Les zigouilleurs à la petite semaine

Non mais, vous les avez vus, ces fiers défenseurs de l'écologie radicale, drapés dans leur mépris profond de ceux qui ne pensent pas comme eux ? Hier, pas de mots assez durs pour fustiger François de Rugy, à peine nommé en remplacement de Nicolas Hulot.

Dire que je ne supporte plus ces donneurs de leçons pour les avoir un temps, trop fréquenté est en dessous de la vérité. Le gauchiste possède une haute idée de lui-même. Il est persuadé d'avoir raison avant tout le monde et que la révolution gronde souterrainement. Mieux, qu'elle finira par éclater, puisque, c'est évident, la vérité n'est pas ailleurs mais l'accompagne. Au coeur d'un été auvergnat, j'avais assisté à une conférence de Frédéric Lordon, sous un chapiteau caniculaire, voilà quelques années. Le génie de l'économiste m'avait peu frappé, moins visible que la haute considération qu'il avait de lui-même. Dans ce patelin au nom poétique, où l'ancien maire communiste a depuis généreusement laissé sa place à son fiston et où l'éphémère mouvement Nuit Debout a esquissé son brouillon, le public acquis benoîtement à l'orateur déplorait déjà que la majorité ne pense pas comme lui et n'envisage pas la révolution. J'ai assisté ainsi plusieurs années à un nombre incalculable de réunions et de séminaires pendant lesquels la gauche se regardait le nombril en se questionnant sur elle-même. Des discours forts, des engagements solides et... un comportement minable et à l'opposé des déclarations au quotidien. Exactement ce qu'ils reprochent aujourd'hui à Macron et son équipe. La vie politique française est un éternel recommencement...

Longtemps, j'ai suivi leurs turpitudes. Membre d'un bureau régional d'un parti écologiste désormais aussi spectral que ridicule, j'avais aidé les gauchistes locaux à virer l'équipe en place en espérant de leur part un comportement moins tricheur. Hélas. Il n'a pas fallu six mois à ces révolutionnaires ruraux et avant tout préoccupés par eux-mêmes pour adopter les mêmes attitudes que l'équipe virée. Le mouvement est juste passé d'une PME familiale à une PME interpotes. Infoutus de populariser leurs thèses, perclus dans leurs lâchetés et copinages, couvrant jusqu'au désastre leurs amis aux comportements exaltés, heureux de représenter un parti microscopique. Représenter un parti, fut-il confidentiel, permet à certains de plastronner dans leur village. Sans aucune efficacité. Ni crédibilité. Même dans leur patelin, leur lâcheté hypocrite et leur gloubi-boulga verbal  ne font pas illusion longtemps. Un mandat, pas plus.

Pour revenir à l'actualité, il est vrai que le parcours de François de Rugy peut paraître chaotique. Les Verts, EELV, son parti perso microscopique, les primaires de la gauche, En Marche... Une fois Benoît Hamon vainqueur de la primaire - ce pote de l'enfin disparue Cécile Duflot, qui vouait à Rugy une haine débile - vouliez-vous qu'il lui prête allégeance ?  Certes, le programme de Hamon était le plus écologiste de la présidentielle de 2017. Mais comment faire confiance à un artiste de la combine ?

En France, il faudra aux partisans du nucléaire une catastrophe pour changer d'avis. Pas moins. A Reims, ville d'origine du Président de la République, les chasseurs ont pignon sur canal. Car ils existent, les pro-nucléaires, les viandards et les chasseurs. Une réalité qu'à force de godiller dans l'entre-soi écolo, de manif en marche et en goûter bio partagé, le militant écologiste de base, oublie la réalité, trop fier d'appartenir à une minorité éclairée. Par idéologie, le gauchiste radical se ment à lui-même, refusant tripalement de considérer  des évidences. Peu ouvert à la remise en question, comme au dialogue, ce dernier s'impose ou tente de le faire par la brutalité ou l'humiliation de l'autre.

François de Rugy a toujours défrisé l'écologiste révolutionnaire radical. Poli et en costume -ce qui est suspect - il n'a jamais caché sa volonté de faire carrière en politique, ce qui pousse au compromis. Vous m'excuserez de penser qu'un type bosseur, obstiné et aux convictions écologistes réelles, rompu à la négociation, peut dans un monde macronien obtenir des choses. En bousculant les petits privilèges de ses camarades à l'Assemblée, il s'est attiré quelques haines féroces de la part de membres de sa propre majorité. Ceux qui peinent à imaginer un pouvoir parlementaire parfois distant de la vista présidentielle. A l'heure où le monde macronien, du moindre comité En Marche au cabinet présidentiel se verrouille davantage, perdant l'énergie et l'imagination qui ont permis son avènement, il reste à espérer que le président qu'on a élu soit conscient de ses lacunes. Histoire de limiter les dégâts.

Quant  à l'écologiste radical, voilà quelques dizaines d'années qu'il espère une révolution qui ne viendra jamais. A moins qu'elle ne s'installe petit à petit dans les têtes des citoyens. Des citoyens plus intelligents que ne l'estiment ces militants radicaux qui crient et croient détenir la vérité. On ne convainct jamais les intelligences de demain, sur le long terme, avec des méthodes arriérées.

 

 

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