Les Alpes-Maritimes basculent au Front national. Et la suite ?

 Ce n’est pas par hasard si la candidate Marine Le Pen organise son premier meeting de l’entre- deux tours à Nice jeudi prochain. C’est la première fois que le parti d’extrême-droite arrive en tête lors d’une élection dans les Alpes-Maritimes 27,75% pour Le Pen, 27,39% pour Fillon et 19,04% pour Macron. 2.105 voix d’écart entre la droite et l’extrême-droite, c’est significatif pour le département qualifié du plus sarkozyste de France.

Résultats Alpes-Maritimes Résultats Alpes-Maritimes

 Ce n’est pas Nice, Cannes, Antibes qui marquent la différence, mais Saint-Laurent-du Var (33,29%), Cagnes-sur-Mer (29,83%), Grasse (27,88%) et surtout Menton (32,45%). Il faut ajouter à cela une majorité de villages du haut-pays pour obtenir la majorité Fn. Ce n’est pas la première fois que le département vire au Fn ; en 2014 Jean-Marie Le Pen avait réalisé 33,23% pour les élections européennes dans le département.

 Comment, alors que François Fillon est souvent en tête, en est-on arrivé à cette situation ? Deux personnages de la droite sont responsables de cet état de fait. Christian Estrosi qui va soutenir Fillon du bout des lèvres, se fera siffler lors des meetings du candidat et accueillera Emmanuel Macron à l’hôtel de la région à Marseille. Prévoyait-il la catastrophe pour son parti et la droite ? Ensuite Eric Ciotti : présent en permanence dans les médias pour soutenir François Fillon, il va développer un langage tellement d’extrême-droite, que les électeurs vont préférer l’original à la copie. 

 Dès ce matin on entendait dire dans le département que certains électeurs de François Fillon allaient voter au Front national. L’éventuelle victoire d’Emmanuel Macron n’est pas du tout acquise dans les Alpes-Maritimes, d’autant plus que la gauche a obtenu des résultats médiocres, mis à part Jean-Luc Mélenchon qui ne prend pas de décision pour l’instant. Mais l’enjeu n’est plus dans la présidentielle mais vise les législatives. Trois circonscriptions peuvent se retrouver en position favorable pour le Fn.

 La Sixième : elle regroupe Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var et Vence. Lionnel Luca, député de la circonscription depuis 20 ans, doit faire face au cumul des mandats et ne se représenterait pas. Le score obtenu par le Fn sur ces communes laisse la porte ouverte à un candidat Fn.

 La Troisième : trois quartier du centre de Nice (Nice-8,10, 11, 13) et du nord-est de la ville avec Falicon, Saint-André-de-la-Roche (42,67% pour le Fn), La Trinité (40,76% pour le Fn). Elle est détenue par Rudy Salles depuis près de 30 ans. Son soutien sans faille à Christian Estrosi l’a éloigné des azuréens de son parti, l’UDI, au point de refuser des élections internes qui provoqueraient probablement son départ.

 La Quatrième : C’est la circonscription qui risque de basculer au Fn. Le 9 avril dernier, dans son article intitulé  Menton : une législative qui risque d’ouvrir la porte au FN., le Ficanas avait déjà démontré pourquoi le Front national allait emporter la circonscription avec Olivier Bettati. Les résultats du premier tour de la présidentielle le confirment et mettent même en difficulté le maire Jean-Claude Guibal qui compte se représenter à la mairie en 2020 (il aura alors 79 ans).

 En réalité c’est toute la région PACA qui a foncé au Front national, à l’exception des Hautes-Alpes qui ont voté Macron devant Mélenchon. Est-ce un échec de Christian Estrosi qui avait remporté les régionales mais qui avait oublié de faire la part belle depuis à la gauche ? Est-ce celui d’Eric Ciotti qui parle maintenant de « Cette campagne présidentielle détestable et nauséabonde », alors qu’il en est l’un des outils et qui ajoute « François Hollande aura donc gagné son pari, celui de se maintenir au pouvoir par procuration et par un faux-nez ». ?

 Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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