Rien à cacher : la France sous surveillance

Est-ce que vous accepteriez d’être en prison pour n’avoir rien fait ? Drôle de question me diriez-vous. Terrorisme, virus, criminels. Pour faire face à ces dangers, de nombreux outils sont mis en place : la vidéosurveillance, des applications et de la surveillance généralisée sur internet. Si pour certains ces outils posent des problèmes éthiques, pour d’autres ils sont là pour nous protéger.

Je n'ai rien à cacher

 

De qui nous protègent les outils ? En théorie, de ceux qui sont vraiment dangereux : un terroriste qui sera reconnu sur les image de vidéosurveillance, quelqu’un qui recherche comment fabriquer une bombe sur internet, etc. C’est ce qui est mis en avant par les politiques qui mettent en place ces outils. Sauf qu’en réalité, une personne qui ne veut pas être filmée dans la rue va faire en sorte de ne pas être reconnue (casquettes, lunettes, etc). De même, une personne qui veut faire des recherches « douteuses » sur internet va utiliser des outils comme le réseau Tor pour ne pas être détecté. C’est ainsi que le poste de commandement de la police de Nice a vu, en juillet 2016, le camion monter sur le trottoir en direct sur les écrans de surveillance, sans ne  pouvoir rien faire. Dans cette situation, la « vidéoprotection » a-t-elle protégé quelqu’un ? Non. Elle a juste permis de visionner les images, en direct et par la suite. Elle n’a permis ni d’anticiper, ni d’empêcher le drame.

 

Les outils ne fonctionnant pas, il faut, selon ceux qui les mettent en place, aller plus loin. C’est ainsi que la reconnaissance faciale est en test à Nice. Tous les habitants et les visiteurs de la ville verrons alors leurs déplacements surveillés. En effet, si les outils actuels ne permettent pas de lutter efficacement, c’est parce qu’ils ne vont pas assez loin. Si de telles méthodes sont déployées, c’est pour protéger les citoyens qui ont rien à cacher.

Cependant, si la cible initiale de ces outils parvient à les éviter, il faut trouver une nouvelle cible pour en justifier l’efficacité. C’est ainsi que les films sont utilisés pour lutter non plus contre les crimes, mais contre les délits. Par exemple, la police va pouvoir envoyer une équipe si un jeune tague sur un mur ou vole un vélo en libre service. Et grâce à la surveillance numérique, un jeune qui télécharge des films va pouvoir être sanctionné.

 

Mais qu’est ce qui détermine si nous avons quelque chose à cacher ? Dois-je arrêter de traverser au rouge, faire un excès de vitesse de 3 km/h et me méfier de ce que fais sur internet ? La surveillance généralisée peut permettre de récupérer le contenu de vos conversation en ligne ; vos propos d’aujourd’hui pourront être réutilisés et interprétés demain. Si vous êtes d’accord pour que la France surveille ce que vous faites sur internet, êtes vous d’accord pour que le facteur ouvre votre courrier ? Si je fais confiance aux politiques actuels, qu’en sera-t-il si un gouvernement fasciste prend le pouvoir ?

Certains acceptent de céder de la liberté pour plus de sécurité. Accepteriez-vous d’être en prison pour n’avoir rien fait ? Et si les gens qui n’ont rien à se reprocher étaient ceux que l’on mettait en prison, pour les protéger ? Si aujourd'hui vous acceptez d'être filmé, surveillé, écouté, filmé, pourquoi ne pas accepter d'être dans un endroit totalement sous surveillance, à l'intérieur duquel il n'y aurait que les citoyens n'ayant rien à se reprocher ? L'idée semble folle, pourtant, en acceptant tous ces outils, nous acceptons de nous sentir comme dans un panoptique : surveillés constamment sans savoir si c'est réellement le cas.

 

Les libertés fondent, la surveillance grimpe. Reconnaissance faciale, drones et applications sont autant d'outils qui nous placent à chaque fois un peu plus sous surveillance. Sans réaction, le gouvernement pourrait transformer 2020 en 1984.

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