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Billet de blog 16 déc. 2020

Fermeture des lieux culturels: Avignon entre en résistance

Epaulés par la maire d’Avignon Cécile Helle qui demande à tous les élus de France d'entrer en résistance, les directeurs de théâtre et intermittents du spectacle de la Cité des Papes soutiennent l'action en référé pour la réouverture des lieux culturels.

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C’était en juillet dernier. Avignon pleurait son festival. Pas de déambulations dans les rues. Ni d’allées bondées. Ni de tracts abandonnés sur les terrasses de café et autres affiches jonchées sur les murs à l’infini. Le millier de compagnies et ses 1500 spectacles programmés dans près de 200 théâtres et autres garages revisités sont restés à quai. Depuis sa création en 1947, le Festival d'Avignon n’avait été annulé qu’une fois, en 2003, en plein conflit des intermittents. Chaque année, les retombées économiques de ce supermarché culturel sont estimées à près de 100 millions d’euros. Un vrai coup de massue.

Les représentants des Scènes d'Avignon, théâtres permanents, et Cécile Helle, maire de la ville, le 15 décembre 2020 sur le parvis du Palais des Papes. © Patrick Roux


Alors que le gouvernement a une nouvelle fois prolongé la fermeture des lieux culturels au moins jusqu’au 7 janvier et la fameuse date de revoyure, comédiens, directeurs de théâtre et autres régisseurs se sont réunis mardi 15 décembre devant l'emblématique Palais des Papes. Après avoir appris deux jours à peine avant le déconfinement du 15 décembre qu’ils ne pourront pas rouvrir leur salle, ils s’estiment « sacrifiés et méprisés » et ne décolèrent pas face à l’Etat qui les considère encore et toujours comme "non essentiels" pendant que les centres commerciaux sont actuellement bondés à l’approche des fêtes de fin d’année.

De Jean Vilar au tube digestif

Outre leur souhait d’obtenir une date fixe de réouverture, ils appellent à rejoindre l'action en référé engagée par plusieurs syndicats du monde du spectacle devant le conseil d’Etat. « Applaudissons Jean Vilar qui déclare que la culture est aussi importante que l’eau, le gaz ou l’électricité. Je demande à Madame la ministre de la culture d'entendre la voix de tous ceux qui pensent que la France n'est pas seulement un tube digestif pour travailler, manger et chier », a d’abord lancé Gérard Gélas, le créateur du Festival Off. Quatre jours plus tôt, son fils Julien Gelas, directeur du théâtre du Chêne Noir, avait même adressé une lettre ouverte au président Macron, en lui rappelant qu’« aucune salle de cinéma, aucun théâtre n’a été à l’origine de foyers de contaminations depuis le début de la pandémie. Fermer, ouvrir, fermer, ouvrir. Même avec un vaccin le virus sera toujours là, cela va-t-il durer indéfiniment ? » Avant que Serge Barbuscia, le président des Scènes d’Avignon (réunion des cinq théâtres permanents de la ville), en remette une couche : « Nous attendons qu'on nous montre les études scientifiques qui prouvent que nos salles sont des lieux de contamination. Si ce n'est pas le cas alors cette décision est purement politique. »
Question politique, ces derniers ne manquaient pas de soutien local. A commencer par la maire socialiste Cécile Helle qui invite « tous les élus de France à entrer en résistance ». Celle qui vient d’entamer son second mandat au printemps dernier affirme ne pas avoir « oublié la mobilisation des élus pour obtenir la réouverture des petits commerces non essentiels ». De son côté, le sénateur Lucien Stanzione a promis de relayer les inquiétudes sur les conditions de la reprise lors des questions au gouvernement. A suivre.

Girouettes non essentielles


Mais dans cette ville où règnent les théâtres et un certain Festival In davantage protégé et élitiste, d’autres acteurs d’Avignon et du Vaucluse aimeraient également être entendus à valeurs égales. Des petites coopératives culturelles en danger aux scènes de musiques actuelles en passant par les bars associatifs, toutes et tous demandent davantage de solidarité pour l’ensemble des artistes et techniciens du monde du spectacle vivant. Le Syndicat Français des Artistes, Sud Culture ou encore le Collectif des Intermittents et Précaires d’Avignon restent déterminés à obtenir « de réelles réponses » notamment sur le volet financier et continuent à envisager « l’ouverture des lieux en janvier ».

Idem pour les enseignements artistiques alors que les conservatoires et autres écoles d’art ou de musique voient fuir les élèves.

« Les écoles d’art tout comme les conservatoires sont à la merci des notices toujours capricieuses et changeantes, estime Sylvette Ardoino, responsable des ateliers libres de l’Ecole Supérieure d’Art d’Avignon venue manifester munie de pancartes dédiées à Roselyne Bachelot. Les étudiants tout comme le public amateur n’en peuvent plus d’être pris en otages et considérés comme des girouettes. »

Question posée le mardi 15 décembre à Avignon. © Sylvette Ardoino

Inquiets des lois liberticides en vigueur et de la politique de plus en plus sécuritaire du gouvernement Castex, les Avignonnais s’interrogent comme ailleurs sur le devenir de notre société. Sur le devenir de notre essentiel. Grand Corps Malade a récemment posé un slam pertinent sur la question. Roselyne, elle, s’apprête à sortir son autobiographie intitulée « Ma Vie en Rose ». Tout va bien.


L’info en + ?
Pendant que la rue des Teinturiers est tristement en sommeil, des artistes artisans vont pouvoir travailler ! L’association Le Cartel a été autorisée à ouvrir une boutique éphémère qui ne craint pas les postillons ! Cet « Arty Shop », réunissant un collectif de photographes, graphistes et autres illustrateurs, sera ouvert du 17 au 31 décembre place des Corps Saints !

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