Discriminé par le gouvernement avec la complicité de son syndicat

Dans l'avant propos de son livre, le journaliste et sympathisant cégétiste, Jean-Bernard Gervais nous informe de la discrimination dont a été victime l'ancien syndicaliste des Goodyears, Mickael Wamen qui a ensuite milité pour le syndicat de la communication Info'COM-CGT. Le gouvernement voulait sa tête et il a eu avec la complicité de ce syndicat. Voici le contenu :

Comme beaucoup de Français, en ce printemps 2020, j’étais enfermé chez moi telle une tomate décatie dans une boîte de conserve. J’espérais, comme tant d’autres, que les déclarations tonitruantes du professeur Raoult au sujet de la chloroquine soient solides comme du béton, ou qu’un laboratoire annonce à la face du monde, sidéré, qu’il avait enfin trouvé le vaccin contre ce fichu SARS-CoV-2.

J’étais, en effet, plus soucieux de récupérer mes formulaires d’autorisation de sortie et de me procurer les rares masques chirurgicaux qui circulaient parfois sous le manteau en Seine-Saint­ Denis, où j’habite, que de suivre les atermoiements de l’avant-garde du mouvement ouvrier : la Confédération générale du travail. Laquelle CGT s’etait mise en sommeil, comme le reste du pays, ou presque. Elle avait, à la fin du mois de mars, déposé un préavis de grève, en plein pic de l’épidémie de Covid-19. Plus exactement, la Fédération CGT des services publics avait décidé de mettre les services publics... à l’arrêt. Une décision, une attitude, qui avait scandalisé le pays durant deux ou trois jours, et puis plus personne n’y avait pensé. On n’avait plus entendu parler de la CGT.

Bref, confiné chez moi, je ne pensais guère à la Confédération où j’avais passé deux années effroyables au poste de conseiller en communication. Jusqu’à ce qu’un ami m’adresse la lettre ouverte de Mickaël Wamen, qui circulait dans les milieux militants.

Wamen, c’est ce cégétiste qui a fait le tour de tous les plateaux télé lorsque son entreprise, Goodyear, en 2014, a mis la clé sous la porte, laissant sur le carreau plus de 800 salariés. Il faisait partie de ces syndicalistes que les Français admirent un temps, qui leur rappelle que la France est ce pays où le peuple s’est révolté deux siècles auparavant pour détrôner la monarchie, et reconquérir un semblant de dignité, dans une démocratie qui malheureusement laisse peu de place aux aspirations populaires.

Avant lui, les Français ont idolâtré Xavier Mathieu, le cégétiste de l’usine Continental, lequel avait vandalisé la sous-préfecture de Compiègne. Comme lui, Wamen avait été poursuivi en justice, pour des faits de violence : on lui avait reproché, avec six autres de ses camarades, d’avoir « retenu » toute une nuit deux cadres de l’usine Goodyear.

Wamen, avec ses yeux bleus perçants, son air de rocker, sa peau basanée, son franc-parler, incarnait à la perfection le rebelle grande gueule que les Français aiment en cachette, ou détestent avec passion. Il apparaissait, incontestablement, comme un incorruptible. Un Robespierre 2.0.

La lettre ouverte de Wamen, diffusée en plein confinement par mail et que je dévorai sur mon portable, n’était, ni plus ni moins, qu’une lettre de démission du syndicat Info’Com-CGT, d’une violence rare. Un événement syndical.

Info’Com-CGT est un syndicat comme il y en a des milliers. Il fédère les métiers du livre, de l’édition, de l’information et de la communication avec, tout de même, deux particularités : il s’affiche comme un bastion radical et communique énormément, souvent avec fracas. En 2016, en pleine opposition à la loi Travail, le syndicat avait publié un tract qui avait fait scandale : on y voyait un montage « photoshopé » qui représentait des pavés ensanglantés, sur lesquels étaient posés une matraque et un insigne de policier, barrés de ce slogan : « La police doit protéger les citoyens et non les frapper. » Les syndicats de police, au bord du collapse, avaient menacé les cégétistes de poursuites judiciaires. Sans concession face aux exactions des forces de l’ordre, Info’Com-CGT avait fait le buzz. Wamen, avec sa « grosse bouche », ne pouvait pas espérer meilleurs compagnons de lutte. Il les avait rejoints en 2016.

Mais c’était ignorer la nature réelle du syndicat Info’Com-CGT, comme la décrit Wamen dans sa lettre de démission. Ce brûlot, à sa lecture, réveilla en moi des souvenirs enfouis. Comme moi, Wamen avait fait l’expérience du désenchantement au contact d’une structure vermoulue de la CGT.

Pour le syndicaliste, après la joie de retrouver des frères de lutte, la désillusion s’était cristallisée autour d’une promesse d’embauche à la SACIJO (1), que lui avait fait miroiter Info’Com-CGT. La SACIJO, société de droit prive, édite le Journal Officiel. C’est une coopérative et à ce titre, elle élit ses dirigeant et s’auto-administre.

Info’Com-CGT, pèse au sein de son conseil d’administration et peut ainsi proposer des embauches.

Sauf que, Wamen, c’est Wamen : très Vite, son embauche a posé problème et la direction de l’information légale et administrative (DILA), service du Premier ministre pour qui travaille la SACIJO, s’y est opposée. Le syndicaliste de Good Year,a qui l’on avait promis un CDI, est donc resté en CDD, précaire. Tout en espérant que son syndicat allait prendre le taureau par les cornes pour remédier à cette injustice. lnfo’Com-CGT était quand même LE syndicat qui avait tenu tête au ministère de l’Intérieur, et apparaissait comme LA structure syndicale la plus combative en cette fin d’année 2016.

Wamen est tombé des nues quand il s’est rendu compte que le syndicat le considérait désormais comme un gêneur. Non seulement les services du Premier ministre l’avaient dans le viseur, mais ses camarades de la section CGT de SACIJO le tenaient en respect, de peur qu’il se mette à... militer !

« J’ai été, rapidement considéré comme un danger par la section syndicale Info’Com-CGT de la SACIJO. Les élus et mandatés de cette section ont pensé que j’avais envie de militer dans cette entreprise, alors que c’était clair dès le début. on m’a dit "tu vas au JO, tu vas voir des trucs plus que bizarres, mais tu y es uniquement pour bosser et basta et prendre du fric..." »

Waimen va, alors, entrapercevoir la réalité du syndicat Info’Com-CGT (ou tout du moins, sa section à la SACIJO). La défense de la veuve et de l’orphelin semble être le cadet de leur souci :

« Pour revenir au fric, c’est un des soucis majeurs dans cette situation, des "camarades" n’ont plus les pieds sur terre. Le fric justement les a mis hors sol, leur faisant oublier même les règles de ce que doit être un syndicat, son origine, ses valeurs, le respect des autres... »

La vénalité des syndicalistes d’Info-Com-CGT va de pair avec leur brutalité :

« Je n’avais jamais vu autant de hargne à vouloir détruire quelqu’un qui gêne parce qu’il a gardé sa liberté de parole ! »

Wamen va même faire un burn-out, à la suite d’une convocation du syndicat, qui lui reproche d’avoir demandé à la DILA pourquoi son embauche avait été refusée :

« Comme vous avez dépassé les limites en allant voir la DILA et parce que le syndicat de la SACIJO nous le demande, nous vous privons de quinze jours de salaire. »

Wamen croit devenir fou : est-ce bien ce syndicat qui passe aux yeux du grand public pour un parangon de vertu, le dernier rempart contre des patrons voyous, et qui le prive arbitrairement de quinze jours de salaire ?

« Là tu te dis, mais c’est quoi ce bordel ? Je suis ou ? Dans ce syndicat qui fait des affiches pour dénoncer le pouvoir abusif des patrons et leurs méthodes dégueulasses ? Pendant quatre heures j’ai vidé mon sac, dit tout ce que je pensais de ces méthodes qui n’ont rien à envier à celles des pires tauliers, la décision de nous "punir" avait été prise avant même que nous puissions nous expliquer ! J’ai donc, à la suite de cet entretien, puis d’une montée en puissance de la cabale contre moi à la SACIJO, eu un accident du travail... le premier de ma life ! »

infocom-cgt

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