Zimbabwe, le pays des milliardaires pauvres

Robert Mugabe Robert Mugabe
Le 2 novembre dernier, Mabasa Sasa, le rédacteur en chef du Sunday Mail a été arrêté par la police avec deux autres journalistes. Leur crime ? Ils ont publié un article qui accuse des policiers et des employés d’un parc naturel de braconnage de 60 éléphants. Ils ont assuré avoir découvert 22 carcasses d’éléphants dans la zone de Sinamatela.

Selon la porte-parole de la police, citée par les médias, ces journalistes « sont accusés d’avoir publié des fausses informations préjudiciables à l’État ». Dans le pays de Robert Mugabe, on emprisonne d’abord et on pose les questions en suite. Le président qui va sur ses 92 ans n’est pas arrivé à instaurer un mode de gouvernance démocratique qui garantisse la liberté d’expression. L’a-t-il jamais voulu. Les médias parlent de plus en plus du développement de d’Afrique le qualifiant d’Eldorado des investisseurs. On est bien obligé de croire que cela n’est pas valable pour tout le monde.

Pour le directeur de l’ONG Voluntary Media Council of Zimbabwe, (Conseil bénévol des médias du Zimbabwe), « cette triple arrestation est barbare . C’est une violation de la Constitution, qui garantit la liberté d’expression». Une démocratie propre à Robert Mugabe que rien n’est parvenu à faire lâcher le pouvoir. Même pas la situation économique déplorable dans laquelle le pays est plongé. Le dollar zimbabwéen est au plus profond, il en faut 35 millions pour obtenir un dollar américain.

La banque centrale qui n’en peut plus a décidé de démonétiser la monnaie nationale. Il n’est plus possible de l’utiliser dans les échanges. Un billet de 100 mille milliards, la plus grosse coupure, ne permet même pas d’acheter un simple ticket de bus.
Sur  les réseaux sociaux, surtout kenyans, on s’en amuse : « Mpesa (le service de paiement par texto kényan) ne peut pas être utilisé au Zimbabwe, le téléphone n’a pas la place pour des zillions de zéro », tweet un internaute.

La descente aux enfers de la monnaie du Zimbabwe a des causes bien précises. La mauvaise gestion de l’économie du pays aux 14 millions d’habitants. Et ça dure depuis 2000 lorsque le gouvernement de Mugabe a confisqué, pour des considérations électoralistes, les terres des fermiers blancs. Du coup les investisseurs ont reculé, plus un dollar ne peut être investi sans crainte.

Pour sortir de la crise, le président a fait tourner la planche à billet et mis en circulation la coupure de 100.000 milliards de dollars. Tous les citoyens doivent être experts comptables pour savoir compter. Selon le FMI, cette année, l’inflation a été de 500 milliards pour cent.

Les crimes contre l’humanité existent mais pas, ou pas encore, les crimes contre l’économie. Quel pays pourrait vivre avec une inflation qu’on n’arrive même pas à imaginer. Pour notre chère France qui se plaint lorsque l’inflation dépasse 2%, le Zimbabwe doit lui paraître venu d’un autre univers.

Le Guinness book devrait retenir Mugabe comme le président qui a battu le record universel de l’inflation. Il devrait aussi être pris en exemple pour expliquer aux jeunes générations pourquoi l’Afrique a tant de mal à se développer.

Ce que fait le président Mugabe avec la monnaie, il le fait avec les droits humains, c’es-à-dire avec une déconcertante légèreté. Et l’Europe, qui s’appuie sur les rapports accablants des  associations de défense des droits de l’homme, a eu plusieurs fois l’occasion de le mettre en garde.

 

 

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