Désinformation sur les armes à uranium "appauvri"

L'uranium "appauvri" est un mot à lui seul radioactif, tant le mentionner suscite immédiatement des débats houleux et des opinions tranchées. L'une des raisons, et non des moindres, est certainement la difficulté à comprendre ces armes : il faut déjà réaliser que ces armes sont incendiaires, et il est vrai qu'admettre qu'une arme puisse à la fois utiliser de l'uranium 238, sous-produit de l'enrichissement du combustible, et être incendiaire est toujours difficile. Ce n'est pas étonnant...

Il faut donc comprendre qu'il s'agit d'une arme incendiaire, car "pyrophorique", pour rechercher quels matériaux permettent d'aboutir à ce résultat. Le brevet de ce missile de type HELLFIRE est clair lorsqu'il parle du projectile, "the shot" : « The shot may include an incendiary material such as a pyrophoric material (e.g., zirconium […] depleted uranium) ».  Le fait que le brevet mentionne l'usage d'uranium à des fins pyrophoriques fait qu'on devrait la considérer comme une arme incendiaire (cela prouve que c'est l'objet premier de l'utilisation d'uranium) et la soumettre au protocole III de la convention sur certaines armes classiques de 1980 qui en interdit l'usage dans les zones civiles. Ce texte a simplement été écrit de telle sorte qu'il puisse être contourné grâce à ces armes, qui combinent effet de souffle et effet incendiaire... Oui, seules les bombes purement incendiaires (qui ne combinent pas feu et effet de souffle ou effet de fragmentation) sont officiellement interdites.

Les études de scientifiques comme Christopher Busby ont montré à plusieurs reprises, au Liban et en Irak, qu'on trouvait des traces d'uranium au moins légèrement enrichi (environ 1,2%) dans les cheveux des habitants des régions contaminées par ces armes (voir par exemple http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3177876/ ). Les échantillonages effectués en Irak par l'Uranium Medical Research Center de Asaf Durakovic montrent aussi un uranium plus enrichi que l'uranium appauvri (autour de 0,7%) et surtout, une présence d'uranium 234, un contaminant hautement radioactif (18000 fois plus radioactif que l'uranium 238 !) : il y a 5 fois plus d'uranium 234 dans les échantillons d'Asaf Durakovic que dans l'uranium vraiment appauvri, sous-produit de l'industrie de l'enrichissement de l'uranium ! C'est la raison pour laquelle on préfère parler d'armes à uranium que d'armes à uranium "appauvri".

L'uranium 235, l'uranium 234 et le plutonium 239 (ainsi que le plutonium 238, qui est encore plus réactif) sont capables de brûler tout seul beaucoup plus facilement que l'uranium 238, car ils ont une radioactivité alpha plus élevée (et donc une chaleur interne plus forte). Ils sont d'ailleurs traités avec de très grandes précaution dans l'industrie nucléaire, car il y a très souvent de graves incendies de plutonium ou d'uranium 235 dans les usines. L'uranium 238 peut aussi brûler, mais il est néanmoins plus stable (on peut aussi se référer à ces tests d'oxydation de l'uranium appauvri, en anglais, on y voit que le feu, déclenché avec une flamme de propane, ne s'intensifie pas tout seul, malgré l'heure qu'a duré l'expérience). Ceci m'a été confirmé par un métallurgiste dans un laboratoire universitaire et par un agrégé de chimie. C'est donc tout l'intérêt d'intégrer des éléments plus radioactifs dans l'uranium des armes pour augmenter sa réactivité.

Source de l'image : Surface and Corrosion Chemistry of Plutonium, John M. Haschke, Thomas H. Allen, and Luis A. Morales, Los Alamos Science, n 26, 2000

Ci-dessus, on voit du plutonium 239 brûlant spontanément (Source de l’image : Surface and Corrosion Chemistry of Plutonium, John M. Haschke, Thomas H. Allen, and Luis A. Morales, Los Alamos Science, n 26, 2000). Dans de bonnes conditions (réduit en forme de poudre) le plutonium peut même prendre feu spontanément à température ambiante.

On comprend très bien que ces propriétés incendiaires sont hautement intéressantes pour l'armée, qui recherche des armes capables de faire fondre les blindages des chars - ainsi par exemple du missile HELLFIRE précité. De nombreux brevets de missiles (https://www.google.com/patents/US8661981, https://www.google.com/patents/US8997652, https://www.google.com/patents/US9006628, https://www.google.com/patents/US9068796, http://www.google.com/patents/US6393991, http://patents.com/us-4638737.html ) mentionnent l'utilisation d'uranium à des fins pyrophoriques, vous pouvez considérer que toutes ces armes en font usage. La revue Jane's a mentionné que l'uranium était utilisé dans le célèbre missile TOMAHAWK, et aussi dans le MAVERICK. Le missile BRIMSTONE a un nom qui suggère quasi explicitement l'usage d'uranium (la "pierre du malheur", comme le soufre en son temps). Tous les missiles qui fonctionnent avec des charges creuses, comme le MILAN, sont très susceptibles de faire usage d'uranium pyrophorique, car c'est la meilleure solution pour faire fondre les blindages. L'uranium est utilisé comme "liner" dans une charge creuse, le métal est compressé très rapidement par la charge explosive conique, il s'enflamme en même temps et se change en un fin jet de métal en fusion capable de traverser n'importe quelle armure.

Par ailleurs on retrouve beaucoup d'autres éléments radioactifs dans les ruines: non seulement de l'uranium 238, mais aussi de l'uranium 235, 234, 236, du plutonium 239, du césium 134 et 137, du béryllium, du neptunium... Même l'armée américaine a reconnu une contamination "au plutonium, au neptunium et à l'américium" lors d'une conférence de presse rediffusée par Canal Plus à la suite du documentaire "Uranium appauvri, la guerre invisible" de Martin Meissonnier. Le fait de retrouver tous ces éléments différents ne concorde pas avec l'hypothèse généralement admise que l'uranium utilisé dans ces bombes serait un simple sous-produit de l'enrichissement de l'uranium. La présence d'uranium 236, en particulier, est un témoin de la contamination par d'autres éléments hautement radioactifs, les transuraniens, présents dans le combustible usagé, car on ne retrouve l'U236 que dans le combustible usagé, il n'existe pas à l'état naturel (il faut une fission nucléaire pour qu'il apparaisse).
La radioactivité dans les chars d'assaut détruits par ces armes atteint parfois localement jusqu'à 20 000 fois la radioactivité naturelle (2 milliSieverts / heure), c'est absolument énorme. Pour Monique Sené, physicienne au Collège de France, une balle de canon de quelques 300 grammes qui affichait 10 microSieverts par heure était déjà contaminée par des déchets radioactifs (des transuraniens), pour elle il était impossible que ça soit seulement l'uranium appauvri qui produise cette radioactivité. Alors qu'en est-il de l'arme utilisée pour détruire notre char d'assaut !

Les effets dévastateurs de ces armes, à long terme chez les personnes exposées à leurs effets, sont connus : les civils comme les militaires utilisant ces armes contractent cancers, leucémies en masse et leurs enfants naissent gravement malformés (cyclopes, membres excédentaires ou manquants, organes apparents, cerveau manquant, peau de "poisson" en écailles...). Les militaires et les gouvernements arguent que cet uranium est "appauvri" et que la radioactivité de celui-ci est faible pour déclarer que ces armes ne sont pas excessivement dangereuses. L'absorption même de particules d'uranium 238, qui émet des particules alpha, est en soi extrêmement cancérigène. Le regretté Maurice-Eugène André a démontré qu'une nanoparticule de 5 microns d'U238 dans les poumons émet 750 REM par an, 7,5 Sievert, garantissant un cancer sans retour, c'est 7500 fois la dose annuelle admissible pour un adulte - l'uranium persiste longtemps dans les organes et voyage dans tout le corps en utilisant même les nerfs comme canaux de circulation. Les explosions dispersent de nombreuses poussières qui peuvent rentrer dans les poumons ou être ingérées et contaminer durablement le corps. L'IRSN travaille depuis longtemps sur les dangers de la contamination par l'uranium (Isabelle Dublineau par exemple). L'inhalation des cendres d'uranium 234 ou de plutonium dégagées par ces bombes à uranium est évidemment encore plus dangereuse. Il faut considérer que ces armes sont des armes de destruction massives et reconnaître que les gouvernements occidentaux dont la France, le Royaume-Uni, Israel, le Pakistan, la Russie et les Etats-Unis, qui en font usage, sont des criminels de guerre. Les armes à uranium "appauvri" doivent être interdites comme en Belgique avec la loi "Mahoux" et au Costa-Rica, et il faut un traité international le plus vite possible.

Vous pouvez vous référer à mon site Web www.assopyrophor.org pour plus d'informations et les dernières actualités sur ces armes. 

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