Corse : Serment nationaliste sur la Justification d’une Corse … française !

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Un des temps forts des cérémonies organisées par les nationalistes à l’occasion de la journée « historique » qui fut celle de l’élection de leurs dirigeants à la tête de la CTC, fut incontestablement le serment que l’exécutif et le président de l’assemblée ont prêté sur un livre écrit par l’abbé Don Grégorio Salvini en 1758 pour donner des arguments justifiant la révolte des Corses contre Gênes ayant abouti à l’établissement d’un Etat indépendant.

Jean-Guy Talamoni qui, plus que tout autre, puise ses convictions indépendantistes dans le passé de la Corse et, plus particulièrement, dans la période du soulèvement et de l’indépendance (1729-1769), semble avoir été à l’origine de cette démonstration solennelle pour les nationalistes et comique pour les autres, dans la mesure où les Simeoni, Angelini et consorts se moquent comme de leur première tétine du « glorieux » passé de l’île même si le fondement de leur engagement s’y trouve plongé puisque être nationaliste, rappelons-le, c’est considérer que la Corse n’est pas une collectivité territoriale française mais une nation vaincue qui doit retrouver sa souveraineté.

L’intérêt porté par Talamoni à l’histoire, au demeurant tout à fait honorable, a été jusqu’à privilégier l’authenticité du document sur lequel le serment devait être prêté par rapport à son contenu, qui aurait dû logiquement imposer la Constitution de 1755, dont on n’a pas trouvé d’édition originale, ce qui revient à pousser la passion de l’histoire un peu loin et entraîne sur un terrain idéologiquement peu sûr.

En effet, la Giustificazione della rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da Corsi di mai piu’ sottomettersi al dominio di Genova (en italien comme tous les autres textes) a été écrite pour dénoncer la mauvaise « gouvernance » (comme on dit aujourd’hui) de la Corse par la République de Gênes.

Non seulement elle ne contient pas de critiques contre la France, mais, au contraire, elle énonce plusieurs appréciations flatteuses pour celle-ci, en référence à la courte période (1553-1559) au cours de laquelle, sous l’impulsion de Sampiero, la Corse fut française .

On en donnera quelques exemples, pris dans l’édition Alain Piazzola.

« Les Français, quand ils gouvernaient, grâce à l’équité et à l’impartialité dans l’administration de la justice, en dépit de leurs faibles effectifs, en inspirant la crainte mais en faisant montre de bienveillance et de diligence obligèrent  les plus mauvais sujets à aller désarmés. (p 69)

En France « la nation est plus cultivée, plus sage et plus policée que les autres (p 72)

L’auteur dénonce  « l’horrible esclavage » que la République génoise « leur a fait subir [aux Corses] pendant deux siècles pour s’être révoltés contre elle afin de devenir française. » (p 182)

« Les Corses ont traîné pendant deux siècles une chaîne infamante et lourde pour la seule raison d’avoir choisi d’appartenir à la France, de lui avoir obéi, d’avoir combattu à son service. » (p 187)

Ainsi, les dirigeants nationalistes ont prêté serment sur un livre qui contient quelques très belles pépites pro-françaises – qui déchaîneraient aujourd’hui la fureur sur les « réseaux sociaux » de certains de leurs supporteurs – sans le savoir sans doute pour la plupart car ils ne l’ont évidemment pas lu.

Talamoni, lui, savait de quoi il retournait mais il a sans doute pensé qu’aucun journaliste ni aucun élu ne relèverait ce serment paradoxal. Il a eu raison. Preuve qu’il peut aujourd’hui tout oser sans pour autant être un con : Michel Audiard n’avait sans doute pas prévu cette exception à sa sentence célèbre ; il ne connaissait probablement pas la Corse.

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