Claude Guéant et Henriette : une histoire d’amour ou de fric ?

Claude Guéant, l’ancien directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, est jugé avec quatre autres personnes (dont trois préfets) pour s’être mis dans la poche 210.000 €. Cet argent était destiné à rémunérer les indics et financer les filatures.

A côté de Claude Guéant on retrouve Michel Gaudin, l’actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy. C’était lui qui remettait en liquide 10 à 12.000 € à Claude Guéant. A l’époque il était directeur de la police nationale. Etait-ce lui qui remplissait les enveloppes ? Mais non, c’était Henriette Boisseau, âgée alors de 81 ans, mais qui travaillait toujours ! D’ailleurs Guéant dit d’elle « Une femme menue, mais très alerte physiquement et intellectuellement »

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Henriette serait rentrée au ministère sous Pétain mais elle était toujours contractuelle. Mais Henriette avait l’habitude de consigner toute son activité dans de petits carnets qu’elle détruisait ensuite dit-on. Elle remettait donc à Michel Gaudin les fameuses enveloppes que ce dernier s’empressait de porter à Claude Guéant. Gaudin explique : « J’ai donc obéi à un ordre qui n’était manifestement pas illégal ». Ne savait-il pas ce qu’il y avait dans les enveloppes ? Henriette ne lui disait rien ? Pourtant en 2013 il dit à Guéant « Il faut clairement dire que c’était essentiellement pour des flics, et puis que toi, t’en as gardé un petit peu ! ».

En février 1998, Claude Guéant quitte son poste de Directeur Général de la Police Nationale et précise dans une note que ces fonds secrets sont strictement réservés à rémunérer les indics et ne doivent pas arrondir les fins de mois des fonctionnaires. Il l’a du l’oublier en 2002.

Hélas Henriette est décédée en 2013 (elle était née en 1921) et on ne le verra pas au tribunal. Mais l’ancien ministre de l’Intérieur reste ému en évoquant Henriette : « A un certain moment, quelqu’un a dû prendre des décisions, elle perpétuait l’usage ». Et Michel Gaudin d’ajouter « Je voudrais rendre hommage à l’intégrité de Mlle Boisseau ». Pourtant Madame Henriette a quand même distribué plus de quatre millions d’euros. Georgette Boisseau-Deschouarts (son vrai nom) avait quand même été décorée de l’ordre du Mérite et faite chevalier de la Légion d’honneur.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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