La négation de l'Holocauste, entre impuissance (sexuelle) et paresse

Le négationnisme est un acte d'impuissance, un aveu face à une société trop mouvementée, un lâcher-prise qui se réfugie dans la contestation de l'un des moments les plus fondateurs par son ignominie absolue de la société moderne.

Le négationnisme est, je pense, une réaction face à la nature quasi-religieuse de la convergence des esprits sur ce qu'il convient d'appeler un LIEU DE MEMOIRE, et la transformation (malhonnête bien sûr) de ce lieu de mémoire en "politiquement correct", comme si "c'était trop beau" (façon de parler quand on pense aux fours...) "pour être vrai".

Le négationnisme est une impuissance, quasiment sexuelle je dirais, d'individus incapable de "posséder le phallus" (puisque la psychanalyse nous dit que les hommes cherchent à "avoir le phallus" tandis que les femmes cherchent à "être le phallus") par leur seule existence, dans le cadre de cette existence, et qui vont donc s'attribuer le phallus par l'acte fondateur, perçu comme un acte de "désobéissance", de la négation de l'Holocauste. En aparté, il faudrait vérifier s'il s'avère vrai que le négationnisme est un phénomène beaucoup plus masculin que féminin, mais je ne pens pas par exemple que le mouvement d'Alain Soral, prophète de la "drague", attire beaucoup de femmes.

Négation de l'Holocauste comme "désobéissance fondatrice" donc, tentative d'existence dans l'insurrection en raison d'un complexe d'infériorité, vis-à-vis de la communauté juive bien sûr, qui peut-être elle peut "exister" dans la simple commémoration de la Shoah - mais mettons-nous à leur place... D'autant que c'est un sophisme puisque la communauté juive a effectivement été quasiment éradiquée, elle a subi un coup auquel rien ne peut se comparer, elle existe aujourd'hui plus comme mémoire que comme réalité communautaire, si je puis dire !

Construction d'une société parallèle, d'un christianisme qui pourrait se passer de son héritage judaïque peut-être (comme les nazis avec leur croix, gammée), d'un univers dans lequel on les écouterait, enfin, puisque c'est cela que demande et revendique le négationniste - de l'écoute. Mais peut-on accorder de l'écoute à celui qui cherche à "avoir le phallus" en "tranchant" la "souche commune" à notre communauté moderne, la reconnaissance de l'abomination nazie ? "Avoir le phallus", chose particulièrement exacerbée avec la "quenelle" soralienne, que certains disent avoir été inspirée du salut nazi refoulé par le Dr. Folamour dans sa chaise roulante... (si une telle origine était avérée cela démontrerait une fois de plus la stupidité du geste)

Le négationnisme, acte patriarcal probablement, car la reconnaissance de l'Holocauste est la garantie du "vivre-ensemble" aujourd'hui... (je développe ici la théorie que la mémoire est automatiquement "maternelle", c'est le contre-champ de l'"ordre" généralement paternel)

Lieu de mémoire tellement insupportable qu'il faut le nier. Nier la mère pour accepter la société, complexe d'ordre sexuel, avoir besoin d'agiter son phallus pour exister dans la société - le phallus est individualiste, l'individualisme comporte une part de violence (acceptée par la société en temps normal, cette violence n'est rien d'autre que liberté d'expression), mais la Shoah est la violence maximale qui, pour celui qui est complexé, menace sa propre force sexuelle. La Shoah est une telle remise en cause de l'individualisme, par l'empilement des corps et l'incinération, que celui qui regarde toujours l'autre avant d'acter sa propre existence, celui qui a peur, se tourne vers celui qui tient le discours révisionniste peut-être par égoïsme, en tout cas par faiblesse et refus du groupe.

Nous avons besoin de la mémoire de la Shoah, pour rappeler la disparition de toutes ces personnes dont les descendants pourraient être parmi nous aujourd'hui. Hitler a réussi à avoir un impact social, à transformer la démographie de nos sociétés ; le souvenir de l'horreur du génocide et la compréhension du passage à l'acte nous rappellent ce déficit démographique, nous rappelle aussi l'industrialisation du massacre, et la compréhension de ce que ce sont essentiellement des "hommes ordinaires" (comme l'a dit Christopher Browning) qui ont commis le génocide.

Face à la réalité de ce déficit démographique, les révisionnistes construisent aujourd'hui une nouvelle "Immaculée conception", tentent d'établir une religion en son sens premier (se relier) sans pour autant apporter la moindre preuve de ce qu'ils avancent, ils tentent de déconstruire notre société mais ne font que reproduire les pires moments de la propagande, le "best-of" de la fabrication de la vérité pourrait-on dire, et ce faisant ils s'excluent de la communauté - mais font vivre un univers parallèle dont l'agitation, si elle est modeste, ne peut qu'inquiéter la communauté juive qui se sent menacée aujourd'hui, et a sans doute des raisons de l'être.

Il conviendrait néanmoins de rappeler que les gouvernements ne sont pas vierges de toute faute sur un point précis : en Ukraine aujourd'hui, les mouvements négationnistes, ceux qui s'affichent avec des croix gammées, sont du côté du président Porochenko, avec par exemple Oleg Tyagnibok, qui fait des saluts nazis et est ami avec J.M. Le Pen mais professe des "valeurs démocratiques" selon la Commission européenne.

Oleg Lyashko embrochant un oligarche juif, affiche de campagne 2014 Oleg Lyashko embrochant un oligarche juif, affiche de campagne 2014
Moins connu, Oleg Lyashko et son Parti radical a fait campagne en 2014 avec des affiches où il embroche un oligarque juif, il a été le coordinateur de la majorité à la Rada entre les élections et le mois d'avril 2015, et cela ne semble pas non plus inquiéter la Commission européenne, qui, interrogée à ce sujet par un député européen, n'a pas donné de réponse sur le cas de Lyashko.

Quand on veut combattre l'antisémitisme, il faut aussi balayer dans son arrière-cour.

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