Crises et violences

Crises et Violences

Publié le 28 février 2013

Le Sénat vient d’adopter une loi d’amnistie sociale pour blanchir des syndicalistes qui ont user de la violence. Cette loi passera t-elle à l’Assemblée Nationale? Probable et même possible car les députés voudront comme les sénateurs donner un gage de compréhension à la population et parce que Hollande, candidat, l’aurait promis à  Mélenchon. Cette amnistie sociale a t-elle un  sens? On peut se poser la question à la lumière des amnisties précédentes. Celle de 1968, selon les accords d’Evian pour le crimes durant la guerre d’Algérie. Celle  des violences des indépendantistes de la Nouvelle-Calédonie dans les années 80. En 200 les politiques se sont auto-amnistiés sur les problèmes de fraude et financement des partis politiques. Nous passerons sur les amnisties de 47, 51 et 53 , nébuleuses, sur les exactions de l’épuration ayant suivie la seconde guerre mondiale.  On voit là que les décisions prises l’ont toujours été soit pour épargner certains individus, soit au nom de la paix sociale.

Mais peut-on parler de justice dans ces cas là? D’aucuns prétendront que amnistier des violences engendre des violences. Peut-être. D’autres, telle Me Parisot, du Medef, que c’est un encouragement au caillassage ( des patrons). Peut-être aussi. Mais alors la question première est: Est-il légitime de devenir violent parfois?

Est-il légitime de s’attaquer à un patron voyou qui, pour s’enrichir davantage, met au chômage ses salariés et jette dans la précarité des dizaines de familles. Est-il légitime, juste, de crier sa colère, par des actions physiques, quand un état privilégie les nantis au détriment des plus pauvres? De quel côté se trouve alors la violence? De quelles armes disposent les parties? Les uns du pouvoir de faire baisser les salaires, d’augmenter le temps de travail, de jouer sur des lois inhumaines? Les autres du droit de se taire, de subir en se taisant pour respecter la loi? Dernièrement un tribunal a déclaré les licenciements des employés de Continental, illégaux, mais 4 ans après les faits. L’usine n’existe plus, en France. Que sont devenues ces familles? Le capital débridé ne s’en soucie guère et les chantres de la pensée unique prétendent que le patron voyou a été sanctionné et que donc justice a été rendue. Sanctionné? Justice  pour une condamnation verbale, ou à quelques milliers d’euros, alors qu’il a délocalisé pour gagner davantage? Justice pour des centaines de familles jetées à la rue? Les licenciements sont devenus la première variable d’ajustement des grandes fortunes, des grands groupes, qui ont pourtant été nourris au lait d’assistance de l’état. Alors posons nous la question, de quel côté est la violence?

Au premier abord il est certes condamnable d’user de la violence pour se faire entendre. Mais à l’analyse des faits, il se trouve que c’est la seule, la dernière arme dont disposent les salariés. La France qui se prétend la patrie des droits de l’homme a déjà oublié son histoire. Elle a oublié que l’amnistie de 1791 concernait la révolution de 1789. Etait-ce des casseurs? Oui, de grands casseurs. Etait-ce des criminels? Oui au regard de la loi. Les lois étaient elles justes? Non, puisque favorables aux seuls nantis maintenant le peuple en esclavage. Non, puisque elles ont poussé le peuple à la violence, au « crime ». Les lois n’étaient pas justes et le peuple n’a eu qu’une seule arme, la révolution.

On peut discourir des heures sans arriver à se mettre d’accord sur la légitimité ou pas de la violence de certains ouvriers, s’il faut ou pas amnistier. Mais la goinfrerie égoïste des nantis pousse à la violence.

Mais  Ils existe « bel et bien une guerre des classes mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons ». Warren Buffet, 3ème fortune mondiale,  décembre 2012

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.