Nice : la Métropole court-elle à l’échec ?

Première, et pour l’instant unique, métropole crée en France, la métropole Nice-Côte d’Azur est une identité qui couvre un tiers du département des Alpes-Maritimes en s’étendant de la mer au Mercantour. Elle est formée de 49 communes pour 358.000 habitants. Mais, et c’est là le problème, elle se dépeuple.

Pourquoi la population quitte la métropole ?

Ce sont des gens âgés.

La métropole compte plus de gens de plus de 65 ans que de jeunes de moins de 20 ans. La moitié des habitants a plus de 43 ans alors que la moyenne dans des territoires comparables est de 36. Cela explique d’ailleurs la politique niçoise basée sur la « silver économie » qui est devenue un important enjeu électoral. Mais les décès ne sont plus remplacés par une population nouvelle.

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La fiscalité augmente, la population diminue.

Jusqu’en 1990 la population de ce territoire croissait de 1% par an. Depuis 20 ans elle s’essouffle : en 5 ans la métropole a perdu 3.000 habitants. Cette baisse est surtout constatée sur la bande littorale qui réunit 85% de la population. Est-ce la pression fiscale qui en est la cause ? En effet on constate que 600 habitants partent chaque année pour s’installer tout près de là, soit dans la Communauté d'Agglomération de Sophia-Antipolis, soit vers la Communauté de Communes du Pays des Paillons, c’est à dire des territoires limitrophes.

On a assisté lors des municipales au fait que les dépenses de la ville de Nice n’avaient progressé que de 15% ; mais en échange, celles de la métropole ont explosé. La dette de chaque niçois est de 2.854 €, dont 1.737 € sont dus à la métropole ! Et les dépenses dues à cette dette financent, en fait, des infrastructures uniquement niçoises (tramway, gare, pasteur etc.)

L’emploi et les gros problèmes de la jeunesse.

Ce sont les jeunes qui pâtissent le plus des problèmes de la métropole. L’enseignement supérieur ne s’est pas développé comparativement aux autres métropoles : Toulouse ou Grenoble, par exemple ont vu s’installer de grands établissements scolaires, des écoles d’ingénieurs qui recrutent les étudiants à un niveau national, voire international. Ce n’est pas le cas sur la métropole niçoise.

Dès le premier emploi, les jeunes actifs quittent le territoire métropolitain, l’offre d’emploi y est très faible.

Des jeunes peu diplômés.

Le manque de lieux d’enseignements supérieurs entraine un niveau de formation peu élevé. Parmi les 15-29 ans, 15% sont sans diplôme et 10% sont inactifs. Ce sont des chiffres nettement plus élevés que dans les autres territoires comparables.

Le manque d’emplois qualifiés.

La métropole niçoise possède nettement moins de cadres que les autres territoires français : 15,3% de la population active contre 22,1% ailleurs. Peu d’emplois liés à la recherche, à la conception, aux prestations intellectuelles, au commerce de haut niveau, à la gestion et à la culture. Alors que ce type de poste a doublé dans des territoires comparables, il n’a augmenté que de 26% en vingt ans sur la métropole niçoise. Le seul espoir réside dans l’implantation de nouvelles entreprises dans la zone en cours de construction dans la plaine du Var.

L’habitat et les transports.

Les familles déménagent.

Les familles s’éloignent de plus en plus de la zone littorale pour rechercher une qualité de vie dans le moyen et haut pays. Elles recherchent également un habitat moins onéreux. En réalité ce ne sont que les familles monoparentales qui s’implantent dans la zone littorale car elles peuvent bénéficier plus facilement d’équipements sociaux. Ces déménagements entrainent de gros problèmes de transport.

Les logements sociaux.

Les habitants de la métropole ont un revenu particulièrement peu élevé. 81.000 habitants vivent dans un foyer géré par la CAF. Ces bas revenus sont particulièrement sensibles sur la ville de Nice.

Le problème est que la proportion de logements de type HLM est beaucoup plus faible que dans des territoires comparables (8,7% contre 16,3). Le logement social est devenu le principal enjeu de la métropole Nice-Côte d’Azur.

Les transports.

C’est le gros problème de la métropole du fait du déménagement des familles. Tous les jours l’autoroute est embouteillé à l’entrée ouest de Nice : 12.610 véhicules quittent la métropole pour aller travailler sur la communauté d'agglomération de Sophia-Antipolis. Parallèlement, 13.470 véhicules font le trajet inverse. Au même moment, 6.026 véhicules viennent des Pays des Paillons et 11.600 métropolitains partent travailler à Monaco. Ces échanges ne se font pas sur tout le territoire mais uniquement sur la bande littorale qui s’asphyxie deux fois par jour.

Conclusion : un territoire qui vieillit.

En 2030 il y a aura près de 30.000 habitants en plus de plus de 65 ans. C’est même là la seule population qui va augmenter et ils représenteront alors 28,1% de la population. Le nombre d’habitants de plus de 80 ans augmenterait parallèlement de plus de 30% et nombreux sont ceux qui vivront seuls. C’est là tout l’enjeu de la politique actuelle à laquelle vont devoir faire face nos gouvernants. Tous les équipements (logement, transports, social) vont devoir tenir compte de ce vieillissement de la population locale. La métropole Nice-Côte d’Azur ne risque-t-elle pas de devenir la plus grande maison de retraite de France ?

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

P.S. : les territoires comparables cités dans l’article sont les communautés urbaines de Bordeaux, Toulouse Métropole, Nantes Métropole, Strasbourg et Grenoble.

Dessin original : Claude Serre.

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