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Billet de blog 10 août 2017

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Pourquoi allons-nous détester Macron, empereur ?

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Il baisse dans les sondages ? Ce n’est pas terminé ; Emmanuel Macron a un gros défaut, il travaille.

Jacques Chirac élu pour son deuxième mandat en 2002 avec un score de dictateur africain (82,21%) va décider de ne rien faire. Il laissera aller les évènements sans ne prendre aucune décision et surtout sans tenir compte de l’électorat qui l’a porté à nouveau à la présidence.

Nicolas Sarkozy, avec un programme de rupture pléthorique, ne réalisera pratiquement rien si ce n’est de recevoir Kadhafi en grande pompe et s’échouera sur le fameux discours de Grenoble. Les effets d’annonces remplaceront l’efficacité.

François Hollande, élu lui aussi avec un programme impressionnant, attendra plus de deux ans pour commencer à le mettre en œuvre, et pendant ce temps là se contentera de comptabiliser les pertes de son prédécesseur.

Emmanuel Macron a compris que si l’on ne mettait pas en œuvre très vite ses promesses électorales, il serait vite trop tard. Il n’a pas cinq ans pour l’appliquer mais seulement quelques mois. Trois sont passés et le travail a été considérable. Pour cela il a mis en place deux outils : la communication et l’hyper-présidence.

L’image : c’est son principal atout. Beau gosse, jeune, dynamique, sportif, il utilise en permanence son image bien maitrisée comme le faisait en son temps Kennedy, mais sans abuser de sa vie personnelle comme le faisait Sarkozy. Tout passe par l’image : tennis en fauteuil handicapé, photo avec les enfants qui ne partent pas en vacances, embrassade avec Angela Merkel (avec des promesses européennes), serrage de main avec Trump, tenue de militaire (surprenant pour un homme qui n’a pas fait son service militaire), sourire permanent, Etc. L’avantage de ces images est qu’il n’y a pas en échange de communication verbale : déclaration au Congrès sans intervention des élus, pas d’interview à la télévision, pas de conférence de presse. L’image doit suffire.

L’hyper-président : les Français rêvent toujours d’avoir un roi pour diriger le pays, ils l’ont. Poussés par l’élection présidentielle ils ont offert au président une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Du coup on a un parlement mouton dont la majorité obéit aux ordres de Richard Ferrant. Très bientôt les élections sénatoriales mais peu importe puisque la chambre haute n’est pas décisive. Donc Macron règne et décide avec ses deux copains Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée et Ismaël Emelien son conseiller spécial (révélation du Monde du 7 août dernier). Tous les trois prennent les décisions présentées ensuite au gouvernement, car comme l’a voulu le général de Gaulle et comme l’a renforcé Nicolas Sarkozy, le pouvoir n’est pas chez le premier ministre à Matignon, mais bien à l’Elysée.

Contrairement à son image et à son apparence, Emmanuel Macron est un conservateur, mais un conservateur opportuniste. Il sait utiliser les évènements comme il l’a fait pendant la campagne électorale profitant de la médiocrité de ses concurrents. Sa « révolution démocratique profonde », celle qui doit réformer les institutions de la Vème République, est plus apparente que profonde. Le pourcentage de proportionnelle insufflée dans les scrutins ne changera rien ; la transparence des élus a surtout permis de sortir le MoDem de la majorité, la suppression de la taxe d’habitation renforce le pouvoir central du président. Et ces mesures, bien orchestrées en communication, vont dans le sens des souhaits du peuple.

Maintenant il y a également des fautes et l’une d’entre-elles risque de laisser des traces : la baisse de 5 euros de l’aide au logement. C’est l’exemple même d’une politique libérale qui profite aux plus riches au détriment des plus pauvres… Il va falloir au moins deux ans pour savoir si la politique d’Emmanuel Macron sera efficace et provoquera de la croissance pour le pays. Il vaudrait mieux car, en cas d’échec, l’hyper-présidence pourrait déraper vers l’autocratie. Tout le pari est là.

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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