir à “comprendre” l’oppression raciale et donc devenir aussi légitime que n’importe qui à mener la lutte contre elle. Pourtant, il faut constamment se rappeler que, pour bien intentionnés que nous soyons, nous ne la comprendrons jamais pleinement. Et ce n’est pas là une question de temps, car une vie entière passée à militer ne changera pas votre couleur de peau, et mille efforts pour l’égalité ne vous feront jamais sentir la crue réalité d’un délit de faciès. Personne ne peut saisir la nature d’une oppression mieux que celui qui la reçoit dans son corps, car il n’est de vraie “connaissance” qui ne passe d’abord par l’expérience, c’est-à-dire par les affects.

 

Or, sauf au sens particulier évoqué plus haut, ce n’est pas nous que cette oppression affecte. Pour le noir, le racisme est une affaire concrète, de souffrance et souvent de mort : le combattre procède donc de la survie. Pour le blanc, c’est autre chose : aussi révoltés qu’il puisse nous laisser, nous n’en subissons jamais directement les effets. La majorité de ses manifestations, infiniment diverses et nombreuses, ne peut que nous échapper. Par conséquent, si proches que nous soyons de ceux qui souffrent le racisme, nous ne pouvons prétendre les représenter, car personne ne peut dire à un racisé ce qui est bon pour lui, sinon un racisé lui-même. De cette cause, les Blancs ne peuvent jamais être protagonistes principaux : pour déterminer leurs revendications, les racisés n’ont pas besoin de nous. 

 

Notre point de vue, s’il peut être entendu, émanera toujours de la position de dominant. En tant que blanc, c’est une tension qui doit nous occuper à chaque instant ; car la perversité du phénomène raciste possède des ressources insoupçonnées. En effet, ses privilèges lui donnant toujours le beau rôle, même en matière de racisme c’est le blanc qui est écouté. Notre discours a souvent tendance à être mieux considéré : consciemment ou non, il risque alors de s’imposer à celui du racisé lui-même, dont le point de vue se trouve occulté. Pour lutter contre ce cercle vicieux, il importe de toujours énoncer “l’endroit d’où on parle”, afin de pouvoir prendre la parole sans la substituer à celle des racisés.

 

C’est pourtant une question de bon sens : de même qu’il ne revient pas aux hommes de décider ce qui relève ou non de la domination masculine, on ne va pas demander aux Blancs de présider à l’éradication de leurs privilèges raciaux. Seules les victimes d’un système de domination, qui en perçoivent tous les symptômes, sont légitimes à définir leurs besoins et priorités. Sans doute cette tendance à croire qu’elle peut faire elle-même l’émancipation des autres révèle-t-elle encore un réflexe propre à notre race, toujours persuadée de sa mission universelle. Hier l’homme blanc disait que le noir était un singe, une race inférieure à “civiliser”, justifiant ainsi son exploitation ; aujourd’hui il s’est rendu compte de son erreur et jure qu’il la corrigera lui-même.

 

Il faut dire que, pour qui a appris à penser que tous les problèmes sont résolubles en droit et qu’aucune limite de principe n’est posée sinon celle de sa Raison, entendre qu’il est un combat qu’il ne pourra jamais mener est quelque chose de déconcertant. C’est que nous les Blancs avons grandi en voyant dans notre miroir un reflet possible de tous les “héros” universels, où plutôt ceux que l’on a érigés ainsi. Au-delà des évidentes inégalités de classe ou de genre, notre couleur de peau n’a jamais constitué un potentiel obstacle à l’heure de nous imaginer conquérant le monde et ses honneurs : tout blanc est toujours un héros en puissance. “Un blanc peut naître pauvre, mais le jour où il va faire un entretien d’embauche, il peut y aller très arrangé et tout va bien. Une personne blanche bien arrangée peut être n’importe quoi. Un noir est ‘un noir’ à n’importe quel endroit”, remarque ainsi la journaliste Rosane Borges10. Le noir aura beau faire tous les efforts du monde, il lui manquera toujours quelque chose pour incarner le soi-disant parfait héros. Dès la naissance, tout s’attache à lui faire comprendre que ce monde ne sera jamais le sien.

 

Admettre qu’il ne peut pas tout faire, et qu’il n’a pas la solution à tout : peut-être est-ce là finalement ce qui est le plus difficile pour le blanc. Et bien non ! Toute la vertu et l’intelligence du monde ne nous donneront jamais de quoi faire à la place des racisés la lutte contre le racisme. La couleur de peau ne compte pas au titre des plis que l’on peut défaire. Il faudra donc se dégriser en acceptant les limites de sa condition. Chacun ne porte pas dans un éclatement généralisé le fardeau de la rédemption du monde ; ne pas se contenter de postures superficielles, c’est travailler à faire des différences là où on le peut vraiment, en fonction de sa position. Toute lutte véritable passe par là.

 

Ainsi, la place du blanc dans le combat contre le racisme est nécessairement limitée : il ne peut en être qu’un compagnon, un camarade, un partenaire - c’est-à-dire d’abord écouter. Pour le reste, s’il est une chose que l’on peut réellement faire en tant que blanc, c’est surtout de parler aux Blancs. Sensibiliser ceux qui nous ressemblent. Tenter de prendre conscience, collectivement, de nos privilèges. Ne pas s'indigner à la première critique, même lorsque l’on pense savoir. Avoir confiance dans les yeux de l’autre, en acceptant que l’on ne peut pas tout voir et que les solutions peuvent prendre le contre-pied de nos convictions premières.

 

Ce rôle d’allié est d’ailleurs essentiel, et c’est une mission exigeante à condition de l’embrasser authentiquement. Car, s’il est impossible aux Blancs de parler pour les racisés, il leur est tout aussi impossible de ne pas parler du racisme. Ne pas le faire au nom des autres, ce qui est tout de même la chose la plus normale du monde, n’ôte rien à cette responsabilité. S’exprimer n’est pas représenter, et il est crucial de faire cette distinction, pour que personne ne puisse se croire empêché. Il faut donc formuler la conciliation avec le plus haut degré de clarté : ni champions de cette lutte, ni étrangers à elle. Des partenaires d’accord, mais des partenaires seulement. Des partenaires seulement, mais des partenaires vraiment.

 

Certes, la frontière entre une parole d’allié et celle qui prend trop de place est ténue. L’ambivalence guette, et parfois on ne sait pas où se placer. Il faut bien assumer cette difficulté, et tâcher de cheminer ; toujours par le dialogue. Lorsque l’on naît du côté des oppresseurs, il n’est pas de solution miracle si ce n’est entendre les opprimés, et lutter à leurs côtés.



M.F.P.

 

 

 

 

Notes de bas de page :

1. La réflexion originale ayant principalement porté sur le racisme négrophobe, le terme a été laissé ici - bien qu’il puisse largement s’étendre à toutes les personnes non-blanches. Au Brésil, où l’esclavage n’a été aboli qu’en 1888, les Noirs (pretos) composent, avec les métis (pardos), plus de la moitié de la population selon le recensement de 2010.

2. Nascimento, Mirella. “Gente branca” [Les gens blancs], UOL TAB, 2018 [en ligne]. https://tab.uol.com.br/edicao/branquitude/ 

3. La notion de race est fréquemment utilisée au Brésil - à tout le moins plus qu’en France. Sa définition, complexe et discutée, ne sera pas examinée ici, et on l’utilisera indifféremment des termes de “couleur de peau”

4. Ramos, Lázaro. Na Minha Pele [Dans Ma Peau], Editora Objetiva, 2017

5. Mirella Nascimento, op. cit.

6. Mirella Nascimento, op. cit.

7. La proposition s’applique sans problèmes à la France.

8. La notion d’Occident est ici entendue dans son acception la plus courante au Brésil, c’est-à-dire comme incluant tous les territoires historiquement soumis à l’influence prépondérante de la “civilisation” européenne, et donc l’Amérique latine.

9. Harvey Wingfield, Adia. “Si vous ne voyez pas la race, comment pourriez-vous voir l’inégalité raciale ?”, État d’Exception, 2015

10. Mirella Nascimento, op. cit.

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