Des armes anti-char au plutonium / plutonium anti-tank weapons

[English below]

Grâce au Pakistan, le bas-ventre mou de l’axe géopolitique américain, des informations intéressantes sur l’usage de plutonium dans des armes conventionnelles viennent d’être révélées.

Le manuel des munitions de la revue spécialisée de défense Jane’s reconnaissait que des armes à « plutonium appauvri » sont déjà produites et utilisées. Bien sûr par « plutonium appauvri » il ne faut pas comprendre « plutonium isotope 238 » – ses caractéristiques techniques le rendent impropre à cet usage, en dépit de son inflammabilité encore plus violente que celle du plutonium 239. Il faut comprendre qu’il s’agit de plutonium 239, qui a été « appauvri », en anglais « depleted », terme plus neutre qui signifie « retiré » d’un stock… le stock hérité du démantèlement des bombes de la Guerre Froide, sans doute. L’exemple tiré du manuel ne concerne pas de lourds missiles mais du petit calibre, 30 mm, utilisé par exemple par des hélicoptères ou des avions de combat. Cela suggère bien la trivialité de l’usage de plutonium dans des armes conventionnelles… Bien loin d’être une arme coûteuse et improbable : comme je l’ai dit, le coût du plutonium tournerait autour de 40 000$/kg, et 20 000$ le kilogramme pour l’uranium hautement enrichi (source : Charpak, Garwin, Journé, 2005). Il est donc certain que le plutonium est utilisé très largement dans tous les champs de bataille du monde. Comme il brûle intensément à l’impact (les températures attendraient les 5000°C), il est difficile de récupérer des échantillons significatifs pour des études en laboratoire.

Une preuve supplémentaire de l’utilisation très large du plutonium sur les champs de bataille vient d’être mise au jour grâce à des sources au Pakistan qui ont informé le site Internet TerminalX, spécialisé en géopolitique, défense et sécurité, que l’armée du PAKISTAN (oui, pas vraiment l’armée la plus moderne du monde…) a développé

des balles anti-char basées sur le plutonium qui peuvent se montrer très destructrices contre des blindés ennemis

(Source : https://t.co/InG7WYKd1e)

Bien sûr le site Internet ne fait pas la confusion avec des armes nucléaires miniaturisées, dont l’article traite par ailleurs. Ces balles anti-char pourraient parfaitement être utilisées dans une guerre conventionnelle, du type de celle qui a failli encore avoir lieu entre l’Inde et le Pakistan en 1999.

Ces balles sont fabriquées avec du plutonium pour brûler de façon très intense à l’impact. La chaleur ou la compression suffisent pour l’enflammer – c’est le phénomène de pyrophoricité qui a donné son nom à mon association. Si le petit Pakistan, qui semble-t-il déploie des efforts immenses pour fabriquer une dizaine d’armes nucléaires par an, est capable de dédier une partie de sa production de plutonium militaire à la fabrication de ces bombes, peut-on imaginer combien de ces armes ont été fabriquées par les puissances occidentales et la Russie, qui à l’issue de la Guerre froide se sont retrouvées avec d’immenses stocks de matières fissiles sur les bras ?

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Thanks to Pakistan, the soft underbelly of the American axis, interesting information on the use of plutonium in conventional weapons has just emerged.

The ammunition handbook of Jane’s Defence Review acknowledged that « depleted plutonium » weapons are already produced and used. Of course « depleted plutonium » should not be understood as « isotope 238 plutonium », which is too reactive for manipulation. It is isotope 239 plutonium, which has been « depleted »… from the repositories of plutonium (do you see the linguistic trick ?), likely those from dismantled Cold War bombs. The example publicised from the handbook does not relate to heavy missiles but to small, 30-mm ammo used by helicopters or fighter aircrafts, suggesting the triviality of such a weapon. Far from being a very costly and improbable weapon : as I said, the current value of plutonium on markets does not exceed 40 000 $/kilogram (and 20 000$/kg of highly enriched uranium – source is Charpak, Garwin, Journé, 2005). Plutonium is therefore used for sure very widely on all the war fields of the world. As it burns very intensely at impact (temperatures would reach 5000°C according to sources), it is afterward difficult to retrieve significant samples of it for laboratory examination.

A further proof of the widespread use of plutonium has therefore been revealed by sources in Pakistan which informed TerminalX, a defence & intelligence website, that the PAKISTANESE military (yes, not the most modern army in the world) has developed

plutonium-based anti tank bullets which can prove very lethal for enemy armored vehicles

(Source : https://t.co/InG7WYKd1e)

Of course the intelligence & security website perfectly understands this is not about nuclear weapons. They distinguish them from mini-nukes. These bullets could be perfectly used in a conventional war, of the kind that almost happened as recently as in 1999 between Pakistan and India.

These bullets are made with plutonium to burn very intensely when impacting. Warmth or compression are triggers efficient enough to light it up – it’s called pyrophoricity (hence the name for my non-profit). If the small Pakistan, which is seemingly deploying huge efforts to build every day more nuclear weapons, is able to dedicate part of its plutonium production to these weapons, can you imagine how many of these have been built by Western powers and Russia which have got loads of fissile material to eliminate ?

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