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Billet de blog 13 janv. 2022

Entretien avec l'homme d'affaires Vangsy Goma

Vangsy Olivier Goma Kany (« Vangsy Goma ») est un entrepreneur et personnalité publique de la République du Congo. Mr Goma s’est prêté au jeu d’une interview pour nous partager son expérience, sa vision des enjeux économiques du Congo en 2022 et du potentiel de la jeunesse africaine.

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Vangsy Goma interview exclusive © Canva

Vangsy Goma: après un parcours académique en France, pourquoi l’entrepreneuriat et pourquoi l’Afrique?

Tout a commencé à mon retour en Europe. En effet, étant friand d’expériences nouvelles au sein de contrées lointaines, j’entrepris un voyage aux États-Unis où j’ai eu l’occasion d’avoir une première expérience professionnelle, au sein d’une société de trading. J’y rencontre ceux qui deviendront par la suite comme de véritables mentors : Issa et Hassan Attie. Deux frères, entrepreneurs aux parcours aussi inspirants que motivants, qui ont su me donner le goût des affaires. C’est grâce à leurs encouragements et des coachings quotidiens que j’ai pu me lancer moi-même quelques années plus tard... Je pense que cela aide beaucoup d’avoir des espèces de “role model” pour trouver sa voie. Pourquoi l’Afrique ? Je crois que la question si elle se posait encore à l’époque, ne se pose plus aujourd’hui. L'Afrique représente un vivier d’opportunités, où tout (ou presque) reste à créer. Les multinationales l’ont bien compris, en cherchant sans cesse à s’implanter sur le continent. D’ailleurs, le sujet de mon mémoire portait sur les stratégies de communication à mettre en place pour les sociétés cherchant à s’implanter durablement en Afrique.

Vangsy Goma: Les jeunes aspirants entrepreneurs disent souvent que l’argent est un frein à leur ambition, quelle est votre opinion à ce sujet ?

J’ai envie de dire que ce qui manque c’est une idée, bien structurée. Étant souvent au contact de la jeunesse, d’après mes observations, ce qui manque en premier lieu c’est le business modèle, qui est souvent incomplet. Les jeunes désirant se lancer, se concentrent souvent sur des marchés saturés et donc n’apportent pas de solutions innovantes ou significatives, ce qui empêche les investisseurs potentiels de se projeter ou d’avoir envie d’investir.

Cela dit, je ne nie pas la problématique d’argent pour se lancer. C’est aussi une réalité et je la comprends. Mais c’est tout sauf un obstacle insurmontable. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent grandement aider à la concrétisation d’un projet, même quand on part de zéro. Pour travailler correctement sur un business plan ou un business modèle, il faut avoir une ligne de départ, un excellent réseau (d’amis) et un plan financier. Pour la réalisation de ce plan financier, on peut toujours s’appuyer sur l’aide d’un ami par exemple. Ce qui est fondamental c’est le réseau et l’art de savoir l’exploiter !

Il faut être créatif dans son approche, intéresser les gens. Si vous les motivez à croire en votre idée, ils voudront vous pousser, parfois même s’investir avec vous pour lever des fonds et négocier un pourcentage sur les bénéfices, à la suite... tout peut aller très vite et ce n’est (en partie) qu’une question de structure.

Avant l’argent, avant tout chose, il faut s’entourer des bonnes personnes, d’experts dans leur domaine.

Vangsy Goma: La jeunesse du Congo représente un formidable vivier de talents - quels sont d'après vous les moyens à déployer pour préparer cette jeunesse au marché du travail ?

Sans aucun doute, la création de plus de formations qualifiantes, l’amélioration de la qualité de l'enseignement avec un meilleur accès aux universités et l’amélioration de l'encadrement social des jeunes. 

Jeunesse Africaine © Canva


Même si on ne peut pas nier que beaucoup de choses ont déjà évoluées dans ce sens grâce au travail abattu ces dernières années par le gouvernement en place. Néanmoins, cela reste un chantier et nous œuvrons, grâce aux différents cercles d’entrepreneurs engagés dont je fais parti, pour voir émerger des changements de plus en plus impactant.  

Vangsy Goma: La transformation numérique du Congo est en cours, comment selon vous peut-on faciliter son expansion ?

En investissant dans les infrastructures, dans l’amélioration de l’accès à Internet. Il faudrait idéalement qu’Internet soit moins cher, plus abordable pour les étudiants et tous ceux qui travaillent dans la transformation de l’énergie numérique.

Internet au congo © Canva


Les formations restent la clé. C’est pour répondre à ce besoin qu’a par exemple, été créé le “BantuHub”, une initiative de l’entrepreneur congolais Verone Mankou.  Il s’agit d’un incubateur où se réunissent des jeunes qui veulent travailler dans la transformation numérique. Ils réunissent ensemble les idées les plus pertinentes. Cette organisation a pour but ultime d’œuvrer pour la promotion des TIC et de l’entrepreneuriat juvénile en République du Congo. 

Vangsy Goma: Quels sont les secteurs les plus porteurs de l'économie Congolaise ?

Le secteur agricole avec la culture de l’ananas, la canne à sucre, les plantations comme les palmeraies (huile de palme), l’élevage de bovins. Nous avons au pays un élevage avec plus de 20 000 têtes de bétail.

Le secteur industriel, avec nos 3 zones d’économies spéciales : Brazzaville, Pointe-Noire et Ollombo. Chacune de ces zones à sa spécialité. Ollombo pour le secteur agricole, la zone de Maluku/Brazzaville pour le secteur industriel et Pointe-Noire pour l'industrie minière, car s’y trouve le port spécial où il y aura toutes les transformations minières. L’objectif étant de transformer, il y a un projet de création d’une fonderie afin de transformer le fer brut.

Le secteur tertiaire quant à lui représente aussi des opportunités considérables liées aux nouvelles technologies, ainsi que les différentes opportunités dans la restauration, le tourisme et les loisirs sans oublier l’évolution du secteur hôtelier. C’est qui est important c’est la préservation de la faune et de la flore avec de nouvelles réserves et des parcs naturels qui voient le jour chaque année.

Pour parler de mon expérience personnelle, j’ai eu l’occasion d’investir dans une chaîne de bars sportifs et j’ai également investi dans l’élevage de tilapias.   J’ai eu l’occasion de travailler aux côtés de Madame la Ministre Jacqueline Lydia Mikolo. Elle fait partie de ces personnalités politiques fortes et dynamiques, qui encouragent la création d’un véritable écosystème entrepreneuriale et sur tous types de secteurs.

Vangsy Goma: Quel est selon vous le type d'initiatives à encourager pour dynamiser l'économie Congolaise ? 

À mon sens, les organisations comme BantuHub (évoqué précédemment) et le FIGA - le Fond d’impulsion, de garantie et d’accompagnement des entreprises sont un bon exemple d'initiatives concrètes. Comme son nom l’indique, le FIGA a pour objectif de soutenir les projets de création d’entreprise et de l’artisanat en particulier dans le montage des données. Ils agissent au niveau de la structure même, là où les jeunes ont de la difficulté (élaboration de business plan par exemple)

On peut aussi citer “Perspective d’Avenir”, qui est une fondation dont la volonté est d'apporter aux jeunes Congolais différentes formations professionnelles, elle leur octroie également des bourses.  L’objectif premier reste vraiment la réussite des jeunes les plus qualifiés, ceux qui auront réussi à se démarquer. Elle est considérée comme une formation d’excellence pour permettre aux jeunes en manque de ressources d’avoir accès à une meilleure formation pour faciliter leur insertion dans le milieu professionnel.

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