Le résultat du grand débat: tout sauf une surprise

Retour sur l'intitulé de l'article de Romaric Godin et Ellen Salvi : "Surprise: le "Grand débat" valide les choix de Macron"

  Tout sauf une surprise! C'était même ce à quoi on devait s'attendre. L'organisation elle même de ce "grand débat" n'était qu'une manœuvre dont les objectifs étaient on ne peut plus clairs. Déjà en contournant les règles imposées par la commission nationale du débat public, il s'agissait de s'approprier un outil garant d'un processus démocratique et de l'utiliser comme instrument démagogique. C'est là, la définition même de la démagogie: faire croire à l'intérêt de tous pour parvenir à des fins personnelles et en conclure "c'est vous qui l'avez voulu".

  Ensuite si on observe ce qui en est retenu nous sommes effectivement dans un exercice de validation de la politique de Macron. Il faut dire qu'un simple décryptage des questions posées et de la façon dont elles sont posées, fermées et orientées, montre à l'évidence qu'elles contiennent implicitement les réponses. On y voit l'application de tout l'art de la communication et de la manipulation initiée par Bernays au début du vingtième siècle  et de techniques comme la programmation neurolinguistique (PNL), détournée de son objet thérapeutique, pour faire dire aux populations ce qu'on veut entendre.

  Quant au contenu de ses réponses attendues: Baisser les impôts, et le premier journal à s'en réjouir est Le Figaro, qui n'est pas spécialement la voix de presse du peuple en souffrance. Il va sans dire que les plus heureux d'une baisse d'impôts seront les plus riches et non ceux qui ont des revenus si bas qu'ils n'en payent pas. Hormis les plus injustes comme la TVA. Bien entendu la seconde réponse logique, suite à la baisse d'impôts est de diminuer la dépense publique et donc la charge des services publics. Quelle formidable opportunité pour justifier leur privatisation, déjà bien commencée.....sinon, il faudrait savoir ce que vous voulez, nous dira sans doute Macron.

     Au cours d'échanges et de discussions à propos du "grand débat" avec des gilets jaunes il était évident de s'apercevoir que ce "peuple d'imbéciles" avait déjà bien compris la manœuvre puisqu'ils l'appelait "le débat de Macron". Ils savaient qu'il ne servirait qu'à justifier son cap. Mais il va servir aussi à autre chose de bien plus grave: c'est d'instrumentaliser le caractère faussement démocratique de ce débat pour stigmatiser ceux qui n'en reconnaitront pas les "résultats" et d'en faire, comme ça a été déjà dit par ce gouvernement, des ennemis de la démocratie. Objectif: marginaliser ceux qui par lucidité vont en dénoncer l'imposture et dresser contre eux l'opinion publique. Et voilà! La boucle est bouclée! Chapeau aux experts en communication de l'équipe Macron. Enfin si on veut vraiment être dupe, soit par paresse intellectuelle ou par intérêt en fermant les yeux.

  Il y a quand même un talon d'Achille à tous ces personnages qui tiennent le "haut du pavé", c'est qu'ils ne connaissent, ni ne comprennent pas ou plus la réalité du monde qu'ils prétendent gouverner. Ils gouvernent avec leurs propres représentations du monde, déconnectées du réel....et dans ce type de confrontation la réalité finit toujours par venir à bout des représentations qui ne tiennent pas compte d'elle.

  Toutefois il y a là un effet pervers, et non des moindres, d'un langage mis sous la tutelle d'un paradigme revendiqué par une minorité mais que la majorité soutient à son insu: c'est celui de l'argent non comme moyen mais comme finalité avec son apparat de pouvoir. Tout le monde s'entend pour soutenir la différence entre dépense et investissement, et si les services publics sont dans la colonne des dépenses c'est qu'ils ne remplissent pas les conditions d'un investissement, c'est à dire rapporter un profit; Et nous y sommes! De quel profit s'agit-il? D'un gain de richesse sans doute, or la richesse est toujours associée à une valeur marchande et à terme à un profit financier dont seul un petit nombre va se réjouir. Pour investir dans les services publics il ne faut rien de moins que changer de finalité et donc le paradigme de la richesse....et il en existe bien d'autres que l'argent et le profit: Le bonheur, le bien être, le bien vivre ensemble, la possibilité d'incarner ses rêves, l'entre-aide constructive, la solidarité active, l'équité et le juste partage des richesses tant matérielles qu'immatérielles... Alors tout le monde comprendra la nécessité d'augmenter la participation financière des plus riches matériellement pour investir dans les services publics afin d'augmenter la qualité de vie de tous les autres...Un petit pays d'orient, le Bhoutan, a inventé le BIB (Bonheur Intérieur Brut) pour évaluer sa richesse...Ce qui revient à dire que nous devrions troquer le paradigme de la richesse du plus avoir au plus être qui est la vraie finalité. D'ailleurs les riches le savent déjà mais sans le savoir puisqu'ils vivent dans l'illusion entretenue par l'immense majorité des humains que plus on a plus on est....important!....Et reconnaissent de ce fait que être est la vraie finalité.

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