FIN DE L'ETAT DE DROIT

 

"Un État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État... C’est un État dont les citoyens sont en sûreté parce qu’ils sont assurés de ne pas être livrés aux abus de pouvoir étatiques....».

Avec l’affaire Macron-Benalla puisqu’il faudra bien finir par la nommer ainsi, nous sommes entrés de plain-pied dans un état despotique où le rôle et le fonctionnement régulier de chaque institution est remis en cause par le recours à des prérogatives prétoriennes et illégales."

La société pour fonctionner sans heurt a besoin de la confiance de la population dans l’Etat et les institutions et cette affaire constitue une nouvelle atteinte à cette nécessaire confiance

On y rencontre un homme adoubé par le Président de la République, membre de sa sécurité personnelle très rapprochée, doté des insignes de policier, qui se permet de tabasser un jeune homme et molester sa compagne au cœur d’une opération de dispersion d’un rassemblement de jeunes gens. Filmé, il devra pour cela se faire oublier pendant une quinzaine de jours et prier pour ne pas être reconnu.

Qu’attendre de l’Etat dans ce contexte de destruction progressive des services publics qui seuls répondent aux exigences républicaines, dans ces projets de casse de la protection sociale, de réformes sociales et économiques qui aggravent la situation des plus démunis au profit des plus aisés, de politique sécuritaire hautement répressive et liberticide, de criminalisation des actions citoyennes et syndicales ? Sinon de faire disperser manu militari par les forces de l ‘ordre toute manifestation de protestation. Une application prévisible de la transcription de l’état d’urgence dans la loi de sécurité intérieure

Grâce aux médias et aux réseaux sociaux nul ne peut plus ignorer ce qui s’est passé le Ier mai place de la Contrescarpe à Paris et le traitement institutionnel réservé à ces événements. C’est seulement sous la contrainte de cette médiatisation que l’Etat a dû réagir alors que le visionnage des vidéos le jour même n'avait provoqué aucune réprobation quant au comportement des policiers. 

Ce ne sont pas les pitoyables et tardives justifications des protagonistes de cette affaire qui vont nous convaincre que la République reste inaltérable quand il est clair que l’Elysée a cherché à cacher ce qui s’était passé le 1er-Mai ainsi que les dessous de cette implication en mobilisant à cette fin tout l’appareil d’Etat.

La faillite est consommée à tous les niveaux

Mr BENALLA ne s’est pas paré des insignes de policier pour aider une vieille dame à traverser la rue mais pour brutaliser des jeunes gens protestant contre l’intervention des forces de l’ordre, bien plus timides soit dit en passant lorsqu’il faudrait interpeller de vrais casseurs lors des manifestations.

 C’est très destructeur pour l’image d’une police républicaine exemplaire, irréprochable, citoyenne que le peuple attend. Il accrédite la piètre opinion du public sur la gestion des manifestations, sur les brutalités policières, sur l’indulgence et l’impunité institutionnelles dont bénéficient leurs auteurs dans un contexte social déjà très perturbé sans oublier l’existence d’affaires précédentes sujettes à polémiques (TRAORE, REMY FRAISSE, St DENIS, AIR FRANCE et d’autres encore) Les alimenter c’est exposer les personnels à de plus grandes difficultés sur le terrain au quotidien alors qu’ils exercent un métier déjà fort risqué.

C’est en totale contradiction avec la politique affichée par le gouvernement de rapprochement entre population et Police qui voudrait le respect des règles déontologiques clairement affichées de respect de l’individu et de la loi.

C’est semer le doute dans la population sur l’organisation des services de Police, déjà fort complexe entre policiers, gendarmes, leurs forces mobiles, la Préfecture de Paris, avec toutes ces directions et la façon dont elles interagissent sans y ajouter une police présidentielle  ( à l'américaine ?) où le premier venu avec un macaron de l’Elysée les mène tous au pas.

Ce ne sont pas les délits eux-mêmes pénalement répréhensibles et dont il faut tout de même espérer qu’ils serontfinalement punis  qui causent le pire scandale, ce sont les manœuvres pour les dissimuler et soustraire leurs auteurs à la justice… et les dernières fanfaronnades du chef de l’Etat ne sont pas de nature à calmer nos inquiétudes. Tout comme les vaines surenchères partisanes qui se sont ensuivies.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.