UMP : quatre années pour arriver à l’éclatement.

Il aura fallu quatre ans. Tout remonte au 30 juillet 2010 lorsqu’à Grenoble Nicolas Sarkozy, alors président de la République, prononce un discours sur les thèmes de la sécurité, de l’éducation, de la nationalité, de l’immigration et de la politique de la ville. Ce discours secoue alors la classe politique française et suscite des réactions très hostiles de la part des partis de gauche, mais également de droite et du centre : Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan, François Bayrou parlent d’un discours antirépublicain. Jean-Louis Borloo et Hervé Morin prennent leurs distances. Seul Jean-Marie Le Pen pousse Nicolas Sarkozy à passer des paroles aux actes.

Il est clair que nombreux sont les membres de l’UMP qui voient là un rapprochement éventuel entre la droite et l’extrême droite. C’est le début des dissensions au sein du parti qui vont s’amplifier avec les années, même si en apparence le mouvement paraît soudé autour du chef de l’Etat en campagne électorale. Pourtant cette ligne nationaliste incarnée par Patrick Buisson et Claude Guéant, au détriment de la ligne républicaine, apparaîtra dans le gouvernement Fillon III avec le départ des ministres centristes. L’échec des présidentielles va aggrave la situation.

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La forte poussée de l’extrême droite aux élections européennes, qui fait perdre 10 postes de député à l’UMP, et l’affaire Bygmalion, les mises en examen de diverses personnalités du parti, les rumeurs persistantes sur l’UMP et sa gestion, sont les détonateurs d’une situation où les électeurs ne se retrouvent plus. Même les élus semblent perdus. Le président Copé est démissionné, trois anciens premiers ministres essayent de sauver les meubles et les voix s’élèvent pour faire appel à l’UDI pour essayer de constituer un groupe politique éligible et crédible.

On oublie souvent que l’UMP n’est pas en réalité un parti, mais un ensemble de courants divers qui se sont réunis ; créé pour soutenir la candidature de Jacques Chirac, il réunit le RPR, Démocratie libérale, Ecologie bleue, le forum des républicains sociaux, le centre national des indépendants et paysans, le Parti radical et plus tard les membres de l’UDF qui vont quitter Bayrou. Depuis l’UDI a quitté le mouvement en 2012. Ce sont ces partis qui pour certains se trouvent mal à l’aise en voyant Nicolas Sarkozy s’éloigner de la ligne républicaine et gaulliste du mouvement.

Aujourd’hui la situation de l’ancien président de la République est devenue le véritable problème de l’UMP. Ses allers-retours, « je reviens » « je quitte la politique », créent de véritables dissensions, tandis que ses dauphins se battent pour acquérir le pouvoir. L’UMP c’est fini : il va réapparaitre sous un autre nom, celui-ci étant usé par ses échecs, mais il risque d’être scindé en deux avec les républicains qui iront vers le centre droit et les nationalistes qui appuieront l’extrême droite.

Christian Gallo  © Le Ficanas ®

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