Jiminy Cricket, Vincent, François et les autres...

Vincent Peillon est candidat à la présidentielle. A la primaire du PS and co. Un "oui" dominical, énergique et soufflant lâché face à un blond dépeigné qui en a lâché son stylo. La faute au grillon.

Eglise de Saint-Point, Saône-et-Loire, Lamartine Eglise de Saint-Point, Saône-et-Loire, Lamartine
Face à un Elkabbach sur le départ, qui une dernière fois ce vendredi matin, visait à démasquer un complot gauchiste derrière sa candidature, Vincent Peillon a tout d'abord parlé de Jiminy Cricket. Sa conscience. L'irruption du grillon sauteur affole tout le monde, mais il sait guider les marionnettes sans en être une. La bestiole a du ressort. Cool

Car, fin novembre, au chaud dans un sous-sol de la rue d'Ulm, cadenassé par la paranoïa présidentielle et ministérielle par moments, Vincent discourait sur l'estrade avec Pierre Rosanvallon à l'issue d'une journée ou des têtes bien pleines de Cambridge, la Sorbonne, Princeton, Florence colloquaient de "Modernités Républicaines". Comment la -les- République(s) a résisté, résiste et résistera à travers les âges, à l'exil, au fil des cultures, à travers les frontières.

Cool, en jeans, la moue professorale quand il déchiffrait les plans d'exposés de ses collègues universitaires, la question pertinente à l'issue des interventions, Vincent Peillon était ailleurs. Hors de la dinguerie actuelle de la course à l'échalotte élyséenne, dans laquelle il a replongé dimanche. "Franchement, tu n'y vas pas, c'est fini pour toi ?" avais-je tenté, le jeudi midi, affligée par le match de dangerosités violentes et complémentaires Valls-Montebourg qu'on nous annonçait. Non, Vincent n'y allait pas, il avait tourné la page, en avait écrit des centaines d'autres, et annoté des milliers. "Dommage, avais-je ajouté, mais bon, ils sont tous dingues!". Il avait l'air d'accord avec ce bête constat, content, bien dans sa vie, dynamique et trimbalant comme d'habitude une colère sourde face à la bêtise du monde qui va,  ravi de suivre les premiers travaux d'un centre de recherches qu'il avait contribué à lancer.

C'était compter sans François. François, le président de la République - il l'est toujours mais personne n'en parle plus, vous avez remarqué ? Le ballet des pupitres élyséens gigotait sur la scène le lendemain vendredi et enfoncés dans nos fauteuils rouge, garnis soudainement par une horde de jeunes à smartphones, nous l'avons vu arriver, droit sur le pupitre. François avait l'air soucieux. Il a commencé son discours, sans passion, humble devant les valeurs de la République. Son texte n'était pas inintéressant mais comment dire, il est difficile, même pour un Président, d'être plus passionnant qu'une tablée de chercheurs internationaux. Chose rare, chez Hollande, pour qui l'a entendu en meeting ou dans un endroit sec, plusieurs balbutiements et bafouillages. "Tiens", (me disais-je en pensant au bouquin de Daviet et Lhomme que j'avais été incapable de finir, bloquée à la page 412 par une citation de Kundera : "La première trahison est irréparable"), "le président n'est pas du matin". Et Hollande était reparti, son pupitre et ses drapeaux vite repliés dans le couloir, après avoir salué doctement  l'équipe organisatrice et trois selfies avec des fans de moins de 25 ans.

Vincent n'était pas dans la salle lors du discours. Le président a eu l'air, à un moment, de le chercher des yeux. Il avait troussé une phrase bien sentie, improvisée ou griffonnée  pour son ancien ministre.: "Il y a ceux qui arrêtent la politique et écrivent des romans". Flop total.  Café au Rostand, balade au Luxembourg, bouquin à trouver chez Gibert, piscine providentielle ? Vincent était encore ailleurs. Surtout pas aux pieds du Président. Loin.  Il est arrivé bien après le branle-bas présidentiel, tranquille, pour suivre une intervention certes hollandaise, mais centrée Provinces unies du XVIIe, et poser une question. La veille, dans sa communication savante, il dissertait sur l'écart obligé entre la pensée et l'action. Une déception permanente, puisqu'il ne peut avoir de coïncidence totale entre réel et idéal, et même avec l'idée. Je regardais discourir Hollande ce vendredi matin-là, une semaine avant qu'il renonce à recandidater et, écologiste incorrigiblement critique, je me demandais s'il y avait encore déception entre l'idée proclamée et l'indécision chronique...

Rentrée dans mon nid parigot, à deux pas de la Belle Equipe dont la terrasse revit, j'estimais avoir vu assez de vedettes pour un séjour à la capitale. C'était compter sans Suzanne, une amie bourguignonne curieuse de tout. "Surprise !" me dit-elle. "Figure-toi que les conférences à l'Académie des Sciences où je voulais t'emmener ont renvoyé un mail pour demander si on ne pouvait pas venir plus tôt pour une table ronde avec Manuel Valls. J'ai dit oui, moi ça m'amuse de voir le Premier ministre. " Moi nettement moins mais suivons le mouvement...

Le lendemain matin, coincées sous la coupole sobre et imposante de l'Académie des Sciences, en attendant les vrais chercheurs, on s'est donc amusé en écoutant l' interview de Manuel par des jeunes étudiants. Menton fier, front volontaire, candidature en pointillés, crime prémédité déjà opérationnel, emballé dans un hommage à la culture scientifique dans un discours sans surprise. Autant François, la veille, était en berne, autant lui, ce samedi matin, était en veille. Il n'a pas forcément lâché des choses inintéressantes, mais à part son commentaire sur la mort de Castro, j'ai oublié. Je n'imprime jamais le Manuel, c'est plus fort que moi. Je préfère l'intellectuel.

Deux jours plus tard, après la soutenance de thèse d'un de mes vieux potes, cause principale de ma visite parisienne, j'ai repris mon TER Bourgogne à Bercy. J'ai croisé, en trois jours, trois hommes de pouvoir cotoyés jadis, quand je militais dans leur agonisant parti. Comme d'habitude, quand je voyage en train, l'oeil capté par les arbres qui courent, j'espère un sens caché aux coincidences. Aux rencontres annoncées, à celles pressenties et à celles de dernière minute. Une intrigue en trois actes, tournée d'adieux aux illusions militantes d'un autre âge.  Le spectacle me semblait définitivement clos.

C'était sans compter sur Jiminy...

FG

Quant au mois de janvier, je le dis sans aucune arrière-pensée socialiste, il ferait mieux de couler sans dégâts. Et comme Alphonse de L. le soufflait à Louis B. dans les années cinquante : "ça m'amuserait que le petit Catalan et le grand Bressan ne dépassent point la Saint-Gildas. Mais c'est une pensée primaire."

On peut, en revanche, jusqu'à la Saint-Gildas cliquer là : Vincent Peillon 2017 http://www.vp2017.fr/

 

 

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