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Billet de blog 4 avr. 2017

En matière de Bilan, Fillon devrait s'abstenir!

Depuis quelques jours, François Fillon a choisi une angle d'attaque bien précise: Emmanuel Macron serait "l'homme du passif", tout en oubliant le sien.

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La nouvelle stratégie de François Fillon? Faire porter à Emmanuel Macron tous les dysfonctionnements du précédent quiquennat, et l'attaquer sur son "bilan". Mauvais choix sans doute, comme le montrent les sondages de plus en plus défavorables au candidat de la droite dite républicaine puisqu'il semble oublier qu'il a bien un bilan à assumer, lui aussi, et un bilan récent!

Bilan de Fillon

Pendant cinq ans, le Premier Ministre français s'appelait François Fillon. De 2007 à 2012, et après douze ans de Chiraquisme et cinq ans de droite gouvernementale avec Alain Juppé, ce n'est pas l'alternance qui est choisie puisque la droite réussit à accapparer tous les pouvoirs, aux élections présidentielles comme aux élections législatives. Avec une large majorité, la droite avait tous les pouvoirs en main et voilà son bilan...

Que François Fillon fasse campagne sur la dette publique est bien curieux... Celui qui déclarait en 2007 être à la tête d'un Etat en faillite (on lui reconnaîtra une ceratine constance et le même discours quelque soit la situation du pays) rendra le pouvoir avec 600 milliards de dette en plus, du jamais vu en France. Moins de compétitivité, plus de chômage, moins de logement, beaucoup moins de recherche. Au moment où l'économie numérique décolle dans plusieurs pays, la France devient un pays de tiers monde en innovation et en numérique. 

Si Emmanuel Macron a bien été Secrétaire Général Adjoint à l'Elysée, ses propositions ont tellement été marginalisées qu'il claque la porte et s'en va faire de l'enseignement et créer sa propre entreprise. En partant de l'Elysée, les cadres comme lui se retrouvent généralement parachutés à la tête d'une administration prestigieuse (comme la Caisse des dépôts). Pas lui, il part sans rien. Quand, à la faveur d'un remaniement ministériel provoqué par "la cuvée de redressement" de Montebourg, Hollande et Valls lui proposent le Ministère de l'Economie, il répond aussitôt "Je pourrais faire des réformes?". On lui assure que oui, cette fois-ci c'est bon, il aura les mains libres. Mais cela ne durera que quelques moins, après la "Loi Macron", il est dépossédé de ses réformes, distribuées sur plusieurs ministères, la loi "Macron 2" sur les "Nouvelles Opportunités Economiques" sera abandonnée, ses prérogatives limitées, Valls et Sapin le placardisent, il est très souvent recadré, son action est bridée. Il démissionne 8 mois avant la Présidentielle. Il aurait pu rester comme Valls jusqu'au dernier moment. A la faveur de sondages très favorables, il aurait pu tenter de prendre la tête du parti, il a choisi de faire autrement, de porter son projet dans la rue, à la rencontre des Marcheurs de tous horizons, ce sont eux qui l'ont porté si haut et non le soutien d'untel ou untel, c'est à eux qu'il doit tout.

Le bilan, le bilan... quel est le bilan de 20 ans de tic-tac politicien Gauche-Droite? Quel est le bilan de François Fillon (36 ans de politique), de Benoît Hamon (20 ans de PS), de Mélenchon (30 ans de PS, Miterrandiste sous Mitterand, rocardien sous Rocard, Emmanuelliste sous Emmanuelli, Jospiniste sous Jospin...)? 

Le bilan du clivage Droite-Gauche, c'est beaucoup d'argent dans les caisses des partis, à distribuer généreusement aux familles des uns et des autres, de quoi vivre aisément sans rien faire (taux d'abstention exceptionnels pour Fillon et Hamon à l'Assemblée Nationale alors que tous les deux habitent à Paris), avec l'argent du contribuable!

Le bilan de ses 21 mois au Sénat? François Fillon aura posé une question, oui, oui, une seule question et co-signé un texte avec d'autres parlementaires. En contrepartie de cette question, il a fait rembourser au Sénat le mariage de sa fille (recrutée comme assistante parlementaire avant de devenir avocate pour l'aider à écrire son livre), il a fait également rembourser le loyer de son fils et a vécu avec l'argent du contribuable dans le confort. En parallèle, sa femme était payée 100.000 euros pour écrire deux notes de lecture. Mais pour la période à venir, il prévoit de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, d'augmenter la TVA, de supprimer les 35 heures et d'augmenter l'âge de départ à la retraite car les Français, dit-il, doivent faire des "sacrifices" pour réduire la dette qu'il a lui-même fait exploser pendant 5 ans!

En matière de stratégie d'attaque, François Fillon ferait bien de réfléchir à autre chose car cette histoire de bilan est un piège qui se referme sur lui.


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