Pourquoi je voterai Vincent Peillon à la primaire de gauche

J'irai voter Vincent Peillon au premier puis j'espère au deuxième tour de la primaire de gauche. Pourquoi, même totalement dégoûtée de la politique politicienne et du PS, j'ai décidé de soutenir sa candidature.

Il y a de bonnes et de mauvaises surprises. Pour moi, l'annonce de la candidature de Vincent Peillon à la primaire de la gauche, compétition qu'on affuble des noms les plus fantaisistes tant la notion de gauche est devenue floue sous Hollande, fait partie des bonnes.

POURQUOI

Ancienne militante PS de 2006 à 2009, puis Europe Ecologie de 2010 à 2014, j'ai accumulé un dégoût profond de la vie partidaire et de ses médiocrités pour ne pas rempiler dans je ne sais quelle formation politique jusqu'à mon 90e anniversaire. J'en ai bientôt cinquante. A 36 ans passés, je suis devenue dircab par intérim puis dircab adjointe d'un maire socialiste, ex-ministre de Jospin et Rocard. Un bosseur, un vrai qui a ficelé plusieurs lois fortes et techniques alors qu'il était député et a su donner à sa ville un souffle assez fort dont la droite profite aujourd'hui. J'ai alors découvert un univers assez peu reluisant de comportements humains médiocres, des humains rendus dingues par la proximité de l'exercice du pouvoir. Même municipal.

Adhérer à un parti politique pour défendre des idées, quand on n'a aucune envie d'être candidate à quoi que ce soit comme je l'ai été est une vraie lessiveuse et un nid de déceptions. Un séjour prolongé transforme le plus sucré des bisounours en paranoïaque léger ou misanthrope profond. Pour survivre dans ce milieu, s' y faire élire et réélire, il faut tricher et être passablement hypocrite, sinon prendre l'autre pour un con. L'autre, le citoyen, n'est pas forcément un con. Même s'il peut l'être à certains moments. Mais pour se valoriser, quand on est faible comme le sont la plupart des apparatchiks de tout âge, il est de bon ton d'accabler l'électeur et de s'autoproclamer plus intelligent que lui.

Militante deux ans en Saône-et-Loire au temps de la gloriole présidentielle départementale de Montebourg, j'ai été confrontée à des petits tueurs d'une mafia rurale aussi écervelée que méchante. Rumeurs, inventions, combines, tricheries de tout acabit pour permetttre au roitelet et à sa cour de ne pas être inquiétés, même par les militants désintéressés, sont légion. Ces gens-là ne sont ni utiles ni intéressants. Ils se vautrent dans la prostitution morale qu'engendre les fiefs. Ils s'autoproclament génie politique de canton ou d'arrondissement, en tablant sur la menace et le chantage auprès des autres militants. Pour exister, il faut servir, utiliser et surtout ne pas penser, ni réfléchir. L'intelligence ou même la sympathie que peuvent dégager l'autre sont des dangers redoutables pour ces Poutine de poulailler socialiste.

En France, on peut devenir sénateur en trimbalant son incompétence de rumeur dégueulasse en réunion déplacée à  la dernière minute. Occuper l'espace en ne rien faisant, sinon humilier l'autre pour imiter le seigneur-génie autoproclamé devant lequel on tremble. Le temps que son mentor, c'est promis, devienne président de la République ou du moins, essaie. Il est ahurissant de voir ces zozos en "responsabilités électives". Parce que tout finit par se savoir et qu'on emporte toujours sa bassesse morale avec soi, jusqu'à monter des traquenards à la sortie des cimetières. Qu'un prétendant au poste suprême, qui laisse localement ses "gaaars" et ses "biquettes" se comporter de façon aussi honteuse ne mérite ni bulletin ni considération.

PARCE QUE

Et puis voilà que Vincent Peillon se décide à concourir. Lui qui était passé à autre chose, après deux ans et demi de recul, d'écriture. On n'arrête pas d'être un citoyen éclairé, ou un élu intelligent quand on l'est déjà.

La médiocrité du personnel politique socialiste et les luttes débilitantes ont enterré ce parti. Si tout est fichu, prévu d'avance, si François Fillon est déjà elyséen, pourquoi  sortir de sa retraite intellectuelle romancière et républicaine pour replonger dans ce milieu corrosif et désolant du politiquement incorrect ? Pourquoi se faire suer ?

Parce que l'intelligence, la bienveillance et la solidarité ne sont pas des luxes et qu'on en a besoin. Parce qu'une dernière course celle de la dernière chance, pour recoller ensemble les frères ennemis hors primaire reste encore possible jusqu'au premier tour de la Présidentielle. Parce qu'en 2009 à Marseille, au Prado,  j'ai entrevu grâce au boulot de rassembleur de Peillon, la possibilité de virer du pouvoir Sarkozy via un attelage inédit et fragile et qu'il peut le refaire. Parce que ce rassemblement - certes informel - de Bayrou à Méluche, a finalement poussé Sarkozy dehors en 2012. Parce qu'un philosophe peut être suffisamment idéaliste et désabusé pour tenter l'impossible. Et le réussir. Et qu'on a, les zouzous, strictement rien à perdre à essayer. Parce que la victoire de Peillon à la primaire n'est que la première étape pour éviter un désastre collectif d'une gauche en voie d'évaporation. 

Parce qu'un monde de brutes n'appelle pas forcément à se comporter comme un tueur ou un nervi perpétuellement en guerre. Parce que tout peut être conciliable, y compris les contraires,  à condition de s'en donner les moyens. Parce que tisser des ponts et des passerelles entre les gens est plus sacré et ardu que de pointer et d'attiser des clivages. Parce que Benoît est certes devenu écolo et socialement solidaire mais n'a ni la carrure ni les ressources diplomatiques pour un boulot aussi ingrat de recollage de morceaux.

Parce que 5% des suffrages recueillis à un scrutin interne et un savoir-faire réel de com' superficielle et datée ne donnent pas d'épaisseur à qui n'en a pas et n'en aura jamais. Parce qu'user de tous les outils de la Constitution pour affirmer une autorité par 49.3 ne font de vous qu'un vague cheffaillon craint pour ses défauts et non pas estimé et respecté pour ses qualités. Parce qu'un amoureux de liberté et des grands océans qui vient de boucler un tour du monde en solitaire ne voit pas d'autre opposé plus cinglant à son aventure d'homme libre et volant sur l'écume qu'un article qui prive six fois le parlement de sa mission première : discuter des lois de la République. Parce que le néolibéralisme même pour le socialisme socdem agonisant n'est pas une fin et que des solutions alternatives existent. Parce que, comme Montebourg, Valls porte avec lui une vision égotique et sectaire du pouvoir qui ne peut passer à ses yeux que par sa petite personne. Parce que la vérité est ailleurs, parce qu'on obtient le respect en ouvrant des portes et non pas en fermant des serrures à double tour. Parce que la déchéance de nationalité, même pour les terroristes était un débat inutile, vain et dangereux. Parce qu'à vouloir singer la droite, on perd son âme et on ne conquiert aucune voix dans l'autre camp. Parce qu'on n'a pas le droit, quand on est Premier ministre en exercice, de tuer le Président en place pour satisfaire son ambition personnelle après avoir zigouillé et écarté tous ses petits camarades. Parce que la tactique est éculée, visible et qu'une telle attitude déplacera des électeurs de droite qui n'aiment pas les traitres, même à François Hollande. Parce que passer trois ans à se farder comme l'adversaire de droite explose les repères et pousse l'électeur modéré vers les extrêmes. Parce que la gauche et même la sociale démocratie ne ressemble pas au gloubiboulga servi par le 1er ministre Valls depuis l'été 2014. Parce que la gauche française s'est perdue, reniée et confetisée entre un type infoutu de trancher dans le vif d'un dossier et un autre pressé de prendre sa place. Parce que le retour d'un intellectuel rompu aux intrigues partidaires et qui connaît par coeur tout le monde et continue bizarrement à leur faire un peu confiance fait souffler un peu d'air frais.

Et parce que la perspective de passer au minimum cinq ans sous la présidence de François Fillon, sinon pire, ne m'enchante guère. Et qu'il ne faut jurer de rien. Tant qu'on n'a pas tout essayé, surtout l'intelligence.

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.