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Billet de blog 23 févr. 2017

La droite ? La gauche ? Les fachos ? On avait oublié le centre !

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 La décision de François Bayrou a surpris. On sentait depuis longtemps que les points de convergence entre Emmanuel Macron et François Bayrou étaient réels : tous les deux libéraux, tous les deux européens, tous les deux au centre et même au centre droit. François Bayrou est un vrai centriste sincère et honnête. Mais sa proposition va au-delà de la simple campagne présidentielle.

 En 2007, François Bayrou, avec un score impressionnant au premier tour (18,6%), avait fait perdre Ségolène Royal et favorisait alors Nicolas Sarkozy. A l’élection suivante il annonçait qu’il allait voter pour François Hollande (et ne demandait pas à ses électeurs de faire de même, contrairement à ce que dit la droite), déçu par le quinquennat de Sarkozy. En réalité il est resté fidèle au centre, à ses idées, à ses convictions. C’est une attitude rare en politique aujourd’hui à ce niveau.

 S’il s’était présenté aux élections présidentielles cette année, il aurait fait probablement entre 5 et 7% des voix et paradoxalement favorisé le programme de Fillon qui, depuis l’intervention de Sarkozy, change tous les matins. En outre, vu l’état du MoDem, aurait-il eu les moyens d’assumer une campagne ? Son alliance avec Emmanuel Macron est assortie de conditions acceptées immédiatement par ce dernier.

-       Une dose de proportionnelle dans les élections : Bayrou a toujours dénoncé la non représentation des partis à l’Assemblée nationale, en particulier le Front national.

-       Une loi sur la moralisation de la vie publique, visant clairement le Pénélopegate.

-       Une «véritable alternance, un vrai changement des pratiques et des orientations», un peu global comme argument mais qui peut être efficace.

-       Enfin «La politique d’unité qu’il faut conduire fait toute sa place à ceux qui réussissent, mais elle doit protéger et entraîner, et rassurer ceux qui sont maintenus au bas de l’échelle». Attaque claire contre Fillon.

 Jusqu’à présent Macron inquiétait : sa quarantaine n’excusait pas certaines bévues et les quinze mesures qu’il a égrenées lors de ses meeting étaient masquées par les médias à cause de son côté christique. La communication a été son cheval de bataille, mais le fond était manquant. L’arrivée de François Bayrou peut réellement construire un programme plus solide, plus politique, plus épais. Macron pratique l’ambiguïté de François Hollande et même de Mitterrand : est-ce suffisant ?

 L’argument de François Bayrou est paradoxalement très gaulliste : En son temps le général argumentait toujours sur la peur du communisme, aujourd’hui Bayrou le fait sur la peur du fascisme que représente Le Pen. Il ne se présente pas pour sauver la France de cette situation. Cette attitude peut fonctionner, d’autant plus, qu’aux dires des sondages, l’élection va se jouer sur le premier tour et non pas sur le second. Mais cela déstabilise grandement le paysage politique : on n’est plus dans une alternance droite-gauche, en place depuis des lustres, et qui a permis à certains élus de se repaitre grassement, mais dans une alternance populistes-républicains.

 En effet, quand on voit Marine Le Pen applaudir Donald Trump ou le Brexit, quand on voit son programme totalement irréalisable où le fait même de quitter l’Union européenne peut engendrer 500.000 chômeurs supplémentaires et une dévaluation d’environ 25%, quand on voit l’attitude de sa base (30% du parti) raciste, ségrégationniste, xénophobe, on peut craindre pour l’avenir du pays.

 Impossible de s’allier, la gauche va disparaître, malgré le talent d’Hamon. L’UDI vient de se cocufier en maintenant son soutien à François Fillon et devient un simple appui électoral sans idées, dont le seul objectif est de sauver des postes aux législatives. La situation risque même de devenir rocambolesque si l’africain Borloo envoie un soutien à Macron. Hier, François de Rugy, député anciennement écologiste, puis socialiste, a apporté son soutien à Macron et a laissé tomber Benoît Hamon. Et ce ne serait pas terminé…

 Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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