TE FAIS PAS SUER ++, VOYAGE ……

J’ai passé la nuit du 22 au 23 OCTOBRE avec un sympathique journaliste de l’ émission « Là-bas si j’y suis » que Daniel MERMET  anime  sur le Web depuis qu’il a été viré de France Inter, au contact avec des policiers qui s’étaient rassemblés Place de la République,  dans la lignée des manifestations précédentes.

 

Je me suis présentée comme retraitée de la Police Urbaine

J'ai rencontré des policiers ordinaires, sans uniforme, sans arme, sans signe ostentatoire de leur pouvoir, la plupart travaillant en commissariat, réticents devant le micro, motivés pour exprimer leur ras le bol avec au centre de leurs préoccupations la réponse inadéquate apportée par la justice à leur travail quotidien, leur manque de moyens en effectif et en matériel, leur relatif désarroi quant à la place qu’ils occupent au sein de la société, inquiets devant la montée des violences mais sans en analyser la cause, unanimes dans le rejet des syndicats qui ne répondent pas à leurs attentes.

La manifestation assez inorganisée s’est baladée entre le BATACLAN, les lieux du quartier qui ont été le théâtre des attaques terroristes  et l’hôpital où séjourne le collègue ADS de Viry Chatillon, animée par la marseillaise entonnée à de nombreuses reprises et j’en ai découvert avec plaisir la version plus « fraternelle » entonnée par un citoyen , émaillée de drapeaux tricolores agités par quelques civils sympathisants inconditionnels d’une police « forte » 

Nous marchions en plein milieu des chaussées, gênant la circulation sans provoquer de grosses réactions. Les spectateurs que j’ai interrogés prenaient généralement  bien la chose, quelques-uns toutefois se sont indignés faisant le parallèle entre cette manifestation apparemment tolérée par les autorités et les violences commises lors de celles contre la loi El Khomri et les rassemblements de Nuit Debout. Les collègues sont restés stoïques sous les quelques provocations hostiles.

Ils ont tous professés haut et fort qu’ils étaient a-syndicaux, a-politiques rejetant les accusations et les avertissements quant à la manipulation dont ils pourraient faire l’objet de la part de l’extrême droite

De même,  motus au micro quand étaient abordés les violences policières lors des opérations de maintien de l’ordre, le fait qu’un rassemblement de ce genre de citoyens mécontents occasionnaient d’ordinaire une opération immédiate de dispersion policière. Idem quand nous avons évoqué  le management pernicieux,   les affaires de harcèlement, les « ripoux »,  la quasi impunité des responsables ou coupables. La réponse a été : la Police est l’exact reflet de la société qui compte le même pourcentage  de racistes, de xénophobes, d’ addicts, de fachos  et il y a des « mauvais » dans toutes les professions . Un fatalisme de mauvais aloi quand on prétend à être irréprochables puisqu’investis de pouvoirs sur les citoyens enfreignant ces même lois qui répriment ces infractions. Le système « Deux poids deux mesures » et le « Faites ce que qu’on vous dit pas de ce qu’on fait » n’est pas prêt d’être remis en cause…Quelques critiques toutefois en off et quelques dénonciations d’une hiérarchie sourde et aveugle.

Sur l’avenir de leur mouvement de protestation ils paraissent déterminés à le poursuivre tant que leurs revendications principales ne seront pas satisfaites : révision de la légitime défense avec alignement sur les gendarmes, révision en matière du système des peines touchant notamment les mineurs,  meilleur équipement et plus d’effectifs.

J’en déduis qu’ils restent sur le plan essentiellement  « pratique » et non éthique et s’isolent des autres intervenants en matière sociale ; la prévention, le renseignement,  ils n’en parlent guère même s’ils font allusion au fait qu’une présence plus effective et permanente sur le terrain serait plus efficace et qu’ils ne font que colmater les brèches et sont débordés.

 

MES COMMENTAIRES : ces policiers veulent certes bien faire leur métier dans de meilleures conditions matérielles de travail ( équipement, effectif formation) mais ne se posent pas de questions d’un autre ordre, beaucoup ont la « vocation »  et veulent vraiment protéger et aider les citoyens mais semblent dénués de conscience politique quant à la gouvernance du monde et de notre société. Fatalistes hélas : les ordres sont les ordres !   Ils veulent la reconnaissance de leurs difficultés et des réalités de terrain par les citoyens et aussi par le pouvoir législatif. Ils sont plus dans la logique répression que prévention.

ET APRES ?

Le gouvernement, tolérant puisqu’il sait que ces manifestations ne dégénèreront pas en combat de rue – Les  casseurs ne se sont  d’ailleurs pas encore pointés pour les troubler  – va demander aux organisations majoritaires de reprendre leurs troupes en main et concéder quelques efforts qui seront largement médiatisés pour rassurer les citoyens et les agents.

L’Etat a besoin de sa Police et tendra à satisfaire à ses demandes moyennement onéreuses, d’autant qu’elles vont dans son sens : une police forte, dévouée, obéissant à ses principes de police répressive.

Et tous rentreront dans le rang. 

Pourquoi ce titre me direz-vous ?

et bien parce que lorsque j’expliquais qu’après 35 ans de police urbaine, sevices judiciaires en région parisienne je faisais toujours du syndicalisme pour les retraités, que je me sentais toujours concernée par la Police,  que je luttais contre la souffrance au travail des fonctionnaires, l’un de mes interlocuteurs  m’a dit donné ce conseil,  sur un ton désabusé ( et en un terme plus vif que " suer" )

Le même a condamné la disparition de Daniel MERMET des ondes de France Inter ainsi que celle d’autres trublions : stéphane GUILLON, Didier PORTE …

TOUT N EST  DONC PAS PERDU ! 

 

 

 

 

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