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Billet de blog 1 sept. 2015

Kabila laisse mourir les enfants adoptés

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JOspeh Kabila © 

Les enfants adoptés par des étrangers ont été interdits de sortie du territoire par une décision du pays de Joseph Kabila, prise fin 2013. Depuis, plusieurs enfants et leurs parents adoptifs ont vécu des drames insupportables pour eux. Certains se sont vu obligés de se partager entre leurs enfants chez eux, aux Etats-Unis ou en Europe, et leurs enfants adoptifs en RDC, d’autres désespèrent de pouvoir enfin arriver à bout d’une situation qu’ils jugent incongrue et dénuée de tout bon sens.

Selon les informations officielles, il s’agit de 1300 enfants bloqués, alors qu’ils sont légalement adoptés, selon les lois de la République Démocratique du Congo. Des familles américaines, belges, italiennes et françaises attendent, tenaillées par le doute.

Le cas de Jenny est emblématique de ce drame. Elle est obligée de rester à Kinshasa pour ses deux enfants adoptifs de 3 et 6 ans, laissant aux USA son mari avec leurs deux filles biologiques. Le couple a du batailler dur pour avoir le droit d’adopter les deux enfants, après une année de vérification aux Etats-Unis. Cela fait trois ans que Jenny et son mari attendent. Avec les 1300 autres familles. « Quand j’étais aux États-Unis, les garçons me manquaient et quand je suis ici c’est les filles qui me manquent et mon mari. Nous sommes tiraillés entre les deux mondes ». C’est sans doute pareil pour tous les autres ». De tels propos n’atteindront certainement pas un régime refermé sur lui-même et défiant aussi bien son opposition, sensible à ce drame, que les pays occidentaux.

http://www.rfi.fr/afrique/20150818-enfants-adoption-familles-congo-temoignage.

Pourquoi la RDC a-t-elle empêché ces familles de se réunir ? Pourquoi un pays où l’adoption fait partie des pratiques ancestrales a-t-il subitement fait volte-face ?

La situation a changé en 2013, on le sait. Or c’est en cette année que la Direction générale des migrations est devenue partie prenante dans le processus d’adoption des enfants congolais par des étrangers, comme l’explique le cabinet juridique Yav&Associates. Une manière de pour le président de contourner la Justice, sans doute.

« En effet, par la lettre datée du 25 septembre 2013 référencée DG/DGM/330/DCPF/013, le Directeur Général de la Direction Générale des Migrations, suspend l’adoption en RDC » souligne le cabinet d’avocats congolais qui précise que « quelle que peut être la pertinence du constat, il y a vice de procédure car  le Directeur de Migration n’a pas qualité pour prendre une telle mesure dès lors que l’adoption internationale est assise sur une base juridique nationale et internationale ».  Surtout que l’adoption, en tant qu’institution juridique, « est régie par les conventions internationales ratifiées par la République Démocratique du Congo (RD Congo) et les textes légaux et réglementaires nationaux notamment : la Convention relative aux Droits de l’Enfant ratifiée par l’Ordonnance 90-048 du 21 août 1990; la Charte Africaine pour le Bien-être et Droits de l’Enfant; la Constitution en vigueur en RD Congo; la Loi 87/010 du 1er août 1987 portant Code de la Famille et la Loi 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ». 

http://www.legavox.fr/blog/yav-associates/question-suspension-adoption-internationale-congo-16394.htm#.VeVZJfl_Oko

Le Cabinet n’y va pas par quatre chemins, pour lui, la mesure de suspension prise par le Directeur général de migration « pêche par un excès de pouvoir en ce que d’abord, la matière d’adoption est du domaine de la loi, ensuite la DGM a outrepassé sa mission lui reconnue par le Décret-loi 002/2003 du 11 janvier 2003 portant création et organisation de la Direction Générale de Migration ». cette dernière est strictement « chargée des questions ayant trait à l’exécution de la politique du Gouvernement en matière d’immigration et d’émigration ; l’exécution sur le sol congolais, des lois et règlements sur l’immigration et l’émigration ; la police des étrangers ; la police des frontières ; la délivrance du passeport ordinaire aux nationaux et des visas aux étrangers ; la collaboration dans la recherche des criminels et malfaiteurs ou des personnes suspectes signalées par l’Organisation internationale INTERPOL (article 3) ».   Voilà qui résout le problème juridique posé par cette décision que beaucoup qualifient d’inhumaine.

Les autorités congolaises, quant à elles, justifient leur décision par le fait qu’il y ait un trafic d’enfants, agrémenté de pratiques illégales et que l’adoption d’enfants a été transférée, dans certains cas, à des couples homosexuels.

Résultat, des familles dans l’attente et un collectif qui essaie de faire face. « C’est un drame pour les enfants et les parents adoptants. Ce qu’on veut, c’est obtenir le soutien des autorités, organiser un pont humanitaire pour protéger les enfants, le temps que cette crise soit réglée. Nous espérons une mobilisation de la classe politique », déclarait un membre de ce collectif le 12 août dernier.

Résultat encore plus grave, des enfants ont été retenus dans des orphelinats manquant de tout, au grand désespoir de leurs parents adoptants. « Une dizaine d’enfants sont morts en 2015, pour rien, dans une indifférence quasi-totale », déplore le représentant du collectif.  

« Si le souci du Directeur de la DGM est celui de sauvegarder l’intérêt de l’enfant, il sied pour la RD. Congo d’instituer les mécanismes d’adoption et de post-adoption au regard de la Convention Internationale de la Haye sur l’adoption internationale du 29 mai 1993, qu’il sied de ratifier  et non de placer ces mêmes enfants - que l’on prétend protéger dans une situation d’insécurité manifestement voulue et/ou entretenue contraire à tout Etat de droit », conclut le cabinet d’avocats.

Les Observateurs qui n’ont été étonnés qu’à moitié par cette décision, pensent qu’il y a une explication politique. Joseph Kabila, le président, se trouve dans une situation difficile. Il est sur le point de terminer ses deux mandats, autorisés par la constitution, mais ne se décide pas à partir.

Il veut un troisième mandat et tente de modifier l’article de la constitution responsable de son  empêchement. L’opposition, très bien mobilisée, refuse de le suivre. Il y a eu des morts lors de manifestations contre la réforme constitutionnelle. Les pays occidentaux, les Etats-Unis et la France en tête, ont clairement fixé leur position de respect de la constitution, ce qui n’a pas plu à Joseph Kabila. Il s’est exprimé à plusieurs reprises, par porte-parole interposé, fustigeant l’ingérence étrangères dans les affaires de la RDC.

Ainsi, l’affaire de l’adoption est apparue comme une mesure de rétorsion contre les pays qui ont osé conseiller à Kabila de laisser la place à un autre président. Ainsi, penserait Kabila, les familles feraient pression sur leurs gouvernements qui demanderaient à la RDC, en fait à Kabila, de dénouer la situation. Or, les chancelleries occidentales n’ont pas voulu intervenir, comme l’avait déjà exprimé le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius.

Et si ce n’était qu’une affaire de gros sous ? Selon Démocratie chrétienne, qui cite le quotidien italien Libero, la RDC, (qui au juste ?), aurait demandé 250.000 dollars pour la « libération » des enfants adoptés.  

http://www.blitzquotidiano.it/rassegna-stampa/libero-50mila-euro-mandati-letta-congo-1766936/

La situation est tellement confuse que les parents adoptants ne croient pas beaucoup à une sortie de crise en faveur des enfants. Pour eux, Joseph Kabila « préfère laisser mourir les enfants adoptés plutôt que permettre aux familles adoptives de prendre soin d’eux ».

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