Crise économique au Tchad et austérité : remettre les choses en perspective

La baisse des cours du pétrole a plongé le Tchad dans la crise économique. Pour y faire face, le président Idriss Déby a mis en place des mesures d'austérité. Au risque de l'impopularité, Déby fait le choix d'une politique responsable. Elle s'accompagne d'une intensification de la lutte contre la corruption et la prévarication au sein des élites.

Le Tchad connaît un mouvement de contestation interne important depuis que la crise économique frappe durement le pays. Les aléas du climat et bien entendu l’effondrement des cours du pétrole ont provoqué une diminution proportionnellement encore plus importante du budget de l’Etat tchadien.

Face à cet état de fait, n’importe quel gouvernement ne dispose généralement que de deux grandes options. La première, que l’on voit souvent mise en œuvre, dans la région mais également sur tous les continents, consiste à flatter l’opinion. Accorder à chacun ce qu’il réclame, pour acheter la paix sociale. Et pour financer cela, avoir recours à la dette, et faire porter le fardeau de promesses électorales sur les générations futures.

L’autre option est la franchise. Lors de ses vœux à la nation, le président Déby a parlé sans détour. Il n’a pas essayé de bercer le peuple d’illusions. Ce faisant il n’a pas traité les tchadiens comme des enfants, mais comme des citoyens responsables. Aujourd’hui la crise est bien là et les finances publiques souffrent énormément.

Comment un facteur extérieur peut-il avoir un tel impact sur le budget de l’Etat ? Il faut revenir quelques années en arrière pour le comprendre. En 2004, quand le Tchad a commencé à exporter du pétrole, le budget de l’Etat culminait à 300 milliards de francs CFA. En 2015, il en pesait plus de 3.000 milliards. Bien conscient du risque qu’une telle manne peut représenter en terme de gestion publique (le célèbre syndrome hollandais), le président Déby a immédiatement lancé une campagne massive d’investissement public pour doter le Tchad de l’infrastructure nécessaire à un renforcement et une diversification de son économie, d’une part, et pour améliorer la qualité de vie du plus grand nombre de Tchadiens d’autre part. En une dizaine d’années, la capacité de production d’électricité a été multipliée par 18, l’accès à l’eau potable étendu de manière exponentielle et la sécurité alimentaire mise au cœur d’une stratégie agricole qui porte ses fruits (le Programme National de Sécurité Alimentaire). Sans parler de l’éducation et de la santé, domaines dans lesquels la plus belle réalisation est la faculté de médecine de N’Djamena, grâce à laquelle le Tchad dispose désormais de 600 médecins, contre une poignée seulement au tournant du millénaire.

Bien entendu, la gestion de cette manne n’a pas été dénuée de malversations. Mais il est rarissime que cela ne soit pas le cas (voir par exemple le scandale de la STATOIL qui a éclaboussé la Norvège en 2004). Et c’est pourquoi Idriss Déby continue de mettre tant d’énergie et de ressources dans la lutte contre la corruption et les malversations. C’est le sens de l’annonce de la création d’une Cour dédiée à l’instruction des crimes et délits de nature économique, pensée par le gouvernement Déby pour agir en soutien de l’Inspection générale d’Etat.

Ces investissements portent progressivement leurs fruits, mais ils représentent également une charge importante sur le budget de l’Etat. Les mesures d’austérité mises en œuvre par le gouvernement d’Idriss Déby visent avant tout à les préserver, afin que l’économie du Tchad puisse repartir de l’avant dès que la conjoncture sera plus favorable. Ces sacrifices ne sont pas indolores pour la population, mais ils sont nécessaires pour améliorer, à terme, sa situation et celle des générations futures.

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