Affaire Khashoggi, le silence du Qatar et la fragilité de la Turquie

L'affaire de Jamal Khashoggi a révélé des aspects intéressants dans les relations politiques internationales. Plusieurs intérêts sont en jeu et le Qatar semble avoir penché pour la prudence. Il ne se manifeste pas officiellement, laissant planer des questions sur ses relations avec la Turquie.

L'émir du Qatar avec le président de Turquie L'émir du Qatar avec le président de Turquie
Dans cette affaire macabre de Jamal Khashoggi, on a entendu tout le monde sauf le Qatar, pourtant un des pays les plus intéressés par cet épisode du fait de ses problèmes avec l’Arabie saoudite et ses relations plutôt bonnes avec la Turquie. Et c’est justement ce silence de l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani qui étonne d’autant plus que le président turc se trouve dans une position de faiblesse comme l’explique Mark Bentley dans un article publié sur le site ahvalnews. Com dans lequel il interprète le silence du Qatar comme le signe de vulnérabilité du président Tayyip Erdogan. Cette faiblesse est due, pour l’auteur, à la fragilité de l’économie de la Turquie et aux déboires de sa monnaie nationale.

L’auteur rappelle qu’en août dernier, l'émir qatari Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, que la Turquie considère comme son allié régional le plus proche, avait promis 15 milliards de dollars d’investissements pour aider à stabiliser l'économie turque au moment où la lire s'est effondrée suite à la crise avec Washington au sujet du pasteur emprisonné en Turquie.

La générosité de l’émir qatari s’est encore une fois manifestée lorsqu’il a offert un «jet privé» de luxe pour une valeur der 500 millions de dollars à Erdogan. Pour Mark Bentley, la flotte croissante des avions du président turc "est devenue un symbole de ses ambitions de faire de la Turquie une puissance régionale et mondiale majeure ».

Quoi qu’il en soit et malgré ces manifestations de relations cordiales, les hauts responsables du Qatar ont peu parlé publiquement. l’État du Golfe a préféré s’exprimer via des responsables subalternes tels que le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Où est donc l’allié régional le plus proche de la Turquie au moment où Erdogan en a le plus besoin?

Avec Erdogan au pouvoir, la Turquie et le Qatar ont renforcé leurs relations, liés par des objectifs communs. Les deux soutiennent les mouvements des Frères musulmans à travers la région au mépris de l’Arabie saoudite. Ils ont tous deux offert un soutien fort à Mohamed Morsi, le président égyptien soutenu par les Frères musulmans, élu en 2012 et renversé par l'armée en 2013. Ils ont également commencé à parrainer conjointement des groupes d'activistes syriens luttant pour renverser le président Bachar Al Assad, précise l’auteur de l’article.

Mais depuis lors, la Turquie et le Qatar sont devenus de plus en plus marginalisés sur le plan international: la Turquie est devenue presque un État paria en raison de l'autoritarisme croissant d'Erdogan et de la violation des droits de l’homme tandis que le Qatar a été isolé par le boycott de ses voisins tels que les Émirats arabes unis, le Bahreïn, l’Arabie saoudite et l'Egypte qui l’accusent de soutenir des groupes terroristes, explique mark Bentley.

L’isolement politique et économique du Qatar signifie qu’il doit faire preuve de prudence dans l’affaire Khashoggi. Au lieu d’aggraver les tensions avec Riyad en donnant tout son poids politique à la Turquie, l’émirat a préféré faire appel à des fonctionnaires moins importants et à des médias tels que Al Jazeera pour attaquer l’Arabie saoudite. 

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