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Billet de blog 17 nov. 2011

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C’EST PAS UNE VIE !

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 Monsieur le Préfet,

Le Collectif des Travailleurs Sans Papiers d'Indre-et-Loire (Collectif TSP 37), composé pour l'heure d'un peu plus de 20 personnes, a décidé, le vendredi 4 novembre, de manifester publiquement son existence et ses revendications par un premier dépôt de demandes de régularisation, qui sera suivi d'un deuxième le 17 novembre. Deux communiqués de presse successifs de la Préfecture d'Indre-et-Loire, publiés le 5 novembre et le 9 novembre dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, montrent que notre situation exacte reste fort mal comprise de vos services, malgré les informations précises qui ont été données au Chef de Cabinet adjoint qui nous a reçus le 4 novembre avant notre manifestation.

C'est pourquoi nous pensons indispensable de rappeler les difficultés de tous ordres qui font notre quotidien depuis que ce que nous avions commencé à construire ici s'est effondré, du seul fait de votre refus de nous renouveler nos cartes de séjour.

Soudain tout a basculé !

Nous sommes devenus des « indésirables », nous vivons dans l'angoisse constante d'être arrêtés ; trois d'entre nous ont été envoyés en centre de rétention, l'un en avril dernier ; l'autre en octobre ; le troisième il y a 5 jours. Ils ont été finalement libérés tous les trois, sans pour autant être soulagés de l'angoisse permanente de l'expulsion vers les pays qu'ils ont fuis, angoisse que nous ressentons tous.

On nous traite comme des délinquants, des criminels, bons à alimenter la machine à faire du chiffre et à remplir les quotas d'expulsion, quel qu'en soit le coût humain. A la fin de l'été, l'un d'entre nous n'a pas supporté de n'avoir comme alternative que le retour vers l'enfer auquel il croyait avoir échappé, ou le basculement dans la misère et la mort lente dans la rue. A son suicide, nous pensons tous, - tous les jours. A tout moment nous nous sentons traqués. Nos nuits sont une longue insomnie. Nos rêves sont des cauchemars. Et au matin, toujours les mêmes questions : allons-nous pouvoir manger à notre faim ? Comment ne pas se faire repérer ? Où trouver un lieu sûr ? Cette menace perpétuelle sur nos têtes, finalement, n'est-ce pas le moyen de nous pousser vers la sortie ?

Nous rendre la vie intenable ici, n'est-ce pas la meilleure arme de la machine à expulser ? Car ce que vous appelez « l'aide au retour » (on nous promet jusqu'à 2000 euros), nous n'en voulons pas ! Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi un tel pactole ne nous intéresse pas ? Pourquoi les demandeurs d'asile déboutés ne retournent-ils pas « chez eux » alors qu'on leur promet des poches pleines ? La réponse est très simple : nous ne voulons pas rentrer « chez nous », car nous ne voulons pas y revivre ce que nous avons subi. « Chez nous », maintenant, c'est ici !

« On bosse ici, on vit ici, on reste ici !»

Ce slogan peint sur la banderole qui symbolise notre mouvement, nous allons, Monsieur le Préfet, vous expliquer ce qu'il veut dire.

Nous sommes en France depuis 3, 4, 5 ans et même plus pour certains d'entre nous. Demandeurs d'asile, le premier choc que nous avons subi fut de nous voir refuser le statut de réfugiés. Ne pas voir reconnues les persécutions, les souffrances, voire les tortures subies, lors même qu'elles ont laissé des traces toujours sensibles dans nos corps et nos esprits, c'est en soi une épreuve terrible.

Il nous a ensuite été possible de déposer des demandes d'autorisations de séjour pour raison de santé. C'est alors que nous furent délivrées, plusieurs années de suite, des titres de séjour « Vie privée et familiale » qui nous autorisaient à travailler. C'était pour nous comme une compensation, qui est venue atténuer les conséquences du déni de nos souffrances passées. Nous avons alors cherché du travail. Nous avons accepté d'occuper ces emplois pour lesquels les entreprises peinent à recruter : travail dans le bâtiment, le nettoyage, la sécurité etc. Les sociétés d'intérim savaient qu'elles pouvaient compter sur notre disponibilité et notre mobilité. Nous avons payé notre part d'impôts et de cotisations sociales, contribuant ainsi au financement de nos dépenses de santé. Nous avons eu accès au logement. Nous avons progressivement reconstruit notre vie professionnelle, sociale et privée ici. Certains d'entre nous ont trouvé ici leur compagne ou leur compagnon, éduquent ici leurs enfants. Après tant d'épreuves, d'instabilité, de difficultés accumulées, nous osons vous le dire : nous voulons rester vivre en France !

Monsieur le préfet, comme nous venons de le montrer, nous ne sommes pas "des personnes qui se maintiennent de manière irrégulière sur le territoire au seul motif qu'ils ont, pendant l'instruction de leurs dossiers, bénéficié d'un droit au travail".

C'est pourquoi nous vous demandons, à vous, parce que vous en avez le pouvoir, d'annuler les décisions par lesquelles vous voulez nous chasser, et nous vous demandons de nous « régulariser ».

C'est la raison pour laquelle nous allons faire un deuxième dépôt de demandes de régularisation, le jeudi 17 novembre à 18 h devant la préfecture et nous invitons tous ceux qui sont solidaires de notre démarche à nous y rejoindre.

Le Collectif des Travailleurs Sans Papiers d'Indre et Loire

Le 15 novembre 2011

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